PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Patrick Geortay (Partner, Capital Markets and Banking, Linklaters)

«Garder une hauteur de vue»



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Selon Patrick Geortay, «il est important de garder une vue d’ensemble des mécanismes du marché». (Photo: Linklaters)

Le cabinet d’avocats Linklaters organise ce soir la cinquième édition de son événement «Magenta Horizons» à la Philharmonie. Un moment de partage de réflexions sur le futur de la Place, dans un contexte mouvant. Trois questions à Patrick Geortay, un des orateurs de l’événement.

Monsieur Geortay, quel est la finalité d’organiser un tel événement?

«Il s’agit d’un événement que nous consacrons à nos clients. Nous avions au départ pensé l’orienter sur des sujets techniques, mais nous avons souhaité finalement prendre une certaine hauteur de vue pour discuter des sujets phares pour le pays, envisager la manière dont le Luxembourg peut se positionner à l’international.

Les nouvelles contraintes qui s’imposent – notamment – au Luxembourg entraînent de nombreux changements dans la fourniture de services à l’intention de la place financière. Ce sont de nouvelles contraintes mais aussi de nouvelles opportunités. Je pense que le Luxembourg peut tirer parti de ce contexte grâce à son agilité en proposant de nouveaux services et en explorant des espaces où il existe encore une marge de manœuvre sur le plan réglementaire.

À quel type de services pensez-vous?

«Nous pourrions par exemple répondre au besoin de banques qui devront à terme céder une partie de leur portefeuille de prêts. Ce qui posera la question de la reprise de ces derniers par des véhicules de financement, idéalement luxembourgeois. Aux États-Unis, 75 à 80% de l’économie réelle est financée par les marchés de capitaux, le restant par les banques. Le constat est inverse en Europe.

La part des marchés de capitaux et des fournisseurs de crédit alternatifs dans le financement de l’économie réelle européenne est appelée à augmenter dans les prochaines années. Le Luxembourg a probablement la possibilité de proposer ou de mettre en place un certain nombre de plateformes qui pourraient être des intermédiaires ou être utiles à cet égard.

Comment parvient-on à conserver une certaine hauteur de vue lors d’un événement, sans trop se concentrer sur l’agenda réglementaire qui est, malgré tout, incontournable?

«Nous entendons faire passer un certain nombre de messages, mais il s’agit aussi d’un moment de dialogue avec les acteurs de la Place, dont les autorités de surveillance qui doivent elles aussi digérer et mettre en œuvre un certain nombre de réglementations et de standards techniques.

Nous observons que ces processus sont coûteux en termes de temps, avec le risque que la réglementation ne soit plus faite que par et pour des spécialistes. Il est important de garder une vue d’ensemble des mécanismes du marché. L’augmentation de la régulation entraîne aussi un risque de concentration du marché compte tenu de la difficulté qu’ont certains acteurs, spécifiquement chez les plus petits, à développer leurs activités en tenant compte des contraintes imposées. Il revient donc à l’ensemble des acteurs de la Place d’analyser les réglementations, d’estimer leur impact en s’appuyant sur une expertise internationale, comme dans notre cas, pour informer le plus justement possible nos clients et faire éventuellement évoluer leur approche du marché.»