ENTREPRISES & STRATÉGIES — Industrie

Après le flop de Fage

Compétition sans frontière sur le terrain industriel



«Du foncier disponible, on en a encore ici», souligne Patricia Moinard, au sujet de la Moselle. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

«Du foncier disponible, on en a encore ici», souligne Patricia Moinard, au sujet de la Moselle. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

Alors que l’attractivité industrielle ne semble plus être une spécialité luxembourgeoise, les projets de ce type fleurissent dans les régions voisines. Quels sont donc les atouts mis en avant en Belgique, France et Allemagne?

Le Luxembourg a de nombreux arguments pour attirer les entreprises sur son territoire, mais force est de constater que ses voisins aussi. L’abandon, en septembre, du projet de Fage à Bettembourg et Dudelange a ravivé le souvenir pas si lointain du départ de Knauf à Illange , côté français. Dans les deux cas, il s’agissait d’un projet industriel d’envergure dont la germination a échoué.

À propos de Fage, cela faisait quatre ans que l’installation était annoncée, sans pour autant se concrétiser. D’ailleurs, la Fedil a annoncé plaider pour un plafond de six mois dans le traitement des dossiers de ce type . Ce délai, c’est notamment celui qui est annoncé du côté belge par Idelux. «Pour un cas normal (sauf demandes spécifiques et cas particuliers), en six mois, l’entreprise est propriétaire du terrain, a son permis et peut démarrer les travaux», assure Joël Marinozzi, business development manager au sein de cette intercommunale de la province de Luxembourg.

Évidemment, cette durée n’est pas universelle, et du côté français, l’agence Inspire Metz évoque un délai de 18 mois. «On avance pendant ces 18 mois sur l’analyse des besoins immobiliers, on recherche des solutions, des terrains, on vérifie la viabilité économique, l’impact sur la mobilité, l’emploi, et on regarde le programme d’investissement à trois ans», enchaîne Patricia Moinard, directrice du pôle Développement économique.

Amazon en phase d’atterrissage au sud de Metz

L’ancienne base aérienne de Metz-Frescaty grouille actuellement au rythme du chantier d’Amazon: le géant de l’e-commerce pourtant bien implanté au Luxembourg avec 2.760 salariés devrait ouvrir d’ici septembre 2021 une plateforme logistique, ou «usine logistrielle», au dire de Mme Moinard. Parmi les points forts de sa région, la Mosellane pointe l’emplacement central et la possibilité de recruter du personnel. Les autres centres de ce type emploient 1.500 salariés, avec des pointes à 2.500 au moment des pics d’activité. «Du foncier disponible, on en a encore ici», souligne Patricia Moinard.

Pour les entreprises industrielles, la Sarre peut être plus rentable.

Anja Petschauer,  Invest in Saarland

De l’autre côté de la Moselle, la Sarre tire aussi son épingle du jeu en matière d’industrie, avec la présence de Ford, ou encore de Villeroy & Boch. «Pour les entreprises industrielles, la Sarre peut être plus rentable dans la plupart des cas, qu’il s’agisse des terrains, de l’immobilier ou de la main-d’œuvre», commente Anja Petschauer, de l’agence Invest in Saarland. Le Land allemand estime que la concurrence avec le Luxembourg est plutôt rare, dans la mesure où chaque territoire a ses spécificités. «Toutefois, De Verband a choisi de s’implanter en Sarre plutôt qu’au Luxembourg, car la Sarre pouvait fournir un site industriel qui correspondait à sa demande», souligne-t-elle.

Quant à Fage, le fabricant de yaourt grec est resté fidèle à sa recette et n’a pas précisé, formellement, du moins, les raisons du retrait de son projet au Luxembourg. Il y a deux ans, le fabricant de laine de roche Knauf avait mis en avant l’atout du site proche de Yutz, «un espace exploitable bien connecté au réseau de transport régional, national et international».

«À l’époque, Knauf avait analysé plusieurs sites entre l’Allemagne, la France et le Luxembourg, et avait ‘shortlisté’ le Luxembourg en n°1 et Illange en n°2. Il a choisi d’aller au Luxembourg, et puis, il y a eu une levée de boucliers, et à partir de là, il a fait le choix de peser le pour et le contre et de se dire qu’il y avait peut-être plus de contre. Et le site n°2 est devenu n°1», résume une source proche du dossier, côté mosellan.

Voilà qui montre que, dans les affaires aussi, l’adage «les derniers seront les premiers» peut aussi être de rigueur.