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De Montréal à Luxembourg

Le vide se donne à voir



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L’artiste János Sugár expose «Fire in the Museum» (2008/2018), un feu constant durant toute l’exposition. (Photo : Jessica Theis)

Le Casino Luxembourg présente à partir du 19 janvier l’exposition «Buveurs de quintessences» réalisée en partenariat avec la Fonderie Darling de Montréal. Une exposition qui n’hésite pas à mettre en exergue le vide qui se donne à voir sous différentes formes esthétiques.

Cela fait un peu plus de trois ans que le Casino Luxembourg entretient des relations resserrées avec la Fonderie Darling à Montréal.

Kevin Muhlen, directeur artistique du Casino Luxembourg, a ainsi réalisé à la Fonderie le commissariat des expositions «Unground» (2015) de Gast Bouschet et Nadine Hilbert et «Un feu permanent à l’intérieur de nous» (2018) de Marco Godinho.

La Fonderie Darling, à travers son programme de résidence, a également accueilli les artistes luxembourgeois Claudia Passeri, Laurianne Bixhain, Bruno Baltzer et Leonora Bisagno. Aujourd’hui, c’est au tour du Casino Luxembourg d’accueillir une exposition réalisée par la directrice de la Fonderie, Caroline Andrieux.

Le vide comme question centrale

«Cette exposition a un positionnement politique puisqu’elle prend à contre-pied la société du spectacle et le sensationnalisme de notre époque. L’approche esthétique peut être minimale, mais la portée des œuvres est tout à fait pertinente», explique Caroline Andrieux, commissaire de l’exposition.

Cette exposition, qui a été présentée pour la première fois à Montréal en 2018, pose la question du vide de manière dialectique et montre qu’il peut être à la fois critique et une expérience pour le spectateur. En témoignent les œuvres exposées, qui sont réalisées à la fois par des artistes canadiens et européens.

«Cette exposition engage les visiteurs à la relation à l’œuvre, à vivre une expérience esthétique plus qu’à en faire une lecture intellectuelle. C’est aussi un positionnement critique vis-à-vis de l’auteur de l’œuvre: s’agit-il vraiment d’une œuvre d’art? Où est le geste de l’artiste? Quel a été son travail?», précise la commissaire. 

«En plus de ces questions, il y a aussi un positionnement critique de l’institution qui est poussée dans ses limites pour le montage de certaines œuvres, comme avec le feu de cheminée qui ne doit jamais mourir de János Sugár ou la fonte du cube de glace et encre de Chine de Kitty Kraus qui a nécessité de combler à la seringue le moindre petit interstice du parquet.» Des œuvres qui ne sont pourtant pas spectaculaires, mais qui demandent des efforts de montage très conséquents.

Des œuvres aux esthétiques hétérogènes

À l’entrée du premier étage, les visiteurs découvrent un ensemble d’œuvres très différentes dans leur réalisation formelle et approche plastique. Marie-Claire Blais a choisi de travailler une toile de jute dont elle a méticuleusement retiré certains fils jusqu’à obtenir une nouvelle trame qui n’est pas sans évoquer une grille urbaine, chère à cette artiste qui est aussi architecte de formation. À côté, János Sugár a installé une œuvre qui renoue avec l’esthétique relationnelle: un salon avec une cheminée dont le feu ne doit jamais mourir.

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Dans la grande salle, deux œuvres de Marie Cool et Fabio Balducci interrogent le conditionnement de l’Homme dans le monde du travail. Olivia Boudreau présente une vidéo en hommage à Michael Snow où un linge sèche sur une corde et laisse entrevoir de temps à autre un mur. «C’est un travail très minimal, mais pourtant, aucune image n’est semblable à une autre», souligne la commissaire.

Olivia Boudreau, Le mur, 2010. Photo: Jessica Theis.

Olivia Boudreau, «Le mur», 2010. (Photo: Jessica Theis)

Au centre de la pièce, un cube de glace qui emprisonne une ampoule allumée est en train de fondre. L’eau de la glace est mélangée avec de l’encre de Chine, et une immense flaque se forme, reflétant son environnement. «Cette mise en abyme n’est faite de presque rien, mais elle adresse très directement le volume et la salle d’exposition. Avec des moyens très simples, l’artiste ouvre la voie à une certaine forme de spiritualité, un imaginaire.»

Vue de l'exposition Buveurs de quintessences à la Fonderie Darling, Montréal, 2018. Photo: Maxime Boisvert.

Vue de l’exposition «Buveurs de quintessences» à la Fonderie Darling, Montréal, 2018. (Photo: Maxime Boisvert)

Sans entrer dans le détail de toutes les œuvres de l’exposition, il est possible de s’apercevoir à travers ces quelques exemples que le vide peut prendre bien des formes. L’exposition est également l’occasion d’activer un certain nombre de performances: une lecture marathon de 12 heures et 10 minutes entrecoupée de silences par Fortner Anderson, ou l’appréhension du vide et de ses limites pour Adriana Disman qui défie l’équilibre du haut de son tabouret.

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Vernissage vendredi 18 janvier à partir de 18h30. Présentation du catalogue de l’exposition samedi 19 janvier à 11h. Conférence «Art LX goes Montreal» samedi 19 janvier à 12h. Exposition présentée jusqu’au 7 avril.

www.casino-luxembourg.lu