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Jusqu’ici tout va bien (ou presque)



Mi-animale, mi-végétale, la création de Margot Derumez intrigue et fascine. (Photo: Casino Luxembourg)

Mi-animale, mi-végétale, la création de Margot Derumez intrigue et fascine. (Photo: Casino Luxembourg)

L’exposition «So Far - Jusqu'à présent, sans garantie et tellement loin» est proposée par le Casino Luxembourg au Konschthaus beim Engel et accueille une vingtaine d’étudiants en art de Strasbourg.

La Haute École des Arts du Rhin de Strasbourg (HEAR) a développé un programme pédagogique et encadre le groupe de recherche No Name dont les réflexions plastiques s'articulent autour de l'art, la science et la société à travers un séminaire organisé chaque année. Après avoir exposé dans divers lieux emblématiques de l’art contemporain en Alsace et en Lorraine, voilà que la vingtaine d’étudiants passe la frontière pour exposer au Konschthaus beim Engel.

«Le Casino Luxembourg étant en travaux, il nous semblait intéressant d’investir un lieu différent, pas forcément dédié à l’art contemporain et pas toujours facile d’approche», explique Jérôme Thomas de la HEAR. Les étudiants sont venus visiter les lieux en amont, ont créé des maquettes pour élaborer une exposition spécifiquement pour l’endroit.

Cette année, leur thématique de travail tournait autour de l'anthropocène. Ce terme, encore en discussion dans la communauté scientifique, décrit une nouvelle ère au sens géologique du terme, où l'humain deviendrait l'acteur principal des transformations climatiques et où ses traces s’imprimeraient durablement dans les couches géologiques.

Cette thématique s’inscrit particulièrement bien dans le contexte de la lutte contre le réchauffement climatique, la COP21, les préoccupations écologiques. Aussi les étudiants ont planché sur le sujet pour cette exposition où l'hypothèse d'une nouvelle ère géologique est évoquée, mais qui «propose un trafic de formes qui servent de levier à l'imagination, plus que nécessaire aujourd'hui».

Ainsi Emma Thiel a travaillé autour d’une photo qu’elle a prise d’une piscine avec un décor de banquise. On comprend immédiatement qu’il s’agit de sculptures (à la manière des nains de jardin) d’ours polaires et de manchots, mais quand elle y superpose une photo d’une banquise réelle (mais une photo qu’elle n’a pas prise), où elle incruste les faux animaux, elle jette le trouble sur ce qui est vrai ou pas. «Ma photo réelle est une fausse banquise alors que la vraie banquise est une fausse photo.»

Mayssa Jaoudat adopte une approche poétique qui scrute le mythe romantique de la nature sublime avec une harpe éolienne (un instrument presque magique qui remonte au 18e siècle) où le vent provient de ventilateurs et le ciel est simplement filmé. «C’est un simulacre de nature à laquelle on a envie de croire.»

C’est aussi une fausse nature que nous présente Margot Derumez qui s’est penchée sur les questions de conservation. Elle a moulé dans du tissu des branches et bûches, pour en faire des sculptures qui évoquent des squelettes mi-végétaux, mi-animaux.

De nombreuses autres vidéos et installations ponctuent l’exposition qui montre que ces jeunes artistes sont capables d’une réflexion nourrie, avec beaucoup de références littéraires, sociologiques, philosophiques et scientifiques. Malgré leur jeune âge – ou peut-être à cause  - ils dressent pour la plupart un constat plutôt inquiétant, pessimiste de l’ère dans laquelle nous nous trouvons, mais l’abordent avec poésie.

Du 30 janvier au 21 février au Konschthaus beim Engel (rue de la Loge).