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Aloyse Kapweiler (Secrétaire syndical, LCGB)

«On ne sait pas jusqu’où ça peut aller»



 (Photo: LCGB)

(Photo: LCGB)

La direction de Cargolux et les syndicats se disputent par médias interposés. Ce jeudi, Aloyse Kapweiler, secrétaire syndical chargé des questions d’aviation, indique que la délocalisation d’un avion en Italie aura bien des conséquences sur l’activité au Findel.

Dans le dossier Cargolux Italia, que pensez-vous des dernières déclarations de la direction de Cargolux selon lesquelles le transfert d’un ancien appareil vers l’Italie et son remplacement par un nouveau ne changeront rien aux activités du site luxembourgeois ?

« Je rappelle qu’à l’origine, les deux avions devaient rester au Luxembourg. Il était prévu d’engager quelque 75 pilotes sous contrat luxembourgeois. Le simple fait de transférer un avion en Italie diminue la capacité de tonnage prévue et ce sont environ 25 emplois qui sont perdus pour le marché du travail ici. Je ne pense pas que cela profite à la société. Ce n’est pas possible.
Les vols concernés pourraient très bien se faire par Cargolux elle-même, d’autant plus que j’ai entendu que les routes empruntées par les avions italiens sont les mêmes que celles empruntées par les avions d’ici.

Pour quelles raisons l’Association luxembourgeoise des pilotes de ligne se montre-t-elle inquiète? Des pilotes de Cargolux risquent-ils de passer d’un salaire luxembourgeois à un salaire italien?

«Les coûts salariaux des pilotes de Cargolux Italia sont directement liés à la fréquence des vols: le salaire de base est assez bas, mais s’ils volent, ils gagnent plus. À plan de vol égal, un pilote sous contrat italien n’est pas moins cher qu’un pilote sous contrat luxembourgeois. C’est tout à fait comparable. C’est un faux débat.
À notre niveau, nous nous opposons tout simplement à toute forme d’outsourcing et cela ne concerne pas uniquement les pilotes. La maintenance aussi pourrait être menacée dans le futur. Il y aura des avions basés en Chine et j’ai du mal à imaginer qu’ils reviendront exprès au Luxembourg pour la seule maintenance. Ça commence par là et on ne sait pas jusqu’où ça peut aller.

Souhaitez-vous obtenir un engagement de Cargolux ou du ministère de tutelle pour que plus aucun autre appareil ne soit délocalisé à l’avenir?
« Encore une fois, nous revendiquons un arrêt pur et simple de toute forme de délocalisation. Il est clair que dans ce cas-ci, et dans l’intérêt aussi bien de la société que de l’ensemble de la plateforme aéroportuaire, le gouvernement devrait faire quelque chose pour pérenniser le site et les sociétés qui y sont actives.
Or, il n’y a pour l’heure aucun signal venant du gouvernement qui, rappelons-le, est aussi actionnaire direct. Cargolux est une société que l’on peut considérer comme étant systémique et à l’heure où l’on parle tout le temps de logistique, il est essentiel que l’État prenne ses responsabilités.»