PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Carte Blanche

Après la SAM…



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Plus de 200 institutions de microfinance, venues d’une trentaine de pays africains, ont participé à la Semaine africaine de la microfinance (SAM) 2017. (Photo: ADA)

ADA vient d’organiser sa troisième édition de la SAM (Semaine africaine de la microfinance), un rendez-vous bisannuel qui rassemble les professionnels de la finance inclusive en Afrique. Premier bilan.

Plus de 550 participants, plus de 200 institutions de microfinance venues d’une trentaine de pays africains, les plus importantes institutions du secteur (la BEI, la Banque africaine de développement, la fondation Mastercard, Accion, l’AFD, FMO, Grameen…) présentes, des interventions de Son Altesse royale la Grande-Duchesse, du ministre de la Coopération et de l’Action humanitaire Romain Schneider, du ministre d’État de l’Industrie éthiopien… Cette année encore la Semaine africaine de la microfinance (SAM), organisée et portée par ADA, s’est imposée comme un rendez-vous incontournable de la finance inclusive en Afrique et peut-être même dans le monde. Des participants sont même venus d’Inde ou du Japon pour échanger, rencontrer et discuter à cette conférence…

L’Afrique suscite de plus en plus d’intérêt, la SAM aussi! C’est désormais en Afrique que l’on entreprend, que l’on innove, que l’on crée. Ce bouleversement géographique se ressent sur la finance inclusive. Les précédents Midis de la microfinance au Luxembourg, consacrés aux PME, à la finance digitale ou à l’entrepreneuriat féminin en Afrique ont d’ailleurs, à maintes reprises, évoqué ce changement de paradigme. Dans ces conditions, une conférence panafricaine sur un sujet aussi capital que la finance inclusive et l’entrepreneuriat ne pouvait pas ne pas intéresser, ne pas concentrer les attentions, ne pas provoquer cette demande incroyable. Pour la première fois, la Semaine africaine de la microfinance affichait complet un mois avant son début!

Au-delà du satisfecit devant l’importance qu’a pris l’événement se posent deux questions majeures. Comment maintenir cet engouement et surtout que faire de ce succès? Rappelons tout d’abord que ADA, ONG luxembourgeoise spécialisée en microfinance, est à l’origine de la SAM. Elle bénéficie du soutien constant du Ministère des Affaires étrangères et européennes, de la Direction de la Coopération au Développement et de l’Action humanitaire, qui cette fois-ci encore, en Éthiopie, a su démontrer son efficacité et sa parfaite connaissance des enjeux politiques et diplomatiques. ADA, fidèle à sa philosophie, construit la SAM avec ses partenaires de terrain. À ce titre, les réseaux régionaux d’institutions de microfinance (qui fonctionnent comme des fédérations professionnelles) comme le MAIN, comme AFRACA ou l’AEMFI en Éthiopie jouent un rôle central en co-organisant cet événement. Les choix, les décisions, les thématiques sont le fruit d’échanges, de discussions passionnées et passionnantes ainsi que de réflexions communes…

Un carrefour financier

C’est d’ailleurs peut-être le secret du succès: la SAM repose sur une volonté commune: rassembler le secteur en un même lieu afin de faciliter — pour ne pas dire optimiser — l’échange de savoirs. La SAM n’est d’ailleurs pas seulement une conférence, mais un écosystème d’événements, de formations, d’ateliers, de salons, de foires qui gravitent autour d’une conférence. Du 9 au 13 octobre, une vingtaine de formations gratuites — de la gestion des risques financiers à la finance rurale — ont ainsi été proposées aux participants. Cette richesse et cette diversité s’appuient aussi sur d’autres partenaires, prêts à dispenser cours et savoirs, organiser des sessions, offrir leurs compétences. Le succès de la SAM, comme sa pérennité, repose donc sur la capacité d’ADA à associer d’autres intervenants, d’autres acteurs à cette Semaine africaine de la microfinance, afin qu’elle réponde aux différents besoins sur ce continent en développement.

À l’image du Luxembourg, devenu un carrefour financier, la SAM concentre les différentes expertises nécessaires en microfinance ou finance inclusive d’impact. On y vient chercher le savoir nécessaire. On y vient conclure des affaires. On y vient construire le futur. En ce sens, ADA joue bien son rôle de catalyseur. En une semaine, un participant — souvent directeur d’une IMF — bénéficie d’une ou deux formations, prend part à la conférence, rencontre des réseaux, discute avec de futurs partenaires, parle avec des représentants gouvernementaux. Que cette semaine semble courte, face à d’aussi nombreuses possibilités! Devant ce succès (cette année, il fut complexe de trouver suffisamment de salles par rapport à tous les événements proposés), il nous faudra sans doute sélectionner plus stratégiquement les offres de formation afin qu’elles soient toujours plus professionnelles. Il faudra sans doute aussi réfléchir plus au parcours de chaque participant durant la semaine, faciliter sa démarche, lui permettre de tirer encore plus avantage de ce rassemblement…

La question de l’impact se pose naturellement. Quel effet concret attendre d’une telle conférence? La SAM contribue indubitablement au renforcement du secteur. Elle rassemble les professionnels africains de la microfinance en un lieu de débats et d’échanges. Surtout, elle facilite les rencontres en s’ouvrant à d’autres intervenants, politiques, financiers, investisseurs, innovateurs, entrepreneurs et même formateurs… Elle contribue ainsi à l’évolution d’un secteur, la microfinance, dans un monde changeant. Aujourd’hui, ce succès impose par conséquent de montrer et de démontrer des résultats. Les résultats, ce sont les contrats signés, les changements opérés au sein des institutions de microfinance, les modifications de régulation. Aujourd’hui ADA a prouvé sa capacité à rassembler les professionnels de la finance inclusive. La prochaine étape consistera à suivre et mettre en avant les transformations du secteur… jusqu’à la prochaine SAM.

Le prochain Midi de la microfinance aura lieu le 29 novembre à la Banque de Luxembourg avec pour thème l’habitat et la finance inclusive.