PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Revue de presse

Plusieurs groupes bancaires accusés de blanchiment



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Selon l’OCCRP, des comptes détenus par des Russes auraient été ouverts au sein de plusieurs banques européennes. (Photo: Shutterstock)

Plusieurs groupes bancaires européens sont cités dans le rapport de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), qui regroupe des journalistes d’enquête du monde entier. Les cours de bourse des banques accusées de blanchiment dévissent.

Voilà une fuite d’informations qui n’a pas fini de faire trembler le secteur financier. Selon une enquête révélée lundi 4 mars par l’association Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), qu’elle a réalisée en coopération avec 21 médias internationaux, plusieurs banques européennes seraient parties prenantes d’un réseau de blanchiment d’argent lié à la Russie.

Leurs informations viennent d’une fuite de données bancaires concernant 1,3 million de transactions entre 233.000 entreprises.

Parmi les banques pointées du doigt: ING, ABN Amro, Raiffeisen Bank International, Crédit Agricole (via sa filiale Indosuez), Deutsche Bank, Citigroup, ou encore les banques scandinaves Nordea, DnB NOR, Swedbank et Danske Bank.

Précisions ici que les banques sont mentionnées au niveau de leur groupe. 

Raiffeisen Bank International est par ailleurs une entité indépendante de Raiffeisen au Luxembourg, les banques coopératives sous l'égide de la marque agissant de façon autonome.

Selon l’OCCRP, des comptes détenus par des Russes auraient été ouverts au sein des banques citées. Et ces comptes auraient reçu des fonds provenant de la banque d’investissement russe Troika Dialog (rachetée en 2011 par Sberbank), soupçonnée ainsi de blanchiment d’argent pour plusieurs milliards de dollars. Un système qui aurait fonctionné de 2006 à 2013.

Le magazine néerlandais De Groene Amsterdammer, qui fait partie du collectif OCCRP, révèle qu’ING, ABN Amro et Rabobank (établissement non coté) auraient facilité plusieurs centaines de millions d’euros de paiements douteux. Quant à la chaîne de télévision finlandaise Yle, elle apprend que Nordea aurait traité pour 700 millions d’euros de transactions suspectes en lien avec la Russie entre 2005 et 2017.

Laveries automatiques

L’OCCRP a finalement baptisé ce réseau «Troika Laundromat», en référence aux laveries automatiques. Selon The Guardian , les fonds auraient ensuite servi à financer des yachts, acheter des bijoux, payer des frais d’écoles privées, ou encore verser des cotisations, notamment à une association parrainée par le prince Charles.

Plusieurs enquêtes sont déjà ouvertes: les autorités de supervision financière suédoise et estonienne ont ouvert en février une enquête visant la banque suédoise Swedbank, tandis que la banque danoise Danske Bank fait l’objet d’une enquête dans cinq pays, concernant plus de 200 milliards d’euros de paiements suspects en provenance de Russie et d’autres États, et qui auraient transité via sa branche estonienne.

Suite à ces annonces, les cours boursiers des établissements bancaires ont chuté, mercredi 6 mars: à 14h15, Crédit Agricole perdait 1,37%, et ING 4,57%. Le 5 mars, Raiffeisen a quant à lui dévissé de 12,91%, et Citigroup baissait de 1,29%.

À l’OCCRP, Citigroup n’a pas répondu aux demandes de commentaires sur cette affaire, tout comme Raiffeisen, qui a invoqué la confidentialité des clients. Deutsche Bank a quant à elle déclaré qu’elle avait un «accès limité» aux informations sur ces transactions et ne pouvait commenter certaines affaires pour des raisons juridiques.