ENTREPRISES & STRATÉGIES

Julien Brunel – MilepaKr

«Découvrez l’optimiste qui est en vous!»



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Julien Brunel: «Devenir entrepreneur, c’est fuir la tiédeur d’une carrière sans victoires et sans défaites.» (Photo: Marion Dessard / archives)

Chaque mardi, Paperjam donne carte blanche à un entrepreneur, dans laquelle il évoque la manière dont il considère l’entrepreneuriat, les mesures qui pourraient être prises en faveur de celui-ci et un fait d’actualité qui l’a marqué. Aujourd’hui: Julien Brunel, cofondateur de MilepaKr et vainqueur du Cyel 2016.

Monsieur Brunel, vous dirigez aujourd’hui MilepaKr. Quels sont vos arguments pour convaincre plus de monde à devenir entrepreneur?

«La création d’entreprise est une option idéale, temporaire ou définitive, pour tous ceux qu’une entreprise très officielle empêche nécessairement d’accéder à un véritable espace de créativité, de responsabilité et surtout de générosité. Devenir entrepreneur, c’est fuir la tiédeur d’une carrière sans victoires et sans défaites. Découvrez l’optimiste qui est en vous! À mon sens, la qualité principale de l’entrepreneur est l’optimisme et non l’ambition, car l’ambition ne tient pas 30 secondes face au risque, alors que l’optimisme s’en joue à l’infini.

Quelle proposition concrète voudriez-vous formuler au gouvernement pour favoriser l’émergence de nouvelles entreprises au Luxembourg?

«Le gouvernement luxembourgeois se mobilise pour stimuler la création d’entreprise. Par exemple, la récente disposition permettant la création d’une entreprise avec un capital social de 1 euro est une excellente chose. Les initiatives sont nombreuses et c’est très rassurant de ressentir un intérêt vif et sincère de la part des autorités. Mais il faut aller plus loin et accompagner concrètement les créateurs aux différents stades de leur projet.

Par exemple dans l’aide à la création, il serait bon de réduire le volume de charges surréaliste qui est imposé à une entreprise lors de sa première année. Les frais de notaire, les frais bancaires, les frais d’enregistrement, les impôts minimum, l’immobilier, le mobilier, etc. Nous avons l’impression que la survie de nos entreprises dans un an n’intéresse personne, tant que tous – privé et public – auront pu se servir directement et grassement, dans nos modestes budgets de lancement. L’instauration d’un guichet unique pour les formalités administratives serait également très pratique à cette étape d’un projet.

Je citerai également l’accompagnement et la protection. Dans ce sens, le Luxembourg pourrait mettre à profit l’unique et incroyable proximité qui existe, de fait, entre les très grosses entreprises et les ‘jeunes pousses’. Nous pourrions rêver d’un programme de parrainage, proposant aux grandes entreprises de prendre sous leur aile de jeunes start-up et cela, sans contrepartie matérielle. Grâce à un soutien en matériel, services administratifs, conseils, networking, etc. Les jeunes créateurs auraient l’opportunité de se consacrer exclusivement au développement de leur projet.

Et puis, j’évoquerai aussi la croissance et l’accès aux capitaux privés. Le financement bancaire et un poison pour les jeunes entreprises. Si le gouvernement favorisait la rencontre entre des investisseurs privés (particuliers, family office, etc.), les entrepreneurs pourraient financer leurs besoins souvent très modestes d’une manière plus équitable et durable.

Qu’avez-vous retenu de l’actualité de ces derniers jours? Quel événement vous a plus particulièrement marqué? Et pourquoi?

«Pour moi, le phénomène Pokemon Go est l’événement plus marquant de l’actualité récente. Un simple jeu a poussé en quelques jours la planète entière à revoir sa conception du réel et du virtuel, sa conception des frontières, de la communauté. Les entreprises doivent reconsidérer leurs objectifs de ‘croissance rapide’.

De manière générale, cet événement, avec toutes les questions qu’il soulève au-delà du simple phénomène de mode, me conforte dans l’idée que s’il est essentiel d’avoir des convictions, il nous est interdit d’avoir des certitudes.»