POLITIQUE & INSTITUTIONS — Education

Piquet de protestation

Une réforme de la formation en santé «à côté de la plaque»



Nora Back a accompagné l’étudiant pétitionnaire au Cercle Cité pour débattre du projet de réforme de la formation des professionnels de santé. (Photo: OGBL)

Nora Back a accompagné l’étudiant pétitionnaire au Cercle Cité pour débattre du projet de réforme de la formation des professionnels de santé. (Photo: OGBL)

Les acteurs du terrain se sont réunis lors d’un piquet de protestation pour dénoncer les limites du projet de réforme de la formation des professionnels de santé. Jugée insuffisante pour servir son but: la revalorisation du métier.

Une masse colorée s’est formée devant le Cercle Cité mardi 1er juin dans l’après-midi, et les pancartes artisanales côtoyaient les drapeaux rouges et verts de l’OGBL et du LCGB. Un piquet organisé par une douzaine d’organisations pour protester contre le projet de réforme de la formation des professionnels de santé . Ce dernier prévoit la création de sept bachelors pour valoriser la profession et attirer plus d’étudiants dans cette voie, en pénurie de talents.

Pourtant, il «ne reflète en rien la position du terrain», résume Pitt Bach, secrétaire central au syndicat Santé, services sociaux et éducatifs de l’OGBL. Le définissant comme «à côté de la plaque». Il met en avant trois revendications principales:

- que le bachelor (bac +3) remplace le BTS (bac +2) d’infirmier

Créer un niveau de bachelor pour les infirmiers, c’est bien. Il s’agissait d’ailleurs d’une demande du syndicat. Le problème: «Au lieu de réformer, on crée un nouveau (niveau de diplôme, ndlr) à côté.» Ce qui manquerait de clarté. «Créer différents niveaux d’infirmiers ne fait aucun sens.» Et nuirait aux objectifs de revalorisation du secteur, puisque s’il a le choix, l’employeur pourrait privilégier le personnel «moins cher, moins qualifié», craint Pitt Bach.

- un diplôme supérieur pour les infirmiers spécialisés

Le projet prévoit aussi quatre programmes de bachelor pour les infirmiers spécialisés. «Pourquoi un jeune déciderait-il de faire infirmier général, puis infirmier spécialisé, s’il a le même niveau de diplôme à la fin?», et donc le même salaire, s’interroge le syndicaliste. Il demande à la place un diplôme supérieur (master, soit bac+5) pour les infirmiers spécialisés, afin de motiver les jeunes à s’engager dans cette voie en pénurie. Et dont on a vu l’importance pendant cette crise, notamment pour les infirmiers spécialisés en réanimation…

- ne pas oublier les autres professionnels de santé

Enfin, Pitt Bach rappelle que de nombreuses professions de santé ont été oubliées de la réforme, comme les auxiliaires de vie ou encore les assistants sociaux.

Manque de dialogue

Ce mécontentement serait le «résultat d’une réforme qui n’a pas été faite dans le dialogue social», dénonce-t-il. Il y a bien eu des discussions depuis 2017 entre le gouvernement et les représentants des acteurs du terrain. Mais ils n’auraient pas été inclus dans les groupes de travail pour la concrétisation du projet en ce début d’année 2021.

Le piquet de protestation ne s’est pas tenu devant les locaux de la Chambre des députés sans raison. Y était débattue, au même moment, la pétition d’un étudiant pour un «droit à un bac +3 pour les étudiants infirmiers», déposée avant les annonces du gouvernement et qui a recueilli 4.891 signatures. Il avait sollicité le soutien des associations du secteur et a été accompagné au Cercle Cité par Nora Back, présidente de l’OGBL, Anne-Marie Hanff, présidente de l’Association nationale des infirmières et infirmiers du Luxembourg (Anil), et Gilles Evrard, président de l’Association des enseignants pour professions de santé.

Après le plaidoyer, les ministres de la Santé Paulette Lenert (LSAP) et de l’Enseignement supérieur  Claude Meisch (DP) ont affirmé ne pas envisager – pour le moment – la suppression du BTS infirmier. Une évaluation des nouvelles formations devrait se faire en 2028.  À ce moment, on réfléchira peut-être à de nouveaux cursus, comme le master demandé pour les infirmiers spécialisés.  La proposition du gouvernement devra de toute façon suivre la voie législative (dépôt d’un projet de loi, discussions en commission parlementaire…), ont rappelé certains députés. Le débat devrait donc se poursuivre avant l’adoption finale.