POLITIQUE & INSTITUTIONS

Régime linguistique

«Le Luxembourg doit rester un pays polyglotte»



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David Wagner: «Il faut se mettre d’accord sur le fait que le luxembourgeois peut jouer le rôle de 'langue commune' de ce pays, tout en favorisant l’enseignement des autres langues.» (Photo: Olivier Minaire / archives)

Faut-il faire évoluer le régime linguistique et introduire le luxembourgeois en tant que première langue officielle, comme le suggère la pétition publique 698? Paperjam.lu a posé la question aux représentants et responsables des groupes politiques à la Chambre et leur a laissé carte blanche en guise de réponse. Voici celle de David Wagner, député Déi Lénk.

Il serait faux de nier les difficultés linguistiques que rencontre le Luxembourg. Le problème n’est pas tant celui de la «disparition» de la langue luxembourgeoise (qui est loin, à l’heure actuelle, d’être menacée), mais celui de l’usage de différentes langues au Luxembourg.

Dans ce sens, la proposition de la pétition en question ne résoudrait aucun de ces problèmes.

Il est évident que nombre de Luxembourgeois(es) d’origine – et par conséquent plus à l’aise dans les langues germaniques - éprouvent des difficultés à l’apprentissage de la langue française.

À l’inverse, les citoyens dont la langue première est d’origine latine n’apprendront pas forcément le luxembourgeois avec aisance.

Sans compter celles et ceux qui viennent encore d’autres horizons ou tout simplement les frontaliers.

Une fois ce constat établi, il faut trouver des solutions qui ne relèvent pas de dogmes et qui – surtout – se montreraient absolument inefficaces, voire contreproductives.

Nous devons poursuivre deux objectifs: faire en sorte que tout, ou du moins une grande partie des citoyens vivant au Luxembourg puissent communiquer entre eux.

Ensuite, il faut absolument veiller à ce que le Luxembourg reste un pays polyglotte.

En d’autres termes, il faut se mettre d’accord sur le fait que le luxembourgeois peut jouer le rôle de «langue commune» (et non pas «unique»!) de ce pays, tout en favorisant l’enseignement des autres langues.

Au lieu de chercher des «solutions» qui n’en sont pas au niveau de l’emploi du luxembourgeois dans les domaines administratif ou judiciaire, mieux vaut réformer l’enseignement des langues à l’école.

L’objectif de cette politique serait donc celui d’améliorer l’apprentissage de toutes les langues du Luxembourg et non pas d’en favoriser une au détriment d’une autre.

Dans ce sens, il faudrait opérer une première révolution: introduire, dès la première année de l’enseignement fondamental, l’alphabétisation en luxembourgeois. Ensuite, il faut renforcer l’enseignement du français. Finalement, une bonne maîtrise du luxembourgeois (par les élèves de toutes origines linguistiques confondues) mènera plus facilement à l’apprentissage de la langue allemande.

Il existe déjà des projets qui s’attaquent à cette question dès la petite enfance, dans le domaine du précoce. Il faut les soutenir et faire confiance à celles et ceux qui connaissent le terrain scolaire dans un pays fortement polyglotte.

De manière plus générale, il faudra néanmoins revoir les méthodes d’apprentissage de toutes les langues, qui ne semblent pas être adaptées.

Ces mesures concernent évidemment celles et ceux qui naissent ou grandissent au Luxembourg.

Il faut aussi mettre tous les moyens à disposition (y compris de temps libre!) afin de faciliter l’apprentissage du luxembourgeois par les adultes, tout en sachant que tout le monde ne jouit pas de la même facilité à assimiler une langue.