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Exportation culturelle

Les Rencontres d’Arles comme si vous y étiez



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Organisateurs, officiels et partenaires rassemblés pour vernir l’exposition Lët’z Arles. (Photo: Romain Girtgen / CNA)

Pour la troisième année de collaboration entre les Rencontres d’Arles et l’association Lët’z Arles, le Grand-Duché était présent en force lors de la semaine d’inauguration, en exposition, en compétition, en projection et lors des rendez-vous immanquables de ces derniers jours.

Lors de l’événement phare de la photographie européenne et mondiale que constituent les Rencontres d’Arles, qui fêtent cette année leur 50e édition, le Grand-Duché a su une fois de plus se démarquer grâce à la présence en nombre d’acteurs de la culture grand-ducale lors de la semaine d’ouverture, mais également avec celle d’œuvres produites ou coproduites par des artistes et entreprises luxembourgeois dans une large majorité de sélections et compétitions officielles sur place.

Dans la chaleur torride arlésienne, Paperjam s’est imprégné lors de cette ouverture de l’influence luxembourgeoise et de ses artistes, des journées d’expositions et de découvertes, ainsi que des soirées plus ou moins officielles.

La Chapelle de la Charité, le «Petit Luxembourg» d’Arles

Accolée à l’incontournable Hôtel Jules César, sur le boulevard des Lices, la Chapelle de la Charité s’est naturellement imposée comme le point de rencontre non seulement de la communauté luxembourgeoise sur place, mais également de tous les visiteurs des Rencontres.

En effet, les expositions «Aedicula» de Claudia Passeri et «Resonance» de Krystyna Dul, que nous avions présentées en avril dernier , ont su, par leur qualité, leur pertinence et leur présence au programme officiel, drainer à nouveau au sein du fief luxembourgeois un nombre remarquable de visiteurs.

Le scénographie de l’exposition permet en outre de donner un cadre grandiose aux «porte-journaux», autrement appelés «Aedicula», démesurés de Claudia Passeri, qui s’imposent par leur présence et leur signification politique forte qu’ils supportent dans la nef centrale, tandis que l’approche plus intime de «Resonance» de Krystyna Dul est mise en valeur de manière idoine dans la discrétion de l’alcôve droite de la chapelle.

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«Aedicula» de Claudia Passeri et «Resonance» de Krystyna Dul se côtoient et se complètent dans l’enceinte de la Chapelle de la Charité. (Photo: Maison Moderne)

Alors qu’il eut été facile de s’imaginer un événement en grande pompe pour le vernissage de vendredi soir qui se tenait sur le parvis de la chapelle et de l’hôtel, l’ambiance s’est avérée plutôt détendue et l’attention s’est tournée rapidement vers l’équipe officielle de l’exposition pour le discours d’intention et de remerciements, en présence du maire d’Arles, Hervé Schiavetti.

On pouvait ainsi retrouver à la tribune Florence Reckinger-Taddeï, présidente de Lët’z Arles et facilitatrice éprouvée de rencontres bénéfiques dans la cité antique, Sam Stourdzé, directeur des Rencontres d’Arles, la ministre luxembourgeoise de la Culture Sam Tanson , les artistes et leurs curateurs respectifs Paul di Felice et Danielle Igniti, poing levé et toujours aussi friande de mondanités: «Qu’est-ce que ça peut m’ennuyer les vernissages! Une expo, ça devrait être ouvert, quand c’est ouvert on y va, point.»

Les autres temps forts grand-ducaux

Outre les sélections du projet «Fever» du duo Karolina Markiewicz/Pascal Piron et la victoire de «7 Lives» de Jan Kounen et coproduit par a_BAHN dans la catégorie «Fictions – Imaginer le réel» au VR Arles Festival, émanation des Rencontres dédiée à la réalité virtuelle, le Luxembourg était présent «en off» lors d’autres événements, pointus ou plus populaires, de cette semaine d’ouverture.

Ainsi, Tënk, plate-forme en ligne de documentaires, proposait une «pause documentaire» dans le chaud tumulte du jeudi soir en transformant la Cour Fanton en un cinéma en plein air, avec une véritable perle rare de poésie nippone nommée «Norie», réalisée par Yuki Kawamura, coproduite par les Luxembourgeois de Films Fauves et présentée seulement pour la troisième fois en Europe à cette occasion.

Au Japon, Yuki, accompagné de son père Munemitsu, entreprend une quête émotionnelle sur les traces de sa mère, Norie, découvrant par la même occasion autant les non-dits que l’admiration que suggérait cette femme indépendante et unique pour l’époque, partie très jeune...

Dans la torpeur de la Cour Fanton, le minimalisme émotionnel typiquement japonais et le tissage de nouveaux liens aussi forts et aimants que douloureux entre père et fils sont sublimés par l’extrême délicatesse de Yuki Kawamura, qui répondra ensuite un peu à contrecœur aux quelques questions inutiles de spectateurs bien trop bavards.

