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Pourquoi le risque de pandémie est difficile à assurer



La pandémie fait partie des exclusions de garanties dans le cadre des assurances annulation comprises dans les contrats d’assurance voyage.  (Photo: Shutterstock)

La pandémie fait partie des exclusions de garanties dans le cadre des assurances annulation comprises dans les contrats d’assurance voyage. (Photo: Shutterstock)

Si le risque pandémique est pris en charge dans le cadre des contrats de prévoyance, ce n’est pas le cas pour l’assurance voyage. Et les pertes d’exploitation des entreprises ne sont pas non plus couvertes.

Le coronavirus Covid-19 est encore considéré comme une épidémie, mais l’Organisation mondiale de la santé (OMS) se prépare à «une éventuelle pandémie». Un stade franchi en cas de «propagation mondiale d’une nouvelle maladie».

L’épidémie, apparue en Chine en décembre dernier, a déjà contaminé quelque 77.000 personnes, dont 2.600 sont mortes, selon l’OMS. À ce jour, en plus de la Chine, le Covid-19 touche plus d’une trentaine d’États, où 40 morts et 2.500 contaminations ont été recensés.

Du côté des assurances, les frais de soins, le décès, l’invalidité ou l’arrêt de travail seront bien couverts dans le cadre d’un contrat de prévoyance ou d’assurance santé.

Mais la pandémie fait partie des exclusions de garanties dans le cadre des assurances annulation comprises dans les contrats d’assurance voyage. L’annulation d’un déplacement pour une destination qui s’avère être un foyer du coronavirus ne sera donc pas prise en charge par l’assureur.

Par contre, si une personne est infectée par le virus pendant son voyage à l’étranger, l’assistance de son assurance voyage pourra jouer.

«Pandemic bonds»

Concernant les entreprises, qui peuvent subir d’importantes pertes en cas de pandémie, la couverture d’assurance est quasi inexistante.

«Les pertes d’exploitation dites ‘sans dommages matériels’ sont mal couvertes, car elles font généralement partie des exclusions de garanties. C’est notamment pour cette raison que  les marchés financiers réagissent fortement , anticipant des pertes de chiffre d’affaires non assurées», note Fabien Graeff, partner Corporate Risk Services au sein du cabinet spécialisé Optimind, et responsable opérationnel d’ Esofac au Luxembourg .

Pour pallier la carence d’assurance, la Banque mondiale avait émis des «obligations pandémie» lors de l’épidémie du virus Ebola en 2017. De la même manière, la Banque centrale chinoise a poussé les entreprises à émettre le même type d’obligations pour trouver des financements à des taux plus avantageux. Mais les analystes restent sceptiques quant à l’efficacité de ces «pandemic bonds». «Compte tenu de la rareté et de l’incertitude de tels événements, leur calibrage reste extrêmement difficile», confirme Fabien Graeff.

Pour contenir les pertes de chiffre d’affaires, reste aux entreprises à mettre en place des actions de prévention et à anticiper. Elles peuvent agir en amont d’une pandémie, en prévoyant des plans de continuité d’activité précis à actionner, par exemple une liste de fournisseurs alternatifs à contacter ou du personnel intérimaire à solliciter pendant les pics d’absence de salariés.

Modélisation complexe

Si les assureurs ne commercialisent pas, ou peu, de couvertures contre le risque de pandémie, c’est qu’il s’avère difficile à évaluer. Il s’agit en effet d’un risque complexe à modéliser pour les actuaires, lesquels sont chargés de calculer la probabilité de survenance d’un sinistre  et son coût pour l’assureur, en fonction de différents paramètres statistiques.

L’assureur se base ensuite sur les calculs des actuaires pour construire une offre d’assurance et une tarification. Or, dans le cas de la pandémie, les actuaires sèchent, et les compagnies d’assurance ne parviennent donc pas à ficeler d’offre adéquate.

«La pandémie est un phénomène très difficile à modéliser, puisque sa propagation dépend des déplacements aléatoires de populations et des arbitrages humains (décisions administratives, mise en place de mesures de prévention…) qui sont effectués. Le développement de la pandémie dépend aussi de la maladie sous-jacente, qui diffère à chaque fois», explique Fabien Graeff.

Par exemple, si des événements rassemblant un grand nombre de personnes sont annulés (matchs, salons, concerts…), le risque de propagation diminue. Mais l’action de l’Homme sur la maladie n’est pas modélisable, car trop imprévisible.

Et la fréquence des pandémies reste faible, ce qui limite les données statistiques à disposition des actuaires.

«Stop loss»

Enfin, les assureurs eux-mêmes doivent se prémunir contre ce risque, en recourant à la réassurance ou en augmentant leurs fonds propres. Dans le cas contraire, ils risqueraient de se retrouver en difficulté financière, voire d’insolvabilité, si jamais un trop grand nombre d’indemnisations leur était demandé en même temps au titre des contrats collectifs de prévoyance.

«Le risque pandémique est considéré comme un risque systémique, d’autant plus pour les compagnies d’assurance de personnes qui ne sont pas diversifiées dans d’autres activités. Il est clairement identifié comme tel sous Solvabilité 2 et impose un ratio minimum de fonds propres correspondant à l’exposition au risque de la compagnie», signale Fabien Graeff.

Pour éviter d’immobiliser trop de fonds propres, les compagnies transfèrent généralement leurs risques aux réassureurs, en leur achetant notamment des couvertures de «stop loss»: au-delà d’un certain niveau de sinistralité déterminé, c’est la réassurance qui prend le relais.