POLITIQUE & INSTITUTIONS
POLITIQUE

Législatives 2018

Le LSAP à un carrefour de son histoire



L’évocation, par Étienne Schneider, d’une fusion potentielle entre les partis pour faire contrepoids à un CSV hégémonique à l’issue du scrutin du 14 octobre prochain fait couler beaucoup d’encre. L’idée intervient dans un contexte particulier pour les socialistes.

«Oui, j’y pensais.» Ces quelques mots, confiés à Paperjam la semaine dernière par Étienne Schneider, actuel vice-Premier ministre et favori pour mener le LSAP lors des prochaines législatives, auront eu un impact important sur le microcosme politique luxembourgeois. Si le ministre socialiste de l’Économie assure avoir exprimé «des réflexions personnelles» et non «un projet de [s]on parti», l’hypothèse de créer un mouvement calqué sur celui qui a mené Emmanuel Macron à l’Élysée a engendré une cascade de réactions.

Pour Marc Spautz, président du CSV, cette déclaration est non seulement «incompréhensible», mais constitue avant tout un message à destination des chrétiens-sociaux. À savoir que le LSAP jugerait que «le CSV n’est pas un partenaire (de coalition gouvernementale, ndlr) envisageable». Pour Déi Lénk, l’idée de créer «un grand bloc de gauche» via la fusion de plusieurs partis actuels afin de contrebalancer un CSV très largement majoritaire au lendemain du scrutin du 14 octobre prochain «ne servirait à rien». Car cet ensemble «ne se distinguerait pas du CSV, qui tente également de rassembler des mouvements complètement différents, libéraux et sociaux.»

Érosion en Allemagne et en France

Adepte des messages provocateurs – comme sa volonté de remettre en question la semaine de 40h en 2016 -, Étienne Schneider ne demeure pas moins conscient des lacunes du système politique actuel. Et particulièrement dans un contexte de résultats électoraux compliqués pour les socialistes. Que ce soit au Luxembourg ou en Europe. Force politique majeure à partir des années 1980, les différents partis socialistes européens se retrouvent désormais confrontés à de sérieux revers électoraux. C’est notamment le cas en Allemagne, où le SPD a obtenu lors des dernières élections législatives son plus mauvais résultat depuis 1945, plongeant la première puissance économique européenne dans une crise politique inédite par le refus initial de former une nouvelle grande coalition.

Il aura fallu le retrait des libéraux et du FDP des négociations de coalition engagées avec Die Grünen et la CDU/CSU pour que le parti de Martin Schulz accepte de revenir à la table des discussions et arrive à un accord avec les soutiens de la chancelière Merkel, face au risque de nouveau score historique des partisans de l’AFD, parti eurosceptique et xénophobe. Même érosion côté français où le parti socialiste a été balayé, avec 5,6%, lors des dernières législatives, là où le parti culminait à 51,2% cinq ans plus tôt.

En Belgique, en revanche, l’érosion socialiste n’apparaît pas encore, les dernières élections législatives ayant eu lieu en 2014, les prochaines devant, sans bouleversement politique, avoir lieu en 2019.

Le recul progressif du vote socialiste se constate également au Luxembourg. Si les résultats des dernières élections communales ne peuvent servir de référence, la tendance observée lors des législatives depuis 1945 indique une relative érosion du LSAP. Si le parti avait obtenu 21 sièges lors des élections de 1964 – contre 22 pour le CSV dans une Chambre à 56 députés -, il en avait obtenu 13 sur 60 en 2013, comme en 2009 et en 1999. Soit son score historiquement le plus bas. Les chrétiens-sociaux, de leur côté, ont quasiment toujours décroché plus de 20 mandats – à l’exception de 1974 et 1999, deux années où le DP obtenait 15 députés.

Principal représentant de la gauche au Parlement depuis la disparition des députés communistes au milieu des années 1990, le LSAP se retrouve donc à un carrefour de son histoire. Soit poursuivre sa politique centriste, au même titre que le DP ou le CSV d’une certaine manière, soit se repositionner plus à gauche sur l’échiquier politique, comme le souhaite une frange des membres du parti, dans l’espoir de séduire de nouveaux électeurs. Sauf que la situation politique au Luxembourg n’est ni comparable à celle de l’Allemagne, ni à celle de la France, les systèmes électoraux étant différents. La question reste donc de savoir quel choix fera le LSAP: accepter un nouveau compromis politique ou aller sciemment dans l’opposition pour entamer un renouveau.