ENTREPRISES & STRATÉGIES

Nadège Mousel – Mona Art Consulting

«L’art se possède, s’expose et se partage»



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Nadège Mougel: «L’art est devenu, en quelques années, une classe d’actifs à part entière qui se distingue des actifs financiers traditionnels.» (Photo: DR)

Chaque mardi, Paperjam donne carte blanche à un entrepreneur, dans laquelle il évoque ses débuts, la manière dont il perçoit l’évolution de sa société et un fait d’actualité qui l’a marqué. Aujourd’hui: Nadège Mougel, directrice de Mona Art Consulting.

Madame Mougel, pouvez-vous nous parler de votre première expérience professionnelle, de votre premier emploi? Et de ce qu’il vous a rapporté…

«Le cabinet d’expertise-conseil en œuvres d’art que je dirige aujourd’hui est, en quelque sorte, l’aboutissement de mon parcours professionnel. Mon activité est, donc, indéfectiblement liée à ma première expérience professionnelle significative.

En effet, mes connaissances en termes de conservation et de valorisation d’œuvres sont constitutives des fonctions de conservatrice du patrimoine que j’ai exercées en tant que directrice de la Maison historique et du Musée de Robert Schuman à Scy-Chazelles, qui dépendent du Conseil général de la Moselle.

Après des études en histoire et en histoire de l’art, plusieurs contrats de recherche pour l’Université de Metz et une expérience au sein d’un ministère, on me confia les rênes de ce site culturel, n’ayant pas même atteint l’âge de 30 ans.

À la tête de l’établissement public et, pour répondre à un objectif de mise en valeur des collections patrimoniales, j’ai eu la responsabilité du projet de modernisation du site. Ce projet passait par la conception d’une extension muséale de 2.000 mètres carrés dont j’ai coordonné la réalisation en lien avec un architecte et un scénographe.

Élaboration du projet culturel et scientifique, gestion d’une autorisation de programme de plusieurs millions d’euros, pilotage et suivi de la construction de l’extension et commissariat de l’exposition permanente ont été les maîtres mots de ce travail titanesque de près de deux années.

Cette expérience a un poste de direction dans le secteur muséal institutionnel et la conduite d’un projet d’une telle envergure m’ont permis de développer les compétences répondant aux exigences attendues à ce niveau de fonction.

Cela m’a permis de gagner en crédibilité et en persévérance, et m’a appris à gérer des situations parfois très complexes, tout en enrichissant le terreau de connaissances, méthodes et pratiques scientifiques sur lequel je m’appuie, encore aujourd’hui.

Vous dirigez aujourd’hui Mona Art Consulting à Luxembourg. Comment envisagez-vous l’évolution de votre société? Où en sera-t-elle dans 15 ans?

«L’art est devenu, en quelques années, une classe d’actifs à part entière qui se distingue des actifs financiers traditionnels. L’un des principaux atouts de ce type d’investissement est sa longévité et ses performances en termes de rentabilité: l’art n’étant corrélé ni avec le marché financier ni avec l’immobilier.

Par ailleurs, la place financière de Luxembourg, en passe de devenir une véritable passerelle vers le marché de l’art européen depuis l’ouverture de son Freeport, laisse augurer un bel avenir pour y construire une synergie entre l’art et la finance et y développer ce type d’activité à l’échelle du continent.

Pour autant, le rôle de ce marché dépasse les seules attentes de rentabilité et va bien au-delà: l’art se possède physiquement, s’expose et se partage.

Partant de ce constat, notre société a pour objectif, dans les années à venir, de répondre toujours plus et toujours mieux aux besoins particuliers formulés par notre clientèle dans le domaine du conseil, de l’assistance, de l’expertise et de la valorisation en œuvres d’art.

Dans 15 ans, notre cabinet, basé à Luxembourg, devrait être la tête de pont du réseau des autres bureaux que nous allons développer sur le même modèle et implanter dans les principales capitales culturelles, choisies en fonction de leurs spécificités sur le marché de l’art.

Notre réseau de contacts internationaux s’en trouvera encore agrandi et nous pourrons répondre aux attentes de nos clients, quels que soient l’endroit où ils se trouvent et ce qu’ils recherchent.

Selon moi, la meilleure façon de prédire l’avenir est donc de le construire.

Qu’avez-vous retenu de l’actualité de ces derniers jours? Quel événement vous a plus particulièrement marqué? Et pourquoi?

«Depuis le 29 avril dernier, le Centre Pompidou de Paris consacre une rétrospective à Charles-Édouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier, architecte et urbaniste visionnaire, mais aussi peintre, designer et sculpteur.

L’exposition, intitulée ‘Mesures de l’homme’, rassemble quelque 300 œuvres pour célébrer le 50e anniversaire de sa disparition.

Alors que l’on s’apprête à commémorer le 70e anniversaire de la Libération, marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’exposition crée la polémique, car elle ne présente pas toutes les facettes de la personnalité de l’architecte.

Sa proximité avec le régime de Vichy est connue depuis longtemps; tout comme sa participation à plusieurs revues nationalistes. Une accusation d’antisémitisme poussa même une banque suisse à le retirer de l’une de ses campagnes publicitaires en 2010.

Si cette découverte n’est donc pas nouvelle, on peut toutefois regretter que, dans l’exposition, se trouve effacé tout ce qui, dans son œuvre, relie politique et urbanisme moderniste. Rien n’y est dit du lien qu’il souligne constamment entre ses conceptions urbanistiques et ses convictions politiques: aucune allusion, même pour expliquer ou mieux comprendre son œuvre.

L’exposition ‘ne traite pas de l’ensemble de l’œuvre de Le Corbusier’ ont justifié ses organisateurs à l’agence France-Presse. Dommage pourtant qu’en cette veille de 70e anniversaire de la Libération, on n’ait pas profité de cette exposition pour faire la lumière sur l’idéologie qui anima, un temps, l’architecte, n’enlevant rien à son audace de créateur et à la modernité de son œuvre.»