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Paul di Felice (Café-Crème asbl)

«La photographie fait partie du champ de l’art»



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Paul di Felice: «Aujourd’hui, l’évolution de la photographie à l’ère digitale continue de nous interpeler.» (Photo: Gaël Lesure)

L’association Café-Crème fête ses 30 ans. Pionniers dans la promotion et la compréhension de la photographie, ses fondateurs poursuivent leur entreprise. 

Monsieur di Felice, en 1984, le Luxembourg culturel était loin d’être celui d’aujourd’hui et la photographie n’avait pas du tout la même place. Comment avez-vous lancé Café-Crème dans ce contexte?

«Au départ, Café-Crème était un magazine qui avait pour but de promouvoir l’art contemporain. Pierre Stiwer et moi avions la volonté de parler aussi bien d’art plastique que de design ou d’architecture. Jusque-là, la photographie n’entrait pas dans le champ de l’art. Elle concernait le reportage, le document, la mode, la publicité. Le magazine Café-Crème était une publication plutôt luxueuse, bilingue en français et anglais et distribuée de manière internationale, notamment dans les librairies de musées. C’est ce qui nous a permis de tisser un réseau un peu partout dans le monde avec les institutions d’art contemporain et avec les artistes. Progressivement, notre vocation s’est affinée autour de la photographie qu’on n’appelait pas encore «plasticienne». Nous avons organisé plusieurs expositions pour finalement abandonner la publication du magazine après 10 ans. Depuis 2005, nous sommes à la base, avec la Maison européenne de la photographie à Paris, de l’organisation du Mois européen de la photo et nous participons à de nombreuses publications et expositions.

Aujourd’hui, la photographie est pleinement reconnue comme faisant partie de l’art et certaines atteignent même des sommets sur le marché. Comment votre regard a-t-il évolué?

«À nos débuts, nous avions un rôle de promotion des photographes. Café-Crème était le lieu où les Allemands découvraient les photographes italiens, où les Français contemplaient l’école de Düsseldorf… Nos expositions ont toujours été plus larges que juste le choix du medium de la photographie, pour soulever des questions qui intéressent les artistes contemporains plus largement. Ainsi, la première en 1995, 'Paysages: lieux et non-lieux' ou 'The 90s – A Family of Man?' en 1997 qui posait la question de l’auteur… Aujourd’hui, l’évolution de la photographie à l’ère digitale continue de nous interpeler. Le nombre de photographes s’est multiplié, les questions de diffusion – entre le livre d’artiste, bel objet et l’internet facile et gratuit – n’offrent pas de réponses simples et l’interdisciplinarité (photo et danse, photo et architecture…) ouvre de nouvelles perspectives. Nous continuons la promotion d’artistes émergents, notamment venant des pays de l’Est, grâce à au réseau du Mois européen de la photo.

Pour célébrer vos 30 ans, verra-t-on une grande exposition rétrospective?

«Non. Le Mois européen de la photo aura lieu en mars et ce sera le prolongement de notre anniversaire que d'organiser cet événement, notamment au Mudam autour de la mémoire. Pour notre anniversaire, nous allons proposer un numéro spécial et unique du magazine Café-Crème où nous ferons état de notre parcours. '1984-2014 Café-Crème: Visual Culture and European Photography' regroupera ainsi un ensemble de textes et de photographies témoignant de l’histoire de la photographie européenne des années 80 à nos jours. Mais ce sera aussi l’occasion d’un regard vers l’avenir et les nouvelles scènes émergentes. En plus, nous organisons un colloque, en collaboration avec l’Université du Luxembourg – 'Photography from the 80s until now: evolutionary perspective on aesthetics and institutional challenges'* – où il s’agira de mesurer les enjeux de la médiation, de la création, de la diffusion dans la photographie d’aujourd’hui.»

* Colloque: le 27 novembre à l’Abbaye de Neumünster. Parmi les intervenants, on peut mentionner des chercheurs universitaires ou directeurs d’institutions européennes qui se consacrent à la photographie: Françoise Poos (Université du Luxembourg), Bohunka Koklesová (Université de Bratislava), Federica Chiocchetti (University of Westminster), Milanka Todic (University of Arts Belgrade), Manolis Moresopoulos (Athens Photo Festival), Christophe De Jaeger (Bozar Bruxelles), Majak Katarzyna (Festival photo de Varsovie), Jean-Luc Soret (Maison européenne de la photo de Paris).