PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fonds

carte blanche

«Préserver la sécurité des fonds à l’ère digitale»


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La digitalisation impacte aussi le secteur des fonds, où des technologies comme la blockchain sont notamment déjà testées. Le cadre réglementaire se met doucement en place pour préserver la sécurité des investissements tout en permettant aux acteurs de profiter des atouts du numérique.

En quoi la digitalisation peut-elle profiter au secteur des fonds d’investissement? Certes, certains outils sont déjà utilisés aujourd’hui — comme les robo-advisors, par exemple — et les fintechs multiplient les propositions innovantes. Mais, particulièrement au niveau de la distribution des fonds dans le pays d’origine et à l’étranger, des efforts peuvent encore être faits. «La digitalisation est seulement en train de se mettre en place dans ce secteur, reconnaît Rafael Aguilera, Asset Management Advisory Leader au sein d’EY Luxembourg. Différents projets ont été lancés au niveau transactionnel, notamment certains utilisant la technologie blockchain. Mais, en ce qui concerne la commercialisation en elle-même, le secteur est en attente d’un cadre réglementaire qui pose des limites à l’utilisation du numérique tout en offrant la flexibilité souhaitée aux différents acteurs.»

Un certain décalage existe donc entre les nombreuses innovations lancées par les fintechs et leur adoption effective dans cet écosystème. «Au-delà de l’aspect réglementaire, les investisseurs, tout comme les professionnels du secteur, doivent aussi être à même de bien comprendre la technologie qui est mise en place, poursuit Rafael Aguilera. Or, un réel effort de pédagogie est nécessaire pour y parvenir, et cela peut prendre un peu de temps. Nous sommes actuellement dans cette phase d’apprentissage qui est absolument nécessaire pour que la digitalisation du secteur soit complète. En effet, s’il est vrai que les fintechs sont à la pointe de l’innovation, elles ont besoin des grands acteurs pour appliquer leur technologie à de gros volumes. Contrairement aux fintechs, qui partent d’une page blanche, ces derniers doivent parvenir à conjuguer leur passé et le futur. Cela ralentit l’adoption de nouvelles technologies.»

Il est notamment requis que le marché soit correctement sondé avant de lancer un nouveau produit.
Rafael Aguilera

Rafael Aguilera,  Asset Management Advisory Leader,  EY Luxembourg

Un enjeu européen

Comme la distribution de fonds est par nature transfrontalière, la réglementation qui l’encadre doit être, au minimum, européenne. Ce 12 juillet, le Journal officiel de l’Union européenne a précisément publié une nouvelle directive sur la distribution transfrontalière des fonds. Celle-ci offre enfin le cadre tant attendu par le secteur et permet à ses acteurs de profiter des atouts du numérique, sans compromettre la sécurité de l’investisseur. «Ce texte fixe notamment de nouvelles exigences de pré-marketing, à prendre en compte avant la mise sur le marché, précise Rafael Aguilera. Il est notamment requis que le marché soit correctement sondé avant de lancer un nouveau produit. Des garde-fous sont en outre mis en place pour améliorer la mise sur le marché des fonds, notamment en empêchant que le fonds proposé ne soit pas non aligné avec les besoins des investisseurs.»

Pour optimiser les coûts liés à la distribution des fonds dans des pays tiers, la directive européenne ne contraint également plus les acteurs qui créent un fonds à être présents à travers des agents locaux dans les pays tiers où le fonds est distribué. Des solutions digitales peuvent ainsi venir remplacer leur présence physique sur place.

On obtient d’une certaine façon le meilleur des deux mondes, digital et physique.
Rafael Aguilera

Rafael Aguilera,  Asset Management Advisory Leader,  EY Luxembourg

Le meilleur des deux mondes

«Tous ces éléments vont dans le bon sens, estime le Distribution Leader d’EY. Les exigences de pré-marketing fixées par la directive permettent notamment d’optimiser le temps des investisseurs, de mieux gérer les coûts de gestion des fonds d’investissement, mais aussi de continuer à garantir la sécurité des investisseurs, où que soit distribué le fonds. Au final, il s’agit d’un cadre qui donne une grande flexibilité aux différents acteurs.» Les solutions digitales offrent ainsi leurs bénéfices aux gestionnaires de fonds autant qu’aux investisseurs. Mais ces derniers restent protégés. «De la sorte, on obtient d’une certaine façon le meilleur des deux mondes, digital et physique», conclut Rafael Aguilera. De quoi ouvrir un peu plus la porte aux technologies digitales dans ce secteur.

En quoi la digitalisation a-t-elle impacté la distribution des fonds?

Elle a eu un impact au niveau transactionnel et par rapport à la commercialisation. En ce qui concerne le transactionnel, de nombreux projets ont été lancés, notamment ceux utilisant la technologie blockchain. L’aspect commercial est par contre un peu à la traîne, parce qu’il est dépendant de la mise en place d’un cadre réglementaire qui, logiquement, a un temps de retard par rapport à la technologie.

Il est clair que les fintechs partent d’une feuille blanche alors que les acteurs traditionnels doivent conjuguer passé et futur.
Rafael Aguilera

Rafael Aguilera,  Asset Management Advisory Leader,  EY Luxembourg

La nouvelle directive sur la distribution transfrontalière des fonds va-t-elle dans le bon sens?

Les nouveaux textes publiés ce 12 juillet au Journal officiel de l’Union européenne me semblent conserver le meilleur des deux mondes. Ils permettent de mettre à profit les atouts du digital — optimisation du temps grâce au pré-marketing, meilleure gestion des coûts en ne rendant plus obligatoire la présence physique dans les pays de distribution, etc. — tout en offrant la même protection à l’investisseur.

Les fintechs vont-elles trop vite pour les acteurs traditionnels et les investisseurs lambda?

Il est clair que les fintechs partent d’une feuille blanche alors que les acteurs traditionnels doivent conjuguer passé et futur. Les fintechs inspirent donc l’innovation, mais elles ont besoin des grands acteurs pour faire tourner leur technologie sur des gros volumes. Si le décalage est réel, il peut être mis à profit en veillant à bien faire comprendre la nouvelle technologie aux investisseurs.