PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fonds

Les personnalités de la place verte (10/10)

«Protéger ceux qui ne peuvent pas porter leurs droits»



Cécilia Vernhes a pu réunir finance et durabilité chez Forethix. (Photo: Forethix)

Cécilia Vernhes a pu réunir finance et durabilité chez Forethix. (Photo: Forethix)

De nombreuses personnalités agissent au sein de la place financière sur les problématiques ayant trait à la finance durable. Cette semaine, Cécilia Vernhes, sustainability consultant chez Forethix, nous fait part des convictions qui l’animent.

Quel a été le déclic qui vous a poussée à travailler dans le domaine de la finance durable?

Cécilia Vernhes. – «Ce n’est pas tout à fait un déclic. Plutôt une graine de conviction qui a germé tranquillement, puis des rencontres professionnelles qui lui ont permis de s’implanter.

À la fin de mes études, le secteur financier ne m’inspirait qu’à la condition que je puisse contribuer à des projets de financement d’infrastructures ou d’aides aux pays en développement. Mais en 2005, les opportunités étaient minces, et j’ai fait le choix d’un métier formateur, bien qu’il ne réponde pas à ces convictions. Plus tard, en rejoignant Forethix, j’ai pu rallier la durabilité à la finance.

Quelles sont vos convictions en matière de finance durable?

«La finance durable ne nous fait pas renoncer à la liberté de réaliser un profit, mais elle doit nous permettre de prendre conscience de notre appartenance à un destin collectif. Les acteurs financiers ont mis au cœur de leurs objectifs le profit à court terme. Or, la question de durabilité et de pérennité doit y inscrire l’idée d’intérêt général. Une nouvelle norme morale doit s’étendre pour répondre à cet intérêt collectif et promouvoir la stabilité financière, qui est un bien public. 

Je soutiens toutes les initiatives qui incitent les entreprises à exposer publiquement leur impact.

Cécilia Vernhes,  sustainability consultant,  Forethix

Quel est votre thème de travail de prédilection, ou votre thème de «combat» favori?

«La question du devoir apparaît dès que l’on s’interroge sur sa responsabilité. Un devoir ne peut être imposé par les autres, il n’existe qu’à partir du moment où nous nous l’imposons. Je crois fermement que nous avons, aussi bien individuellement que collectivement, un devoir de protéger ceux qui ne peuvent pas porter leurs droits: les enfants, par exemple, certaines minorités, les animaux et la nature en tant qu’ensemble vivant.

Mon thème de travail de prédilection reste la transparence. Toute action a une conséquence: c’est l’impact. Je soutiens toutes les initiatives qui incitent les entreprises à exposer publiquement leur impact. Le levier de changement que peut permettre la visibilité, au regard des décisions prises par une organisation, est très important. Ce levier réputationnel et engageant permet d’influencer des décisions qui n’auraient pas été prises si seule la rentabilité avait été considérée.

Une personnalité qui vous inspire au quotidien?

«Les enfants. Mes enfants. Ce sont eux qui viennent au quotidien ébranler nos convictions, questionnent nos affirmations et nous forcent à repousser les limites de nos retranchements. Lorsque ma fille déclare avec une simplicité désarmante que ‘la nature a une autonomie que les humains n’ont pas’, je suis rappelée à l’ordre: mes actes d’aujourd’hui dessinent en partie son environnement de demain.

Un investissement «durable» à recommander?

«Je n’en recommande pas, non. Par contre, je recommande systématiquement de poser précisément cette question à son banquier, à son conseiller en gestion, à son assureur: ‘Un investissement durable à recommander?’ En fait, comme le dit Antoine de Saint-Exupéry, ‘ce qui importe, ce n’est pas d’arriver, mais d’aller vers’.»