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Nima Azarmgin (ioTech)

«S’épanouir et explorer les champs du possible»



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«[Les nouvelles technologies] bouleversent les rentes de situation, car elles permettent à des talents d’émerger en dehors des sentiers battus et d’exercer un impact significatif.» (Photo: DR)

En vue du 10x6 Creative Industries organisé par le Paperjam Club le mercredi 12 septembre, l’un des orateurs, Nima Azarmgin (ioTech), partage sa vision des industries créatives au Luxembourg.

Les entreprises se donnent-elles vraiment les moyens, humains ou «philosophiques», de développer de la créativité?

«On pourrait avoir tendance à croire que la créativité soit une activité exclusive à vocation purement artistique ou artisanale. Mais lorsque l’on se promène dans les friches industrielles au sud du Luxembourg, pour citer un exemple parmi tant d’autres, on ne voit qu’une chose: la créativité à l’état brut, fruit de l’imagination et de l’ingéniosité collective d’ouvriers et d’ingénieurs de l’époque. Et je ne parle pas des qualités esthétiques indéniables que leur attribue notre regard contemporain!

De fait, si l’on considère que la créativité est la capacité d’un individu ou d’un groupe d’individus à trouver une solution efficace à un problème donné, je dirais que les entreprises qui réussissent s’en donnent forcément les moyens. Quitte à ce que cela soit fait malgré elles, car, à un moment donné, la personnalité d’un dirigeant ou un groupe au sein de l’organisation crée les conditions favorables à la créativité. Tout l’enjeu est donc de rendre le processus créatif conscient, continu et systématique, de sorte qu’il ne soit pas juste le fruit du hasard.

Comment les technologies numériques bouleversent-elles le paysage des industries créatives? 

«Les technologies numériques aident les humains à résoudre de plus en plus rapidement des problèmes de plus en plus complexes pour un prix de moins en moins élevé. Elles permettent également à de nouvelles formes de collaboration entre humains d’éclore, ainsi qu’à des modes de consommation nouveaux d’émerger. Il résulte de cette évolution que l’accès aux industries créatives, autrefois relativement exclusif, se démocratise et se diversifie. Et, les frontières entre le professionnel et l’amateur se brouillent.

Mais, à mon avis, le fruit de cette interaction entre l’homme et la machine n’est en rien inouï ni davantage bouleversant. En effet, on continuera toujours à fabriquer des bijoux, à confectionner des vêtements, à composer des symphonies ou à réaliser des films bourrés d’effets spéciaux quels que soient les moyens déployés. Donc, en tant qu’outils de production, je ne dirais pas que les technologies numériques bouleversent le paysage des industries créatives. En revanche, elles bouleversent les rentes de situation. 

Quels sont les besoins les plus importants du secteur en termes législatifs et pratiques?  

«Au Luxembourg, nous avons tendance à réguler, surveiller et punir de façon excessive les activités socio-économiques pour préserver les acquis de corporations plus ou moins influentes. Dans le contexte de la démocratisation de l’accès à l’industrie évoquée plus haut, il serait plutôt opportun de dé-légiférer – si nécessaire – et de laisser-faire, autant que possible, pour permettre au secteur de s’épanouir et d’explorer les champs du possible sans passer systématiquement par la case ‘bureaucratie’.

En revanche, on pourrait très bien envisager de mettre en place des instruments incitatifs pour favoriser le développement du secteur. Pourquoi ne pas imaginer, par exemple, une ‘Taxe sur la Créativité Ajoutée’ que les entreprises luxembourgeoises pourraient déduire de leurs revenus lorsqu’elles intègrent dans leur processus de production des produits et services issus de l’industrie créative locale?

C’est là entre autres que le Creative Industries Cluster peut jouer un rôle primordial.

Nima Azarmgin (ioTech)

Quant aux pratiques intra-sectorielles, nous avons un vivier remarquable de talents au Luxembourg. Je pense que les acteurs doivent davantage collaborer et se valoriser mutuellement tout en privilégiant les ‘circuits courts’. C’est une démarche difficile qui exige d’accepter de partager le gâteau et de sortir de l’isolement. Mais si on ne le fait pas, le gâteau ne grandira jamais. C’est là entre autres que le Creative Industries Cluster peut jouer un rôle primordial.»

Les inscriptions au 10x6 Creative Industries sont ouvertes sur le site du Paperjam Club.