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Romain Poulles (Cofondateur et CEO, Progroup)

«Il faut supprimer la notion même de déchet»



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Romain Poulles: «Il faut inverser la logique économique et ne plus vendre le produit, mais le service ou la performance que ce produit procure.» (Photo: Progroup)

Romain Poulles est le cofondateur et le CEO de Progroup, un bureau d’ingénieurs-conseils actif dans le domaine de la construction durable et innovante. Président du Luxembourg EcoInnovation Cluster et du Luxembourg Center for Circular Economy, il est également membre du Conseil supérieur pour un développement durable (CSDD).

D’après vous, le développement durable tel qu’il est pratiqué aujourd’hui ne fonctionne pas. Pourquoi?

Romain Poulles. – «Parce qu’il s’inscrit dans une logique du «moins mauvais». Il ne résout pas les problèmes de pollution et ne stimule pas l’esprit créatif. La bonne question n’est pas de se demander comment mon produit ou mon service va polluer moins, mais bien quel impact positif celui-ci aura sur la société.

En posant la question ainsi, vous changez complètement de dynamique. Il n’y a pas d’approche holistique: on se contente souvent d’éléments réducteurs comme le bilan carbone. De plus, le concept actuel de développement durable n’exclut pas l’existence de déchets. Or, dans la nature, le déchet n’existe pas. 

De quelle manière peut-on éliminer la notion même de déchet? 

«À l’heure actuelle, tous les produits ont une obsolescence programmée. Pour y mettre fin, il faut inverser la logique économique et ne plus vendre le produit, mais le service ou la performance que ce produit procure. Par exemple, aujourd’hui, Philips propose à ses clients professionnels de ne plus acheter de lampes, mais de la lumière. Du coup, le producteur de lampes devenu prestataire de lumière met tout en œuvre pour que la lampe ne consomme presque rien et puisse être recyclée.

Et vous pouvez extrapoler cette logique à tous les produits existants sur le marché. D’autres modèles économiques comme le partage participent également à cette élimination des déchets systémiques. 

Pensez-vous que les gens sont prêts à accepter ce modèle de consommation à une époque où la propriété est encore un symbole de réussite sociale?

«Oui, et ce pour deux raisons. Les plus jeunes générations ne sont pas du tout préoccupées par cette notion de possession. Elles sont habituées à utiliser des plates-formes collaboratives comme Blablacar ou Airbnb. Ensuite, certains produits sont déjà devenus des services, comme la musique par exemple.

Aujourd’hui, posséder des disques ou des CD n’a plus de sens lorsque vous pouvez avoir accès à des millions de titres en streaming pour moins de 10 euros par mois.»