Mars 2022, à Luxembourg, une manifestation demande la fermeture de Gazprombank, filiale à 100% du géant gazier russe. Deux ans et demi plus tard, les sanctions sont tombées. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne/Archives)

Mars 2022, à Luxembourg, une manifestation demande la fermeture de Gazprombank, filiale à 100% du géant gazier russe. Deux ans et demi plus tard, les sanctions sont tombées. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne/Archives)

Le 1er janvier prendra fin un important accord qui permet le transit de gaz russe vers l’Autriche, la Hongrie et la Slovaquie, via l’Ukraine. Du coup, plus besoin, pour les autorités américaines, de tolérer le maintien en fonctionnement de la filiale de Gazprombank au Luxembourg, GPB International. Entre realpolitik et hypocrisie géopolitique, le contexte n’est pas neutre.

Le Trésor américain avait-il oublié de placer l’écosystème mondial de Gazprombank sur la liste des entités jugées personæ non gratæ? Que nenni. Avant de sanctionner une flopée d’entités, toutes à 100% des filiales de Gazprom (GPB International à Luxembourg mais aussi GPB Financial Services Hong Kong Limited, GPB Financial Services Limited  et GPB-DI Holdings Limited, basées à Chypre, Gazprombank (Switzerland) Ltd, basée en Suisse, et GPB Africa and Middle East Pty Ltd, basée en Afrique du Sud), l’administration américaine a attendu que les Européens, en particulier l’Autriche, la Hongrie et la Slovaquie, n’aient plus besoin de la banque pour continuer à acheter du gaz russe (en roubles), malgré l’invasion de l’Ukraine.

«Le 1er janvier, un contrat majeur qui règle le transit du gaz russe par l’Ukraine prendra fin, avec des conséquences significatives pour le reste des exportations de gaz russe dans certains pays de l’Union européenne», analyse l’Institut Bruegel, à Bruxelles. Le reste du contrat, précise l’institut, se monte «à 50% des exportations vers l’Union européenne via ce pipeline et un tiers des exportations totales de gaz russe, dont le gaz liquéfié», soit 6,5 milliards de dollars – même si ce gaz était justement payé en roubles via la banque de Gazprom – de pertes par an pour la Russie, à moins qu’elle réussisse à les écouler via ses autres pipelines.

Car l’Union européenne n’avait pas prévu d’interrompre totalement les importations de gaz russe avant 2027, une décision de 2022 qui permettait aux pays les plus proches de la Russie de ne pas se retrouver privés de «carburant» pour se chauffer mais aussi, d’un point de vue géopolitique, pour éviter que le pipeline en question ne soit détruit irrémédiablement par la Russie et ne mette un terme définitif à d’éventuelles livraisons de gaz russe, une fois la guerre arrêtée. Qui plus est, l’Ukraine recevait un droit de passage du gaz russe sur son territoire équivalent à 1,2 milliard de dollars en 2022 et 0,8 milliard en 2023 ou 0,5% du PIB ukrainien.

Mais l’histoire n’est pas tout à fait terminée: l’Ukraine pourrait remplacer, dans son pipeline, le gaz russe par du gaz en provenance d’Azerbaïdjan. L’Europe, tout à fait à l’aise avec l’idée, achèterait du gaz azéri tandis que l’Azerbaïdjan achèterait du gaz russe, puisque le pays n’est pas concerné par les sanctions internationales et peut donc faire ce qu’il veut.

Le pays qui vient d’héberger une COP29 qui a une nouvelle fois accouché d’une souris aimerait bien fournir tout le gaz dont elle a besoin à l’Europe mais ses capacités de production plafonnent en dessous des besoins des uns et des autres. De 44 milliards de mètres cubes en 2023 (en hausse de 3,5%), sa production est passée à… 41,5 milliards à date et les exportations de 22 milliards de mètres cubes (+9,5%) vers l’Europe à 20,7 milliards jusqu’ici, un chiffre qui comprend un volume de 10,6 milliards vers l’Europe, 8,2 milliards vers la Turquie et 1,9 milliard vers la Géorgie, .

Outre l’hypocrisie, la Russie aurait le même niveau de contrôle sur le gaz fourni aux Européens puisqu’il suffirait que Moscou coupe le robinet à Bakou pour que celui-ci ne puisse plus livrer ses clients. Mais c’est l’option qui se dessine. Parmi les nombreux circuits qui permettent de revendre du gaz russe rebrandé.

Les Américains ont aussi placé une cinquantaine de banques russes sur leur liste de sanctions, ainsi que des personnalités de la Banque centrale russe et ceux qui organisent le système de paiement des Brics, le Système russe de transfert de messages financiers (communément connu sous son acronyme russe, SPFS, abréviation de Sistema Peredachi Finansovykh Soobshcheniy), auquel sont connectés une vingtaine de pays depuis l’été.