PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

La chronique des chefs économistes

Des situations contrastées en 2019



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Olivier Goemans, head of investment services and innovation à la Banque internationale à Luxembourg. (Photo: BIL)

Chaque semaine, Paperjam vous propose le regard d’un chef économiste d’une institution bancaire ou financière sur l’actualité des marchés et de l’économie. Aujourd’hui, Olivier Goemans, head of investment services and innovation à la Bil, observe que les grandes économies de la planète n’évoluent plus dans la même direction.

Le thème prédominant de notre analyse macroéconomique pour 2019 est la «divergence». Après une période durant laquelle les grandes économies mondiales se sont développées de manière plus ou moins synchrone, nous observons maintenant le phénomène inverse.

Les États-Unis conservent une assise solide et nous pensons qu’ils pourraient même surpasser les estimations de croissance, qui s’établissent à 2,6% en 2019. Cette vigueur est soutenue par un marché du travail solide et l’élan de confiance des consommateurs. Les tensions commerciales persistantes et la hausse des coûts constituent toutefois des freins. Alors que les effets de la relance budgétaire se dissipent, les investissements se tassent après un enchaînement de bons trimestres, et nous tablons maintenant sur une stabilisation.

Résolue à prolonger le cycle, la Fed a adopté une posture plus conciliante en ce qui concerne sa politique de resserrement monétaire et déclaré qu’elle «continuera à surveiller l’évolution de la situation économique et financière mondiale et à en évaluer l’implication pour les perspectives économiques». Pour le moment, le marché s’attend à ce que la Fed ne procède à aucun des deux relèvements de taux indiqués anticipés pour 2019.

La Chine va s’efforcer de réduire son excédent commercial avec les États-Unis d’ici 2024.

Olivier Goemans, head of investment services and innovation au sein de la Bil

Cela étant, la paralysie de l’administration américaine, la plus longue que le pays ait connue, nous fait clairement entrer en territoire inconnu. 800.000 fonctionnaires fédéraux n’ont pas reçu leur salaire et de nombreux projets qui dépendent de financements fédéraux ont été gelés. Cette situation ne sera pas sans répercussion sur la consommation, les marges des entreprises et, finalement, sur la croissance. 

Autre préoccupation du moment, les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine s’achèveront le 2 mars prochain. Personne ne sait ce qu’il en ressortira, mais pour le moment les médias sont optimistes et la Chine va s’efforcer de réduire son excédent commercial avec les États-Unis d’ici 2024. Jusqu’à présent, la crainte d’une guerre commerciale a plutôt incité les investisseurs à se tourner vers la sécurité du dollar US. Une trêve pourrait par conséquent affaiblir le billet vert.

La situation européenne est nettement différente, et nous pensons que le bloc pourrait avoir du mal à atteindre les estimations de croissance de 1,6% pour cette année. L’année dernière, certains commentateurs sont allés jusqu’à dire que l’Europe souffrait plus du pessimisme ambiant que d’une réelle mauvaise performance.

La probabilité d’une hausse des taux par la BCE en 2019 s’éloigne de plus en plus.

Olivier Goemans, head of investment services and innovation au sein de la Bil

Les europhiles convaincus ont vite pris la défense du Vieux Continent en accusant des «facteurs exceptionnels» d’être à l’origine des mauvais chiffres qui ont commencé à poindre en 2018, notamment les mauvaises conditions météo, une épidémie de grippe, les grèves, les contraintes de capacité et les nouvelles normes d’émission sur les véhicules...

Mais les perspectives européennes semblent aujourd’hui se ternir. Même l’Allemagne affiche un ralentissement plus prolongé que prévu. Au vu des données récentes, la probabilité d’une hausse des taux par la BCE en 2019 s’éloigne de plus en plus. Et le Brexit représente toujours une inconnue majeure pour le sort du continent.

Malgré le ralentissement manifeste de l’économie chinoise, nous devons garder à l’esprit que le gouvernement est en train d’intervenir pour soutenir l’économie. Il convient également de rappeler que la confiance des consommateurs se maintient, et qu’une croissance de 6% pour une économie affichant un PIB de 12.000 milliards de dollars américains, c’est toujours significatif. 

La conclusion? Tous ces éléments incitent à adopter une allocation régionale nuancée et à faire preuve d’un optimisme modéré et d’une plus grande prudence dans la prise de risque à l’avenir, en particulier dans l’attente d’y voir plus clair sur les différents risques géopolitiques.