PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fonds

Lou Kiesch (Partner Advisory & Consulting, Deloitte Luxembourg)

«Une phase de transformation fondamentale»



lou_kiesch_deloitte.jpeg

Lou Kiesch, partner Advisory & Consulting chez Deloitte Luxembourg (Photo: Deloitte)

La distribution de fonds d’investissement est au cœur d’une conférence organisée aujourd’hui par Deloitte Luxembourg et le cabinet ElvingerHoss & Prussen, dans un contexte de profonds changements réglementaires. Le point avec Lou Kiesch, associé chez Deloitte.

Monsieur Kiesch, comment peut-on résumer les impacts des changements réglementaires à venir sur la distribution?

«Dans un premier temps, il est important de comprendre que les législations à venir, notamment Mifid II, visent avant tout à protéger l’investisseur ainsi qu’à accroître la transparence.

Pour ce faire, il convient d’éviter qu’une partie de la commission de gestion soit rétrocédée aux intermédiaires. Cette tendance a déjà vu le jour dans certains pays, notamment le Royaume-Uni et les Pays-Bas et ceci de manière plus contraignante que le préconise Mifid II. En effet, des rétrocessions permettant à la fois d’assumer des frais liés à la distribution et une certaine fonction de type conseil auprès de clients sont désormais interdites. Ce changement a pour conséquence de freiner voire de renverser la tendance de distribution vers les canaux de distribution traditionnels dits ‘d’architecture ouverte’.

Dans un second temps, la volonté d’accroître la transparence pour les investisseurs, ainsi que les coûts et risques y afférents, obligent promoteur, gestionnaire et distributeur à fournir à l’investisseur des documents de synthèse. Il s’agit aujourd’hui du KIID pour les OPCVM; demain ce sera le PRIIPS. Ces documents ont pour vocation de rendre possible la comparaison de produits issus d’horizons divers, tels que les fonds, certaines assurances ou encore des produits bancaires.

Pour se préparer à Mifid II, tout est encore à prendre au conditionnel. L’Esma poursuit ses travaux de consultation et de formulation des normes techniques et le calendrier ne prévoit l’aboutissement de ce processus qu’en décembre de cette année. Mifid II entrera en vigueur en janvier 2017. Cependant, en vue des changements préconisés, l’industrie se voit contrainte de commencer ses préparatifs et ses réponses, ceci malgré les incertitudes et les zones d’ombre restantes.

Ces changements n’auront-ils cependant pas, à l’inverse, des effets positifs, dont une remise en question dans la manière de concevoir les produits?

«Depuis un certain temps, les gestionnaires réfléchissent à la manière de conduire la transition d’une activité basée essentiellement sur des produits vers une activité orientée ‘solutions’. Cette réflexion se complique lorsqu’il s’agit d’innover dans un environnement législatif qui fait parfois l’amalgame entre complexité et risque. Un retour vers la simplicité ne va pas forcément mieux servir les intérêts des investisseurs, dans un contexte de plus en plus complexe.

Ces changements donnent surtout l’opportunité aux gestionnaires de proposer des produits intermédiaires entre la gestion passive et active comme les ‘Smart Beta’ (fonds qui se gèrent par référence à un indice retravaillé), ou les ‘Target Date Funds’ (fonds ayant une date cible pour la réalisation de l’investissement), pour lesquels la transparence des coûts ainsi que la rémunération des intermédiaires ne sont plus des données sujettes à discussion.

Quels sont les «homeworks» auxquels les acteurs de la Place doivent s’atteler dans les prochains mois dans un tel contexte?

«Il s’agit avant tout de comprendre l’environnement réglementaire tel que les législateurs l’ont défini. En particulier, clarifier si les rétrocessions ainsi que les produits proposés aux investisseurs sont en conformité avec les critères applicables dans les différents pays de l’Union européenne. Dans cet exercice de ‘mapping’ il s’agit avant tout de bien analyser les pays qui ont l’intention d’aller plus loin que les exigences minimales (le ‘gold plating’)et ceux qui se contentent de la situation de base telle qu’elle est fixée par la directive Mifid II.

Il faut aborder ensuite le volet produit et revoir la structure de rémunération des différents acteurs impliqués dans la chaîne de valeur. La transparence exigée par des précurseurs de Mifid II comme au Royaume-Uni (le ‘RDR – Retail Distribution Review’) démontre par exemple que les frais de gestion, une fois 'libérés' des rétrocessions se situent à environ la moitié de ce qu’ils étaient auparavant. Un vrai travail d’analyse s’impose pour les différents promoteurs de fonds.

Il faut reconsidérer finalement les nouvelles méthodes de distribution. L’avenir appartient à des plateformes d’agrégation, à l’offre directe aux particuliers et aux classes d’actions dédiées à certains types d’investisseurs.

Globalement, l’industrie se trouve dans une phase de transformation fondamentale qui, au-delà de la considération réglementaire, doit affronter les problématiques du vieillissement en proposant des solutions adaptées.»