POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Annick Spautz (responsable mécénat, Mudam)

«Le mécénat représente 8,3% du budget»



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Annick Spautz: «Notre portfolio de mécénat comprend des entreprises très différentes.» (Photo: Supralumina)

À l’occasion de la Nuit des mécènes, où le Mudam invite ses soutiens ce jeudi, nous faisons le point sur l’apport du secteur privé au musée avec la responsable.

Que représente le mécénat dans le budget du Mudam? Comment cette part évolue-t-elle?

«En 2015, le mécénat a représenté exactement 8,3% du budget global du Mudam (en dehors des donations d’œuvres d'art). Cette part est en constante évolution depuis quelques années, mais l’année dernière la croissance fut plus élevée que d’habitude. Ceci s’explique par les efforts supplémentaires qui ont été entrepris pour l’exposition exceptionnelle 'Eppur si muove'. Les entreprises ont été sollicitées pour devenir partenaire global de l'exposition (Fonds national de la recherche Luxembourg, The Loo & Lou Foundation, CFL - Société des chemins de fer luxembourgeois), mais aussi pour des projets spécifiques montés dans le cadre de l’exposition. Par exemple, KPMG a parrainé Guido, le robot guide; Horlogerie Goeres, Kneip, CBP Quilvest, Fondation Pro Helvetia, Edmond de Rothschild (Europe) ont parrainé l’œuvre de Jean Tinguely; SES a parrainé l’œuvre de Trevor Paglen et Olympus Microscopie a soutenu le projet de Michel Paysant...

Quel est le profil de vos mécènes, leurs motivations, leurs ambitions…?

«Les profils sont variés. Notre portfolio de mécénat comprend des entreprises aussi différentes qu’une compagnie aérienne, un bureau d’avocats, une entreprise de construction, des banques, des auditeurs, etc. Tous ont des motivations différentes, ce qui se reflète dans leur démarche de mécénat et l’utilisation des contreparties. Par ailleurs, nous constatons que de plus en plus de personnes privées sont intéressées à soutenir le Mudam, que ce soit par des donations d’œuvres ou par des donations financières.

Au niveau des entreprises, nous avons d’un côté ce que j’appelle les mécènes institutionnels, qui soutiennent le musée sur la durée. Une grande partie de ces entreprises est d’ailleurs mécène depuis l’inauguration du Mudam en 2006. D’un autre côté, nous comptons dans notre portfolio des mécènes soutenant des projets très concrets, comme une exposition ou un programme éducatif. Ici, la motivation est différente: il existe généralement un lien direct entre l’entreprise et le projet qu’elle soutient. Citons comme exemple l’opérateur de systèmes de satellites SES, qui, dans le cadre de l’exposition 'Eppur si muove', a parrainé l’œuvre 'Prototype for a Nonfunctional Satellite' de Trevor Paglen. Ces alternatives permettent d’assurer un équilibre raisonnable dans l’évolution du portfolio de mécénat: d’un côté la pérennité et la fidélité des mécènes soutenant le Mudam permet de se projeter sur la durée, et d’un autre côté les nouveaux appuyant des projets particuliers apportent un dynamisme ponctuel indispensable.

Avec les réductions de budgets publics de la culture, le mécénat devient de plus en plus important. Comment faire pour le développer, au Luxembourg en général et au Mudam en particulier?

«Diverses structures ont été créées au Luxembourg ces dernières années pour promouvoir le mécénat: je pense notamment à la Fondation de Luxembourg, qui contribue à développer le mécénat des personnes privées. L’action du Fonds culturel national, qui existe déjà depuis bien plus longtemps, a aussi gagné en dynamisme depuis sa réorganisation. De manière générale, on constate depuis plusieurs années que le mécénat est thématisé de façon plus régulière et systématique dans les discours publics, ce qui crée un arrière-fond favorable à notre travail.

Pour le Mudam, le mécénat a toujours joué un rôle important. Le défi est de s’adapter au contexte économique et de faire preuve d’inventivité, d’innovation et de flexibilité. Alors qu’en période de pré-crise, notre portfolio de mécènes se caractérisait par un nombre réduit de mécènes faisant des donations assez conséquentes au musée, le positionnement a été changé de manière radicale avec la crise financière par une diversification des sources, et une adaptation des formules de mécénat. Aujourd’hui, nous nous concentrons sur les éléments suivants: développer les partenariats durables et, dans un souci de dynamisme, détecter de nouveaux sponsors pour des projets particuliers et essayer de les fidéliser par après.»