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Joanna Baginska (Chercheur, CRP Santé)

«Contribuer à la naissance d’un nouveau paradigme»



Joanna Baginska, CRP Santé (Photo : DR)

Joanna Baginska, CRP Santé (Photo : DR)

Pour son «10x6 Women: The next generation», le paperJam Business Club donne rendez-vous ce mercredi avec les femmes d’influence de demain. Joanna Baginska, chercheur au laboratoire d’hémato-cancérologie expérimentale du CRP Santé y prendra la parole. Quelques mots en avant-première.

Madame Baginska, vous êtes arrivée au Luxembourg à la toute fin 2009 en provenance de la France et avant cela encore de la Pologne. Pourquoi avoir fait ce choix de la mobilité?

«Dès le plus jeune âge, j’étais passionnée par la biologie, le corps humain et toutes les maladies associées. Après avoir obtenu mon Master en biotechnologie médicale à la faculté de médecine de l’Université Nicolas Copernic de Torun en Pologne, je suis partie en France et j’ai continué les études pour me spécialiser dans la recherche contre le cancer. J’ai obtenu un master en oncologie de l’ENS Cachan-Faculté de Médecine Paris 11. C’était en 2009. J’ai ensuite postulé pour une bourse de thèse du Fonds National de Recherche Luxembourg. J’ai été acceptée et je suis aujourd’hui extrêmement heureuse d’avoir la possibilité de réaliser les travaux de ma thèse de doctorat au sein du laboratoire d'hémato-cancérologie expérimentale du CRP-Santé.
À la fin de l’année dernière, j’ai obtenu le titre de docteur en oncologie de l’Université Paris 11. À l’issue de ce travail de recherche j’ai pu publier un article dans le prestigieux journal "Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA" (PNAS) dans lequel on décrit comment les cellules cancéreuses échappent a la surveillance de système immunitaire dans le microenvironnement de tumeur. Grâce au financement obtenu auprès du FNR et de la Fondation Cancer Luxembourg je peux contribuer aux avancements de la recherche dans le domaine de l’immunothérapie du cancer. Ici au Luxembourg on a une très grande chance d’avoir de bons chercheurs, de merveilleux équipements et les possibilités de financer la recherche. Si on ajoute à tous ces atouts une grande passion, motivation et extrême dévouement, on est heureux dans sa vie professionnelle.

Comme les autres interlocuteurs du 10*6, vous êtes une femme, vous êtes jeune et vous êtes susceptible de voir un brillant avenir professionnel s’ouvrir devant vous. Quels obstacles pourraient se dresser devant vous?

«Tout en faisant de la recherche, j’élève aussi seule mes deux garçons, âgés de 8 et 10 ans. Bien sûr que ça implique un niveau d’organisation assez élevé et une fatigue prononcée. On me suggère souvent qu’avoir des enfants peut négativement influencer l’avenir professionnel, mais je ne considère pas le fait d’être une jeune maman comme un obstacle. Je trouve que le système de garde d’enfant est très bien organisé. De multiples solutions sont proposées aux parents pour faciliter le fonctionnement de la vie familiale. Je sais bien que j’étais censée évoquer des obstacles… mais au lieu d’imaginer les obstacles qui peuvent se dresser devant moi, je continue ma vie, ma recherche, et je lutte!

Quel pourra être l’impact de votre travail justement sur la recherche luxembourgeoise?

«Après avoir obtenu mon titre de docteur, je continue les travaux de recherche en tant que chercheur post-doc au CRP Santé dans l’équipe de recherche du Dr Bassam Janji dans le Laboratoire d’hémato-cancérologie expérimental (LHCE) dirigé par le Dr Guy Berchem. On a pu mettre en évidence un des mécanismes que les cellules tumorales utilisent pour échapper à la surveillance des cellules immunitaires, notamment les lymphocytes cytotoxiques de type NK (Natural Killer). Ces travaux permettent la mise en place de nouvelles solutions cliniques en immunothérapie de cancers. Récemment, des stratégies d'immunothérapie ont révolutionné le traitement de certains cancers de stade avancé, et désormais, celles-ci apparaissent comme les approches les plus prometteuses en cancérologie. Je suis très excitée et heureuse de pouvoir contribuer à la naissance d’un nouveau paradigme important dans le traitement du cancer et de travailler au LHCE pour continuer ma recherche pendant encore un an.»