PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Private Equity

Entretien avec PV Wang, managing director de Legend Capital

Le private equity «made in China»



Pour PV Wang, la culture et les pratiques du secteur sont fortement inspirées de ce qui se passe en Europe et aux États-Unis. Avec quelques petites différences en plus. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Pour PV Wang, la culture et les pratiques du secteur sont fortement inspirées de ce qui se passe en Europe et aux États-Unis. Avec quelques petites différences en plus. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

De passage à Luxembourg, PV Wang, managing director de Legend Capital, société d’investissement en capital-risque filiale de Legend Holdings, a présenté à Paperjam les spécificités et les opportunités du secteur du private equity en Chine.

Legend Capital, fondée en 2001, est la filiale indépendante d’investissement en capital-risque de la société Legend Holdings, et donc une société sœur de la BIL avec laquelle elle développe des projets communs. Comme le fonds BIL Private Equity, commercialisé en 2019 et qui affiche, à ce jour, un taux de rentabilité interne de 14% net par an «malgré la crise du Covid», indique Florent Saint-Quentin, head of alternative and innovative solutions à la BIL.

L’investisseur européen qui veut investir dans le private equity en Chine aura des points de repère. «Fondamentalement, cette classe d’actif est similaire à ce qui existe en Occident: il s’agit d’investir dans des entreprises privées avant qu’elles soient cotées en bourse. Le private equity a été importé des États-Unis au milieu des années 90», introduit PV Wang, qui met cependant en avant «certaines particularités locales». Comme le fait que la plupart des investissements sont des participations minoritaires, «ce qui est différent de ce qui se passe en Europe, où l’activité porte principalement sur des rachats et des prises de contrôle».

Financement de croissance

Une autre différence notable tient dans le fait que les entreprises privées, en Chine, sont dans les mains d’entrepreneurs de «première génération». Les professionnels du capital-risque et du capital-investissement sont donc plus impliqués dans des opérations de croissance que dans des opérations de restructuration. «En Chine, ces opérations de restructuration concernent principalement le secteur public, un secteur dans lequel nous n’intervenons pas ou très peu.»

Ceci posé, PV Wang estime que la culture et les pratiques du secteur sont fortement inspirées de ce qui se passe en Europe et aux États-Unis. On y retrouve les mêmes acteurs et les mêmes «best practices» qu’ailleurs dans le monde. Et les mêmes risques…

Au premier rang desquels PV Wang met l’illiquidité de la classe d’actifs, sauf à accepter une décote sur le marché secondaire. Une illiquidité qui procure, par rapport aux marchés publics, une prime qui oscille entre 350 et 500 points de base.

En Chine – «un marché qui a encore les caractéristiques d’un marché en développement et où la classe d’actifs prédominante dans le capital-investissement est le capital-risque» –, le risque de perte se situe entre 10% et 20%. Un risque que Legend Capital dilue en diversifiant les participations dans son portefeuille pour un taux de rentabilité interne de 20% net par an, en moyenne.

Bien apprécier le risque réglementaire

Quand on parle de risque en Chine, celui qui fait l’actualité est le risque réglementaire.

Un risque que PV Wang contextualise. «Je pense que chaque région, chaque pays à ses particularités réglementaires. En tant qu’investisseur étranger, il est important de recourir à des partenaires locaux enracinés dans le système. Pour en revenir à la situation en Chine, lorsque je vois les réactions du monde extérieur aux différentes régulations et à leurs évolutions en critiquant un manque de transparence, je me dis que nous n’avons pas fait un bon travail d’explication et de communication auprès des investisseurs étrangers sur la signification de ces régulations.

Pour moi, le risque réglementaire est partout. Nous avons investi, par le passé, aux États-Unis et, pour nous, le risque réglementaire y était très élevé, principalement parce que nous ne comprenons pas tous les enjeux de ce pays et que les structures gouvernementales et politiques sont différentes. En Chine, les réglementations sont prévisibles, annoncées en amont dans les plans quinquennaux et appliquées. Tout, après, est une question d’interprétation et d’analyse. Il me semble clair qu’en Chine, comme partout ailleurs, si vous voulez être du bon côté de la loi et faire les choses conformément aux réglementations en vigueur, vous ne prendrez pas de risque.»

Financer l’innovation est fascinant.
PV Wang

PV Wang,  managing director,  Legend Capital

Le choix des secteurs d’investissement est également important pour PV Wang, qui favorise l’innovation – quelle soit technologique ou disruptive – ainsi que les secteurs de l’informatique et de la santé. Des secteurs jeunes et innovants dans l’économie chinoise pour lesquels les sources traditionnelles de financement, comme les banques, sont moins disponibles. «C’est là que nous pouvons jouer un rôle, et c’est aussi la raison pour laquelle nous pouvons assurer des rendements plus élevés.» 

«Financer l’innovation est fascinant. L’État a mis en place des programmes d’aides et de subventions, mais ils interviennent à un stade très précoce. Nous intervenons plus tard, en général au moment de la première levée de fonds.»

Quid du rendement? «Il varie en fonction du moment d’entrée et du secteur d’activité. Pour un investissement précoce et qui comporte un risque important, comme c’est le cas pour l’innovation et la technologie, comptez jusqu’à un rendement de cinq fois la mise. Pour une entreprise plus mature et dont la visibilité jusqu’à l’introduction en bourse est plus claire, le multiple sera de trois, contre deux en général en Europe pour des cas similaires.»

Des fourchettes appétissantes.

Cette interview est issue de la newsletter Paperjam Finance, le rendez-vous mensuel pour suivre l’actualité financière au Luxembourg.  Vous pouvez vous abonner en suivant ce lien.