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Construction durable

Et pourquoi pas des gratte-ciel en bois?



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La technologie de panneaux en bois massif développée par Lineazen laisse imaginer des constructions de plus en plus hautes sur une structure en bois. (Photo: Lineazen)

La start-up Lineazen, dont les locaux techniques se trouvent à Guénange près de Thionville, voit ses commandes décoller dans la foulée d’une nouvelle certification.

Créée en 2010, Lineazen commence à se faire remarquer sur le marché de la construction en bois. Sa spécialité: des panneaux prêts à poser alliant la technologie CLT-C (Cross laminated timber composite ou composite de lamellé-croisé) et celle du caisson intégré avec isolation et panneaux de particules. Ce concept, qui a demandé trois ans de développement, est protégé par deux brevets. Il s’inscrit dans une tendance croissante à vouloir optimiser la construction de bâtiments dans des matériaux renouvelables et à haute performance énergétique.

La start-up picarde est soutenue depuis ses débuts par Bpifrance, la Banque publique d’investissement française, et a levé depuis 2014 pas moins de 3,6 millions d’euros auprès des fonds d’investissement Emertec (dédié au développement durable) et CapAgro Innovation (spécialisé dans la valorisation de la filière agricole et sylvestre), sans oublier les business angels du réseau Forinvest, des aides publiques (Région Lorraine, Feder, Conseil départemental de Moselle) et la contribution de certains industriels (Areva, ArcelorMittal et Total), indique le site Bâtinfo. La société compte aujourd’hui sur un investissement global de 7 millions d’euros.

Lineazen s’est installée en septembre 2013 à Guénange, à quelques kilomètres au sud de Thionville. C’est dans ce hangar de 5.000 m3 que sont découpées et assemblées les pièces de hêtre massif qui formeront les panneaux à envoyer sur les chantiers. Environ 15.000 m3 de hêtre sont ainsi transformés chaque année en passant par diverses machines à la technologie avancée. L’usine revendique son ancrage lorrain – d’ailleurs 80% de son bois provient des scieries de la région. «J’ai bénéficié de tout le soutien de la filière bois de Lorraine, Critt Bois, l’école d’ingénieurs du bois à Épinal, la Région…», témoigne Olivier Kracht, fondateur de Lineazen, dans les pages du Républicain lorrain. Cet ancien consultant télécom et internet a quitté les sentiers battus pour se lancer dans l’entrepreneuriat.

J’aimerais construire la tour la plus haute d’Europe.

Olivier Kracht, fondateur de Lineazen

Lineazen a franchi une nouvelle étape il y a quelques semaines en recevant l’agrément technique ATEX-A qui confirme ses performances mécaniques et sa facilité d’installation comme ossature de bâtiment en bois de grande hauteur. «Hauteur, volumes, porte-à-faux, longue portée, tout est possible», explique Olivier Kracht. «Les performances mécaniques sont 40% supérieures aux techniques usuelles.» Une certification précieuse alors que l’entreprise multiplie les commandes: elle vient de terminer la construction d’un poney-club en région parisienne et s’affaire actuellement à Asnières, dans la banlieue parisienne, où elle a remporté l’appel d’offres pour un immeuble de cinq étages en structure bois intégrale.

Les panneaux de bois offrent d’autres avantages qu’écologiques, surtout en milieu urbain dense. «Le bois arrive prêt à être assemblé», indique Oliver Kracht. «Il se monte très vite. Moins de bruit, moins de poussière, moins de temps passé sur le chantier. Autant de gagné sur la gêne occasionnée ou la pollution générée.» Un atout non négligeable qui peut compenser le surcoût de la technologie déployée. Construction, rénovation, réhabilitation: les panneaux apportent isolation thermique et phonique aux bâtiments, pour un poids moindre que d’autres matériaux. Ou complètent ceux-ci – Lineazen peut travailler avec des entreprises de béton. «Sur la structure, des panneaux bois peuvent remplacer les briques monomurs», précise Olivier Kracht, cité par le Républicain lorrain. «Là encore, c’est plus performant, plus fin, plus propre. Surtout plus rapide à mettre en œuvre. On met en place des formations pour expliquer le principe.»

Lineazen compte bien faire son trou dans un secteur de la construction en bois qui affiche une croissance de 10% par an depuis 2012. La société a déjà un carnet de commandes rempli pour les neuf prochains mois – et «les commandes décollent» depuis la certification. Lineazen est engagé dans la construction de plusieurs immeubles de logements de cinq à huit étages et doit confirmer plusieurs projets de 10 à 15 étages pour 2017 et 2018. Le rêve d'Olivier Kracht: «construire la tour la plus haute d’Europe».