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Rapprocher et connecter

Le Luxembourg a l'immigration dans son ADN



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Notre faculté d’intégrer les étrangers (réfugiés ou non) est à mon sens une question essentielle quand on parle de nation branding, indique Frédérique Buck, ici aux côtés de Mahmoud, pharmacien syrien réfugié au Luxembourg. (Photo: Sven Becker)

Frédérique Buck, initiatrice de «iamnotarefugee.lu», explique les raisons qui l'ont conduite à aller à la rencontre des réfugiés, sur fond de question(s) autour du vivre ensemble au Luxembourg.

L’idée de «iamnotarefugee.lu» est de rapprocher les réfugiés, tous statuts confondus, avec les résidents luxembourgeois et étrangers. En suggérant la rencontre entre chaque partie, le site internet s’inscrit aussi dans un contexte de lutte contre le repli identitaire qui certes est latent, mais bel et bien présent. 

Cette crispation par rapport à l’étranger on la ressent, les réseaux sociaux en témoignent tous les jours. Il faut agir à ce niveau, œuvrer à une intégration rapide sur des bases saines et humaines des réfugiés. 

Nation branding & inclusion

Notre faculté d’intégrer les étrangers (réfugiés ou non) est à mon sens une question essentielle quand on parle de nation branding. On nous dit que le Luxembourg est formidablement ouvert. En surface peut-être. Mais sommes-nous véritablement capables d’intégrer ces personnes que nous accueillons (dans un élan intéressé pour la plupart)? Le Luxembourg a l'immigration dans son ADN.

Notre population se compose à presque 50% de non-Luxembourgeois. C’est unique. On est tous quelque part des demi-sang. Je suis une demi-sang et j’en suis fière. Il faut l'assumer maintenant. Faire fructifier cette particularité. C'est un aspect incontournable du nation branding.

Dire que le Luxembourg est ouvert ne suffit pas. Les paroles creuses ne fonctionnent plus. Il faut à présent véritablement forger une réelle inclusion, être foncièrement innovant sur ce plan. 

People Power 

Il y a autour de nous, au-delà des réfugiés, des tas de scissions sociales qui méritent une attention particulière. On parle beaucoup des réfugiés ces derniers temps. Pas assez des autres, c’est vrai.

La question des réfugiés et le degré de notre engagement envers eux nous nous placent devant nos responsabilités de citoyens. Peut-être que tout cet élan va contribuer à forger une nouvelle base pour mieux fonctionner ensemble. Avec plus de bienveillance, d’empathie. Un mouvement collectif bienveillant en quelque sorte. 

En tirant tous dans le même sens on pourrait recréer un élan national, un projet commun qui fait défaut aujourd'hui. On dit que le ciment de l’identité luxembourgeoise c’est la langue. Et pourquoi ne pas imaginer un autre ciment basé sur un brassage unique de cultures et une solidarité collective innovante? D'ailleurs, l'Europe a elle aussi besoin d'un projet commun porté par les citoyens. 

Je crois que le vent tourne. Les «Nuit debout» en sont un bon exemple, le mouvement Transition, Ouni ou Terra au Luxembourg aussi. Les Britanniques sont extrêmement innovants en la matière. En France, le mouvement Bleu, Blanc, Zèbre tente lui de fédérer toutes les initiatives citoyennes locales vers un élan collectif de poids. 

L’intégration des réfugiés permet à chacun d’entre nous de réinvestir son rôle de citoyen. 

Frédérique Buck

Il y a d’autres exemples partout en Europe, souvent locaux. Les gens réalisent qu’il faut repenser nos modes de cohabitation, l'éducation, notre alimentation et le travail aussi. Partout les gens se lèvent, se mobilisent pour un avenir meilleur. On est tous plus ou moins démissionnaires, on se repose sans doute trop sur les politiques. Face à l’impuissance que nous ressentons, face aux drames qui se jouent sur la scène internationale, l’intégration des réfugiés justement permet à chacun d’entre nous de réinvestir son rôle de citoyen. 

De changer la donne directement pour une personne ou plus. C’est une manière de se réapproprier le pouvoir (people empowerment). Le défi que pose l’inclusion sociale des plus faibles doit être vu comme une chance. Pour l’Europe aussi, même si c’est mal parti. 

Nous sommes nombreux à penser que l’inclusion sociale (vivre ensemble et pas côte à côte) est l’affaire de chacun d’entre nous. Que chacun peut ouvrir son monde à l’autre, l’aider à écrire une nouvelle histoire. Les énormes défis sociaux, économiques et environnementaux auxquels nous sommes et serons à l’avenir confrontés ne pourront être vaincus qu’avec l’engagement individuel de chacun d’entre nous - au-delà du boulot formidable des asbl, des ONG et de l’État. Il faut aujourd’hui vaincre l’anesthésie générale, s’indigner, refuser et redevenir combatif sur tout un tas de sujets.