PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Patrick Wallerand (Directeur, ATTF (Agence de Transfert de Technologie financière))

«De l'expertise pour un centre financier émergent»



wallerand_02_om.jpg

«Notre attitude crée une bonne image de notre pays, favorisant ainsi d’éventuels échanges commerciaux.» (Photo: Olivier Minaire / archives)

L’Agence de transfert de technologie financière (ATTF) commencera l’année avec un séminaire à Hanoï du 14 au 17 janvier. Et un séminaire vient d’avoir lieu, avec des experts vietnamiens, sur l’analyse financière des banques. Explications de cet intérêt avec Patrick Wallerand, directeur de l’agence.

Monsieur Wallerand, en quoi l’expérience d’un centre financier aussi développé que celui du Luxembourg peut- elle être utile à un marché émergent tel que le Vietnam?

«Notre approche envers le Vietnam ne diffère pas de celle que nous appliquons envers les 43 autres pays avec qui nous coopérons. Face à des secteurs bancaires montrant une maturité et une sophistication très variables notre volonté constante est de répondre aux besoins actuels de formation de chacun de ces pays, via une approche pratique présentant ce que sont les meilleures pratiques internationales et mettant en évidence le savoir-faire de notre place financière.

Notre mission est une noble mission: le but premier est d’assurer le transfert de connaissance, et non pas de vendre Luxembourg comme centre financier international. Toutefois, je crois que l’attitude qui est la nôtre crée une bonne image de notre pays, favorisant ainsi d’éventuels échanges commerciaux dans le futur.

Quels sont les plus importants défis que doit affronter le secteur bancaire au Vietnam?

«Le secteur bancaire, qui compte 51 banques et 52 filiales de banques étrangères, a triplé de taille entre 2007 et 2012 pour atteindre 40 milliards d’euros d’actifs. Malheureusement cette croissance n’a pas été accompagnée par un renforcement similaire des fonds propres.
Les banques ayant dirigé leurs efforts d’expansion sur la croissance des encours de crédits, on note une augmentation alarmante des prêts à problème ; officiellement ils représentent environ 4,5% de l’encours total mais on estime que le chiffre est bien plus élevé auprès des cinq plus grandes banques, partiellement détenues par l’état. Leur part de marché s’établit à 48% ; les plans de privatisation partielle n’ont malheureusement pas rencontré le succès espéré.

Notons aussi que l’économie vietnamienne est basée sur le cash. Dans un pays comptant plus de 80 millions d’habitants, moins d’un quart d’entre eux disposent d’un compte bancaire.

Quels exemples voyez-vous de l’expertise transférée par ATTF vers le secteur financier vietnamien?

«La récente visite à Luxembourg d’une délégation vietnamienne de haut rang emmenée par le vice-ministre des finances marquait la conclusion d’un projet de cinq ans à destination de l’autorité de réglementation et de supervision des marchés des capitaux, State Securities Commission. Grâce à l’appui des experts ATTF, le projet a fourni de l’expertise technique à ce centre financier émergent en participant à la rédaction de nouveaux règlements et circulaires portant sur les fonds d’investissement, les intermédiaires de marché ou les produits dérivés.

Le projet a également apporté un appui dans le domaine informatique, tant au niveau matériel que logiciel.

Cependant notre activité principale demeure la formation. Depuis 2001, ATTF a livré des formations bancaires aux entités locales, en association avec State Bank of Vietnam, la banque centrale. On estime que plus de 3.500 banquiers ont ainsi pu suivre des formations de courte durée sur des sujets aussi divers que la conformité, la gestion des risques, l’analyse de crédit, la gestion d’équipe, les marchés monétaires ou la stratégie. »