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Premières pertes pour Spire... au Luxembourg



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En avril, Peter Platzer et son entreprise Spire Global avaient lancé les 100 nanosatellites nécessaires pour promouvoir pleinement leur activité. Les résultats 2019 devraient donc présenter un visage totalement différent de leur première année comptable au Luxembourg. (Photo: Mike Zenari/Archives Paperjam)

Spire Global a annoncé des pertes de 7,2 millions d’euros pour 2018, sa première année complète au Luxembourg. Un phénomène normal, explique le ministre de l’Économie Étienne Schneider, que l’opposition voudrait déjà mettre sur le gril.

Mettre la charrue avant les bœufs, quand on évoque le développement de l’espace, c’est vouloir avoir engrangé des recettes avant d’avoir lancé les satellites.

Dans une question parlementaire, le député CSV Laurent Mosar s’inquiète de la perte annoncée début août de 7,2 millions d’euros pour la première année comptable de la filiale de Spire Global au Luxembourg.

«Il n’appartient pas au ministère de l’Économie de commenter les comptes publiés d’une entreprise. D’une manière générale, on peut néanmoins souligner que les start-up, de surcroît dans le cas d’investissements importants, enregistrent souvent des résultats négatifs lors des phases d’amorçage et d’expansion. La réalisation de pertes lors de cette période n’est donc pas un indicateur fiable permettant de conclure à un développement défavorable de la société», répond le ministre de l’Économie  Étienne Schneider .

À la différence de Planetary Resources, que mentionne le député, Spire Global n’aura pas besoin de dizaines de milliards de dollars avant d’espérer exploiter des ressources spatiales, puisque son objectif, à partir d’une centaine de très petits satellites – ils tiennent chacun dans une boîte à chaussures – à basse orbite, est de fournir des données dans un certain nombre de domaines. Un cas d’usage pourrait être, par exemple, de pouvoir repérer le plastique dans les océans afin que la communauté internationale puisse apporter des solutions à ce problème connu.

100 satellites et un deal à 2,5 milliards de dollars

En avril, Spire Global annonçait  avoir déjà lancé ses 100 satellites, grâce à un lanceur indien . «Spire Global Luxembourg bénéficie d’un contrat-cadre avec l’Agence spatiale européenne pour le développement de nouveaux services à valeur ajoutée, d’une enveloppe de 10 millions d’euros. Ce qui couvre 50% des coûts de développement, ce qui signifie que Spire Global Luxembourg contribue également, à hauteur de 50% (soit en valeur absolue 10 millions d’euros) avec ses fonds propres, aux coûts de développement de ses nouveaux services. À ce jour, environ deux tiers de l’enveloppe ont été engagés sur des projets concrets», dit aussi le ministre.

En décembre, le CEO Peter Platzer annonçait, lors d’une conférence aux États-Unis, avoir signé un partenariat avec l’Agence spatiale européenne pour utiliser les données de Galileo, deal à 2,7 milliards de dollars sur 25 ans, expliquait-il à CNBC.

Basée à San Francisco, la «next billion company» de 2017, selon Forbes, reste sur sa trajectoire. Ses revenus, selon différentes sources, continuent de croître de 160 à 200% d’une année sur l’autre.

18 investisseurs, dont 15 millions du LFF

Après les 102.000 dollars récoltés auprès de particuliers sur Kickstarter en 2012, au moment du démarrage de cette aventure née à l’Université internationale de l’espace à Strasbourg, Spire Global a levé 142 millions de dollars, dont 15 millions, en novembre 2017, du Luxembourg Future Fund – et quatre autres, selon nos informations, d’Expon Capital – auprès de 18 investisseurs. Le tour auquel a participé le LFF avait permis de réunir 70 millions avec RRE Ventures.

L’ensemble des actionnaires ont apporté leurs fonds dans la maison mère du groupe. Un investissement à ce niveau assure une rentabilité financière globale, et ce indépendamment de la division du travail entre entités du groupe. Il permet également, le moment venu, de participer à la sortie de capital, organisée au niveau de Spire Global Inc., élément-clé dans le cadre d’un fonds d’investissement.

Contrairement à ce que dit le ministre dans sa réponse, la start-up n’emploie pas 20 personnes au Luxembourg, mais 8, selon le rapport financier de 2018, et 164 au niveau global, puisqu’après sa création aux États-Unis, elle a ouvert des bureaux à Glasgow, où sont fabriqués les satellites, et à Singapour.