POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Dan Biancalana, bourgmestre de Dudelange

«Un a priori favorable» au sujet de l’usine Fage



«Nous nous rejoignons sur certains points avec la commune de Bettembourg. Il n’y a pas de différence fondamentale au niveau de l’approche parce que les deux communes veulent que l’environnement et le développement durable soient respectés», estime Dan Biancalana. «Mais notre approche est un peu plus constructive, dans un sens favorable à l’implantation.» (Photo: LSAP)

«Nous nous rejoignons sur certains points avec la commune de Bettembourg. Il n’y a pas de différence fondamentale au niveau de l’approche parce que les deux communes veulent que l’environnement et le développement durable soient respectés», estime Dan Biancalana. «Mais notre approche est un peu plus constructive, dans un sens favorable à l’implantation.» (Photo: LSAP)

La Ville de Dudelange, contrairement au conseil communal de Bettembourg, a un «a priori favorable» concernant l’implantation de l’usine Fage, qui se ferait à cheval sur les deux communes. Sous réserve que des conditions concernant la protection de l’environnement soient remplies, assure Dan Biancalana.

L’usine Fage, dont le projet d’implantation au Luxembourg remonte à plus de quatre ans, prévoit la production de 80.000 tonnes de yaourt par an. Mais ce projet est controversé, notamment pour son impact potentiel sur l’environnement, en particulier du fait de l’importante consommation d’eau nécessaire (2.500m3 d’eau potable par jour, soit 2.500.000 litres d’eau par jour, l’équivalent de la consommation journalière d’une ville comme Dudelange, ou, ramené à l’échelle du pays, 2% de la consommation nationale quotidienne) et de la dégradation des eaux de l’Alzette qu’il pourrait entraîner.

L’implantation de l’usine Fage serait aux 3/5e sur le territoire de la ville de Bettembourg et aux 2/5e sur celui de la ville de Dudelange. Défavorable au projet, le conseil communal de Bettembourg a demandé au gouvernement de reconsidérer l’autorisation d’implantation. Mais la Ville de Dudelange voit d’un œil plus favorable ce projet, notamment du fait des 300 emplois qui pourraient être créés. Sous réserve, assure le bourgmestre de Dudelange  Dan Biancalana (LSAP), que certaines conditions concernant l’eau, la protection de l’environnement et la mobilité soient remplies.

Quelle est votre position par rapport à l’implantation de l’usine Fage, qui est en partie sur le territoire de la commune de Dudelange?

Dan Biancalana. – «Nous avons un a priori favorable par rapport à l’installation de l’usine Fage, mais pas à tout prix. Un point de vue positif, ce sont les emplois créés dans la région: dans une première phase, il y en aura 100, et dans une deuxième phase, 200. C’est important sachant quelle est la situation du chômage à l’heure actuelle.

Mais cela reste sous réserve que certaines conditions, que certains éléments saillants du dossier aussi, soient revus et améliorés, notamment à propos du développement durable, de l’économie circulaire et de la mobilité.

Cela a toujours été la position de la Ville de plutôt voir les éléments positifs, mais aussi les éléments à améliorer au niveau du dossier. Car cela reste un dossier où certains points nécessitent des clarifications et des discussions.

Quels sont-ils?

«Les questions qui se posent pour lesquelles nous n’avons pas encore reçu de réponses, et c’était d’emblée une position de la Ville, ont trait à l’utilisation de l’eau et au problème des eaux usées. Il y a aussi l’impact du trafic dans cette région Dudelange/Bettembourg, sachant que nous sommes des zones d’activité économique. Or, du trafic va s’ajouter. Quel sera l’impact cumulé?

À partir de cela, nous ouvrons le champ pour continuer à travailler de manière constructive et sérieuse sur les améliorations à effectuer.

Le conseil communal de Bettembourg demande au gouvernement de revenir sur l’autorisation d’implantation délivrée à Fage. Qu’est-ce qui justifie une telle différence de position?

«Nous nous rejoignons sur certains points avec la commune de Bettembourg. Il n’y a pas de différence fondamentale au niveau de l’approche parce que les deux communes veulent que l’environnement et le développement durable soient respectés.

Mais notre approche est un peu plus constructive, dans un sens favorable à l’implantation, sous réserve que certaines conditions soient remplies, et améliorées.

Une enquête publique a eu lieu, recueillant les avis des communes concernées. Quelles sont les prochaines étapes?

«Comme nous sommes dans le cadre de la procédure commodo/incommodo, nous avons des délais légaux à respecter. La semaine prochaine, en tant que Ville de Dudelange, nous allons transmettre notre avis, que nous sommes en train de finaliser, à l’Administration de l’environnement. Nous allons y intégrer les avis des consultations citoyennes , ainsi que le nôtre, pour lequel nous nous sommes fait épauler par un bureau d’études.

Puis ce sera au gouvernement d’analyser ce qui a été transmis et de revoir certains éléments dans le dossier en fonction de ceux-ci. Par la suite, peut-être que Fage devra retravailler son dossier pour qu’il puisse avoir – ou ne pas avoir, je ne sais pas, cela relève vraiment de la responsabilité du gouvernement – une autorisation d’exploitation. Et s’il la reçoit, alors les conditions seront remplies pour qu’il puisse se voir délivrer un permis de construire.

Une décision négative vis-à-vis de l’implantation de l’usine Fage ne serait-elle pas un mauvais signal envoyé aux industriels qui voudraient s’installer au Luxembourg?

«Tout dépend de la complexité du dossier. Avec Fage, nous nous trouvons avec à l’étude une usine qui est, au niveau de sa production, beaucoup plus complexe que d’autres.

Ce qui est positif, ce sont les efforts que j’observe à Dudelange sur d’autres dossiers concernant les zonings industriels nationaux pour considérer l’économie circulaire et le développement durable dans les projets d’installation d’une entreprise sur le territoire au Luxembourg. Beaucoup d’entreprises ont intégré cette approche et d’autres sont sur le point de le faire.

Et, par rapport au dossier initial et par rapport à ce qui a été soumis à la procédure publique, il y a quand même un très important travail qui a été effectué par Fage avec les administrations étatiques. Mais c’est certainement un dossier qui va continuer à nous maintenir en alerte. Nous ne voyons pas encore le bout du tunnel.»