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L e réalisateur Yuki Kawamura lors de la projection de «Norie», coproduit par Les Films Fauves . (Photo: Maison Moderne)

Le même soir, c’est l’auteur Marc Schoeder qui portait haut les couleurs du Grand-Duché pour sa sélection au Luma Rencontres Dummy Book Award, dans le cadre exceptionnel du théâtre antique.

Autre lieu et autre ambiance, très populaire et enlevée cette fois, le vendredi soir lors de la «Nuit de l’année», soirée officielle des Rencontres organisée – un peu chichement – sur les sites des Papeteries Étienne, le long du Rhône. Le photographe Christian Aschman y figurait à l’affiche, parmi les nombreux artistes dont étaient projetés les portfolios à travers tout le site industriel, particulièrement bien adapté pour une telle manifestation. Il est cependant dommage que la qualité des images diffusées n’ait trouvé que peu d’écho dans le reste de l’organisation...

Enfin, samedi soir, même si les espoirs étaient maigres pour Krystyna Dul, l’équipe luxembourgeoise est allée soutenir la photographe qui était sélectionnée pour le prestigieux Prix Madame Figaro, remis finalement et très justement à l’artiste grecque Evangelia Kranioti et à son époustouflante exposition «Les Vivants, les morts et ceux qui sont en mer» à la Chapelle Saint-Martin du Méjan.

La superbe exposition « L es Vivants, les morts et ceux qui sont en mer» de la photographe grecque Evangelia Kran i oti . (Photo:  Evangelia Kranoti)

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La superbe exposition « L es Vivants, les morts et ceux qui sont en mer» de la photographe grecque Evangelia Kranoti (Photo:  Evangelia Kranoti)

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La superbe exposition « L es Vivants, les morts et ceux qui sont en mer» de la photographe grecque Evangelia Kranoti (Photo:  Evangelia Kranoti)

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Luxembourg en force et soudé

Une chose est certaine: pour le lancement cette troisième année – la dernière de l’accord de partenariat initial – de collaboration entre les Rencontres d’Arles et Lët’z Arles, le Tout-Luxembourg culturel est présent, du jeudi au dimanche, moite sous cette chape de plomb arlésienne, pour assister au vernissage à la Chapelle de la Charité, mais aussi aux quelques événements dédiés à l’émulation entre différentes instances, ou plus trivialement au networking et à la fête.

C’est le cas notamment avec le dîner des artistes du jeudi soir à Croisière, un des QG les plus branchés du festival. Parmi la soixantaine de convives se côtoient joyeusement les artistes, les curateurs, les programmateurs et divers membres des jurys et invités officiels. La Ville de Luxembourg est là, les instituts sont là, les mécènes et partenaires sont là (Arendt&Medernach, den Atelier, Steinmetzdemeyer…). Il ne manque que la ministre de la Culture, Sam Tanson, qui sera cependant bien présente les deux soirs suivants.

Le dîner se déroule «à la bonne franquette» dans l’espace Tawlet Arles, mis en place par la restauratrice Caroline Pons en collaboration avec Kamal Mouzawak de Tawlet, au Liban. «Pour créer ce concept, on m’a simplement demandé de voyager. Je suis allé au Liban où j’ai pu connaître encore mieux le concept de cantine solidaire de Tawlet, que j’ai décidé d’installer à Croisière pour les Rencontres 2019. J’ai d’ailleurs invité deux cuisinières sur place à nous rejoindre pour la semaine d’ouverture, ce qu’elles ont fait, et ce qui nous permet d’apprendre beaucoup à leurs côtés», explique ainsi Caroline, amie de longue date de Florence Reckinger-Taddeï.

Les plats sont effectivement simples et excellents, et malgré l’apparente légèreté de la soirée, les discussions sérieuses vont bon train, notamment sur les moyens de promouvoir encore mieux l’art et la créativité luxembourgeois à l’étranger.

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Plus d’une soixantaine de convives étaient présents lors du d î ner luxembourgeois des artistes au Tawlet Arles . (Photo: Maison Moderne)

Une volonté commune semble, plus que jamais, émerger de cette cohésion luxembourgeoise, qui attend des gestes forts pour appliquer la théorie. Une cohésion, mais également une fierté d’être présents à l’une des manifestations culturelles européennes les plus prestigieuses qui accompagneront le groupe luxembourgeois jusqu’au dîner plus informel du samedi soir, en présence de la ministre cette fois.

Et Sam Tanson semblait à cette occasion plus convaincue que jamais – malgré l’ambiance tonitruante de la place Voltaire – de vouloir asseoir et pérenniser l’entente entre Luxembourg et Arles.

Cet article a été réalisé avec le concours du Fonds culturel national.