ENTREPRISES & STRATÉGIES

Patrick Hansen - Luxaviation

«Entreprendre implique une grande responsabilité»



patrickhansen_.jpg

Patrick Hansen: «Il serait utile de réinventer une loi Rau, ou similaire, qui stimule les imposables à investir leur épargne dans le tissu économique luxembourgeois.» (Photo: luxaviation)

Chaque semaine, Paperjam donne carte blanche à un entrepreneur, dans laquelle il évoque ses débuts, la manière dont il perçoit l’évolution de sa société et un fait d’actualité qui l’a marqué. Découvrez – ou redécouvrez – Patrick Hansen, CEO de Luxaviation.

Monsieur Hansen, vous avez déjà créé diverses sociétés, dont Luxaviation que vous dirigez toujours aujourd’hui. Quels sont vos arguments pour convaincre plus de monde à devenir entrepreneur?

«Actuellement, notre pays semble parfois souffrir d’une vue trop romantique de l’entrepreneuriat qui mène à des illusions et des fantasmes. Il faut dire à tout le monde qu’être entrepreneur implique une grande responsabilité vis-à-vis de ses employés et leurs familles.

Lancer sa propre société amène aussi beaucoup de travail (bien plus que 8 heures par jour) et engendre des soucis financiers, opérationnels et organisationnels tout au long de cette ‘aventure’. Il y a peu de certitudes, beaucoup de risques et surtout des obstacles à surmonter dans un monde de plus en plus complexe.

La satisfaction pécuniaire n’est pas souvent au rendez-vous et penser qu’être son propre chef donne beaucoup de libertés est faire abstraction du fait que la liberté d’un entrepreneur est limitée par les besoins du marché, les demandes de ses clients et les responsabilités vis-à-vis des employés et partenaires.

Si quelqu’un est prêt à faire face à ces défis, il ne faut pas le convaincre de devenir entrepreneur, il faut seulement le supporter au mieux possible afin qu'il puisse y retrouver la satisfaction d’avoir achevé quelque chose.

Quelle proposition concrète voudriez-vous formuler au gouvernement pour favoriser l’émergence de nouvelles entreprises au Luxembourg?

«Grâce à bon nombre d’initiatives, une certaine atmosphère positive – parfois romantique – est en train de s’installer au Luxembourg pour soutenir l’entrepreneuriat.

Ce qui manque cependant au Luxembourg, ce sont les stimuli nécessaires pour le financement bancaire et pour les levées de capital. En effet, le gouvernement devrait intervenir auprès des banques dont certaines sont détenues en grande partie par l’État, pour qu’elles financent des dossiers de jeunes entreprises sans avoir recours à des garanties personnelles de l’entrepreneur. Trop souvent je vois ces demandes, souvent grotesques.

Si on m’explique au Luxembourg que ces restrictions sont dues à des règles bancaires européennes, je ne peux être que surpris car il me semble que dans d’autres pays avoisinants, les banques savent faire différemment. Il faut donc adapter le cadre légal à cette situation.

La même situation subsiste quant au capital pour des nouvelles sociétés. Si on veut encourager l’entrepreneuriat, ce serait utile de réinventer une loi Rau, ou similaire, qui stimule les imposables à investir leur épargne dans le tissu économique luxembourgeois plutôt que dans des fonds d’institutions bancaires où l’argent se dissipe dans l’économie mondiale.

Qu’avez-vous retenu de l’actualité de ces derniers jours? Quel événement vous a plus particulièrement marqué? Et pourquoi?

«Je note que ces derniers jours, le 1er mai et la loi PAN aidant, on qualifie trop souvent l’entrepreneur comme l’avare mesquin qui exploite le personnel pour son bénéfice pécuniaire personnel. Dans cette caricature de l’entrepreneur, très médiatisée, on oublie que l’entrepreneur crée des emplois et qu’il supporte l’économie par son travail déterminé et sa responsabilité engagée.»