POLITIQUE & INSTITUTIONS — Economie

MISSION ÉCONOMIQUE À DUBAÏ

Pourquoi les entreprises adorent les missions à l’étranger



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Pour une entreprise ou une institution publique, une mission économique est un investissement en temps et en argent. (Photo: © SIP / Jean-Christophe Verhaegen)

Une mission économique à l’étranger, c’est évidemment la prospection de nouveaux marchés potentiels. Mais c’est aussi permettre de renforcer les liens entre les entrepreneurs. Illustrations à Dubaï.

Pour une entreprise ou une institution publique, une mission économique est un investissement en temps et en argent. Qu’il faut voir dans une perspective à moyen terme. «Il y a toujours un intérêt que l’on trouve, et un intérêt que l’on espère», avance René Grosbusch , fondateur-président de Grosbusch Fruits & Vegetables. «Ce qui est important, selon moi, c’est tout d’abord d’être dans une attitude positive, se dire que ce sera intéressant.»

Un si important réseautage

Premier avantage reconnu par tous: un voyage de ce genre est une incroyable opportunité d’étoffer son réseau et de soigner ses relations. «Je vais même jusqu’à dire que les contacts à l’intérieur de la délégation sont ce qu’il y a de plus important. Avec parfois des surprises. J’ai ainsi rencontré ici un de mes clients, que je ne connaissais pas, alors qu’il est installé à 20 kilomètres de chez moi», poursuit René Grosbusch.

Murat Mutlu , d’Immo Luxembourg, est tout à fait en phase avec lui: «Ces missions créent du lien. On se voit, on échange… C’est ultra important.»

Deuxièmement, le travail en amont de la Chambre de commerce , du LTIO et de l’Ambassade offre un confort apprécié par les patrons. «J’ai déjà fait plusieurs missions, et franchement, la Chambre de commerce nous met tout sur un plateau en or. Si je devais organiser les mêmes choses moi-même, cela me coûterait bien plus cher et me demanderait beaucoup plus de temps», poursuit Murat Mutlu.

«Il ne suffit pas de se lancer et d’essayer d’avoir des contacts dans un pays pour que cela marche tout seul. C’est plus compliqué que cela. Nous avons par exemple testé ici, aux Émirats, différentes formules de business pas vraiment concluantes. On en sait donc quelque chose», dit encore René Grosbusch.

Ce qu’on propose aux entreprises, c’est de capitaliser sur le futur. Il faut parfois plusieurs voyages, des relations soutenues, pour que des choses se concrétisent.
Carlo Thelen

Carlo Thelen,  directeur,  Chambre de commerce

Ne jamais négliger une opportunité

M. René Grosbusch rappelle aussi que ces séjours sont aussi des lieux d’opportunité. Le troisième avantage d’une telle mission. «Et toute opportunité doit être prise au sérieux», complète-t-il. «Par exemple, nous espérons fournir le pavillon luxembourgeois de l’Exposition universelle. Ce n’est pas une nécessité pour mon entreprise, mais si on peut refaire du réexport vers les Émirats, ce ne sera pas à négliger. Le principe est de réexporter vers les EAU des produits que nous collectons via notre expertise dans différents pays avant de les regrouper au Luxembourg et de les réexporter.»

Patrick Schomaker, d’European Air Ambulance, a vu ce voyage comme une opportunité à ne pas manquer. Cette émanation internationale de Luxembourg Air Rescue effectue 800 rapatriements par an dans le monde entier. «Et nous voulons nous développer à l’international. Or, ici aux Émirats, le potentiel est énorme. J’ai donc effectué des démarches de prospection vers des partenaires locaux comme des hôpitaux, des compagnies d’assurances…»

Les bonnes relations entre le Luxembourg et les EAU doivent donc servir de tremplin aux entreprises luxembourgeoises vers le restant du Moyen-Orient. «Le Qatar nous intéresse», confirme René Grosbusch. «Mais l’Arabie saoudite aussi, celle-ci veut en effet lancer un vaste programme de santé autour d’une nourriture de qualité.» Ce qui ne peut laisser indifférent un importateur et distributeur de fruits et légumes.

Les contrats signés lors d’une mission elle-même sont rares. «Mais ce qu’on propose aux entreprises, c’est de capitaliser sur le futur. Il faut parfois plusieurs voyages, des relations soutenues, pour que des choses se concrétisent», soutient Carlo Thelen , directeur de la Chambre de commerce.

Lors d’une mission économique, je viens sans but précis. Mais j’obtiens toujours ce que je veux.

Murat Mutlu,  Immo Luxembourg

Juger l’état d’un marché local

Enfin, quatrième argument qui plaide en la faveur de ces missions: cela donne aux professionnels l’opportunité de juger concrètement l’état d’un marché local. «Je viens ici depuis 20 ans, et je vois les choses évoluer à différents niveaux. Il faut donc être attentifs à ces changements», confie l’avocat Marc Theisen, qui aide notamment des sociétés locales à prendre pied au Luxembourg.

À Dubaï, personne ne regrette donc un déplacement qui s’avère fructueux à bien des points de vue. «Lors d’une mission économique, je viens sans but précis. Mais j’obtiens toujours ce que je veux», conclut Murat Mutlu.