ENTREPRISES & STRATÉGIES — Industrie

Industrie

Pourquoi l’accord Circuit Foil-List est si important



La CEO de Circuit Foil, Fabienne Bozet, et le CEO du List, Thomas Kallstenius, ont signé le plus gros partenariat du centre de recherche avec une entreprise de taille moyenne. Un signal en direction de l’industrie du futur. (Photo: Circuit Foil / List)

La CEO de Circuit Foil, Fabienne Bozet, et le CEO du List, Thomas Kallstenius, ont signé le plus gros partenariat du centre de recherche avec une entreprise de taille moyenne. Un signal en direction de l’industrie du futur. (Photo: Circuit Foil / List)

Circuit Foil et le List ont signé, vendredi après-midi, à Wiltz, un partenariat à 18 millions d’euros sur quatre ans pour inventer le cuivre de demain, qui se retrouvera dans les smartphones, les voitures électriques, les satellites ou les avions. Un enjeu à plusieurs entrées.

Le cadre est bucolique, l’ambiance champêtre, les discours détendus… mais les enjeux sont loin d’être anecdotiques: en signant un partenariat de quatre ans avec le Luxembourg Institute of Science and Technology (List) pour 18 millions d’euros, Circuit Foil, le dernier fabricant de feuilles de cuivre en Europe, écrit l’introduction d’un nouveau chapitre de son histoire. Peut-être aussi un nouveau chapitre de l’histoire de l’industrie européenne.

Sept ans après que la société américaine a été rachetée par le sud-coréen Doosan, qui a investi plus de 50 millions d’euros sur le site luxembourgeois, la spécialiste du cuivre entend devenir le centre de recherche mondial de référence sur le cuivre, assure sa CEO, Fabienne Bozet . Le deuxième plus gros chèque du List après celui signé pour Goodyear sera consacré à élaborer le cuivre de demain, qui se retrouvera dans les avions à hydrogène, les smartphones, les véhicules électriques et les objets connectés. «L’or de la technologie» devra permettre une meilleure transmission des signaux électriques et assurer, par exemple, une plus grande autonomie et un chargement plus facile des véhicules propres.

«Si l’on regarde les données de marché, les faits, il y a aujourd’hui 10 millions de véhicules électriques en circulation dans le monde. Il y en aura 150 à 225 millions en 2030. Il y a 20 à 25 millions d’objets connectés aujourd’hui et il y en aura 125 milliards en 2030», dessine le directeur du département dédié à la recherche sur les matériaux et les technologies, Damien Lenoble.

La CEO de Circuit Foil, Fabienne Bozet, et le CEO du List, Thomas Kallstenius, signent le deuxième partenariat de la société avec le centre de recherche, autour des matériaux de demain. (Photo: List)

1 / 5

Pour Mme Bozet, le gouvernement va devoir donner de la visibilité au prix de l’électricité, un élément-clé dans la stratégie de la société. (Photo: List)

2 / 5

Circuit Foil produit 12.000 tonnes de feuilles de cuivre à Wiltz, soit 2% de la production mondiale, autant que les États-Unis. (Photo: Circuit Foil)

3 / 5

Pour Damien Lenoble, le directeur du centre de recherche sur les matériaux, la croissance exponentielle des objets connectés et des voitures électriques d’ici 2030 est une formidable opportunité de marché. (Photo: List)

4 / 5

Circuit Foil produit des feuilles de cuivre à haute valeur ajoutée, que l’on retrouve dans les smartphones, dans les satellites, dans les avions, dans les voitures électriques ou dans les objets connectés. (Photo: Circuit Foil)

5 / 5

La relocalisation, un vœu pieux?

Or, les matériaux essentiels à ces développements sont très largement produits et consommés en Asie: Circuit Foil produit «seulement» 2% de la demande du marché, les États-Unis 2%, et le reste est asiatique. La pandémie a montré aux Européens combien ils étaient dépendants, notamment de la Chine. Ils ont d’autant plus redécouvert les vertus d’une production industrielle européenne au moins sur certains secteurs-clés lorsque l’Ever Given a bloqué le Canal de Suez pendant près de 10 jours, mettant à l’arrêt 422 autres navires qui transportaient 26 millions de tonnes de marchandises. Les pertes sont estimées entre 6 et 10 milliards de dollars, selon l’assureur Allianz.

L’unique porte de sortie pour l’Union européenne sera de fabriquer localement des produits à haute valeur ajoutée, en ayant au préalable jeté un œil sur son accès aux matériaux bruts, extrêmement concentrés, là encore, entre les mains de la Chine.

C’est déjà ce que disait Eurofound, la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, dans son rapport spécifique dédié à la relocalisation de la production en Europe, «The future of manufacturing in Europe» : derrière les raisons purement organisationnelles à l’échelle du globe, ceux qui relocalisent des activités le font pour réduire les délais de livraison, pour tirer profit de l’automatisation des processus de production, pour ne plus être dépendants d’une production offshore de qualité médiocre, pour se rapprocher de leurs clients ou pour profiter de l’effet «made in».

Beaucoup de bénéfices auxquels il faut ajouter le know-how, les stratégies basées sur l’innovation et le support d’un gouvernement, par exemple, qui figurent juste après dans ce classement. Ils sont particulièrement importants pour Circuit Foil, car la société est aussi fermement engagée dans les enjeux environnementaux: les 15.000 tonnes de cuivre qu’elle entend produire d’ici 2025 (+30%) sont à 100% recyclables.

Le prix de l’électricité, métrique à surveiller

«Alors que l’environnement est une préoccupation mondiale, Circuit Foil est à la pointe de l’économie circulaire en utilisant 100% du cuivre recyclé comme matière première. En tant que filiale de Solus Advanced Materials, la société participe à la réduction des émissions de CO2 avec une feuille destinée aux batteries des véhicules électriques et aux applications de stockage d’énergie», détaille Mme Bozet, devant les émissaires du gouvernement, beaucoup plus nombreux que les journalistes à avoir fait le déplacement dans le nord du pays, un vendredi ensoleillé à 15 heures. Juste avant de rappeler que le coût de l’électricité sera un facteur-clé pour l’avenir, évoquant une hausse récente de 15%.

Ce partenariat public-privé soutenu par le ministère de l’Économie, celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et le Fonds national pour la recherche attire au Luxembourg une main-d’œuvre hautement qualifiée au service de produits à haute valeur ajoutée. Une main-d’œuvre chère, «mais les Européens devront accepter de payer un peu plus cher pour des produits de bien meilleure qualité», pronostique M. Lenoble, tandis que son CEO, Thomas Kallstenius , se réjouit d’attirer au Luxembourg toujours plus de chercheurs de haut niveau, la recherche étant un des axes prioritaires suivis par les autorités pour préparer le pays de demain. Voire d’après-demain.

Il reste une fenêtre de quatre ou cinq ans, la durée de ce partenariat, pour préparer les produits dont l’industrie aura besoin en 2030 et après. C’est cette course contre la montre qui a commencé à Wiltz depuis des années, mais qui va s’accélérer grâce à ce partenariat inédit.