COMMUNAUTÉS & EXPERTISES — Ressources humaines

Pascal Meier (Managing partner, Edouard Franklin)

«Beaucoup de métiers n’existent qu’à Luxembourg»



Pour Pascal Meier, le marché du travail pour certains profils très spécialisés est devenu véritablement mondial. (Photo: DR)

Pour Pascal Meier, le marché du travail pour certains profils très spécialisés est devenu véritablement mondial. (Photo: DR)

Préalablement au 10x6 RH: (trans)former l’entreprise du paperJam Business Club organisé le lundi 30 à 18h30, l’un des intervenants, Pascal Meier (Edouard Franklin), livre son regard sur le marché du travail luxembourgeois.

Monsieur Meier, le marché du travail luxembourgeois existe-t-il vraiment? Ne devrait-on pas parler de marché «grand-régional», européen ou mondial?

«Le marché du travail luxembourgeois est très spécifique et très local, notamment dans le secteur bancaire. C’est moins le cas sur les autres secteurs de l’économie. Les métiers pratiqués, les formations recherchées et les compétences techniques demandées sont très spécifiques à Luxembourg et beaucoup de métiers n’existent qu’à Luxembourg. En revanche, on constate que ce marché, historiquement transfrontalier, devient mondial puisque des experts du monde entier, notamment des pays émergents, arrivent à Luxembourg pour travailler chez des acteurs des pays émergents. On peut donc dire que le marché du travail s’ouvre culturellement et se mondialise. Ce qui représente une magnifique opportunité pour le pays. Enfin, les candidats luxembourgeois deviennent de plus en plus attractifs sur d’autres places financières grâce à leur expertise technique sur certains métiers.

Dans le domaine de la finance, les évolutions réglementaires ont-elles eu un impact sur les profils recherchés… et trouvés?

«L’évolution est très forte à la fois dans les métiers réglementaires (audit interne, compliance, legal et risk management), mais également dans les métiers à vocation commerciale. On assiste désormais à une pénurie de main-d’œuvre pour les fonctions de contrôle et de réglementation, et nous sommes amenés à recruter des experts sur d’autres pays. La pression réglementaire influence les fonctions commerciales puisque les conditions d’accès au marché luxembourgeois sont désormais plus difficiles et certains profils dans la gestion privée ou institutionnelle ne sont plus adaptables au modèle luxembourgeois.

Cette réglementation et l’échange automatique d’informations ont donc profondément modifié le paysage social du secteur bancaire luxembourgeois et cela va continuer. C’est une évolution très positive pour notre marché.

La mobilité des profils pointue diffère-t-elle d’autres profils? Sont-ils plus ou moins fidèles à leurs employeurs?

«Les profils pointus sont plus sollicités que les autres, mais ils sont également plus prudents et plus exigeants. Leur mobilité est donc plus difficile que d’autres profils moins seniors ou moins experts. Un banquier luxembourgeois possède en moyenne six ans d’ancienneté dans sa fonction, ce qui est important par rapport à Londres ou la Suisse. En revanche, ils sont plus demandeurs de mobilité interne et internationale pour faire évoluer leur carrière. Certaines banques gèrent cela très bien pour retenir leurs meilleurs éléments.

Je dirais que plus un candidat est senior, moins il est mobile, car il va prendre en considération beaucoup de facteurs (notamment stratégiques et familiaux) avant de prendre la décision de bouger. Ces facteurs sont plus limités chez un jeune cadre.»