Naturellement, il est beaucoup, beaucoup, beaucoup question de Donald Trump au Forum économique de Davos, ouvert depuis le lundi 30 janvier. Beaucoup… mais pas que. Parmi les dossiers chauds sur la table: l’avenir de l’emploi, et les transformations du marché du travail à l’horizon 2030. Un gros big bang en fait.
En amont des échanges, le Forum a produit un (généreux) rapport de près de 300 pages. Le document désigne que «l’évolution technologique, la fragmentation géo-économique, l’incertitude économique, les changements démographiques et la transition écologique figurent parmi les principaux facteurs qui devraient façonner et transformer le marché du travail mondial».
Pour parvenir à ces conclusions, un millier d’employeurs dits «de premier plan» ont été interrogés. Ils représentent «plus de 14 millions de travailleurs dans 55 économies du monde entier».
Le tout alors que pratiquement 22% des emplois actuels seront modifiés d’ici 2030, selon l’Organisation internationale du travail (OIT). Ce chiffre comprend la création de nouveaux emplois (14%) et la disparition de certains métiers (8%). Au total, 78 millions d’emplois seront créés, soit une progression de 7% par rapport au nombre actuel d’emplois.
L’impact des technologies
La croissance de l’emploi sera particulièrement nourrie par la technologie. 60% des employeurs interrogés s’attendent à ce qu’elle transforme leur entreprise d’ici 2030. Les postes dans le secteur de l’intelligence artificielle, de la robotique, du big data et des logiciels (ingénieur en FinTech, spécialiste IA, développeur de logiciels…) connaîtront une augmentation en flèche.
D’ici 2030, la proportion des tâches réalisées exclusivement par des humains se réduira, remplacée en grande partie par le couple machines-algorithmes. Près de 82% de la réduction des tâches humaines sera due à l’automatisation, et le reste sera attribué à la collaboration homme-machine.
Cette évolution n’implique donc pas une disparition complète des tâches humaines, insiste le rapport du Forum. L’interaction entre les hommes et les machines sera essentielle. Et l’avenir du travail reposera sur une augmentation des capacités humaines grâce aux technologies, affirme-t-on.
Ce que change la transition verte
De même, la transition énergétique et la lutte contre le dérèglement climatique (avec ou sans Donald Trump) tiendront un rôle déterminant dans l’évolution du marché mondial du travail: 41% des employeurs s’attendent à ce ce que la «vague verte» impacte leur entreprise au cours des cinq prochaines années.
Par conséquent, les métiers associés à l’environnement (ingénieur, technicien en véhicules électriques et autonomes, expert en développement durable, etc.) seront en forte demande.
«L’adoption croissante des technologies de production, de stockage et de distribution d’énergie, ainsi que d’autres tendances technologiques, sont des facteurs contributifs supplémentaires», est-il ajouté.
Le secteur agricole sera également touché par ces transformations. On estime que 35 millions de nouveaux emplois verront le jour d’ici 2030, boostés par des investissements dans la transition écologique.
Le poids des tensions
Marquée par la profusion des tensions en matière géopolitique, les politiques industrielles et autres restrictions au commerce mondial, la «fragmentation» géo-économique, ainsi que la qualifient les auteurs du rapport, influencera aussi le marché du travail. Les entreprises se verront confrontées à de nouvelles dynamiques, ce qui pourrait générer jusqu’à 5 millions d’emplois supplémentaires. Les métiers dans la logistique, la sécurité (la cybersécurité, notamment) et la stratégie sont les plus concernés.
Une autre conséquence de cette «fragmentation» pourrait être un recours à des pratiques de relocalisation. Par exemple, les entreprises qui subissent des pressions dues aux restrictions commerciales pourraient choisir de rapatrier une partie de leur production. Cela pourrait créer des emplois dans des secteurs comme l’analyse économique et la gestion de la chaîne d’approvisionnement.
Transformations démographiques
Les tendances démographiques (vieillissement de la population, ralentissement de la croissance de la population) ne sont pas sans effet. Le secteur des soins, en particulier, devrait connaître une forte demande. Avec un besoin accru de professionnels de la santé et du social, tels que les infirmiers, les aides-soignants et les travailleurs sociaux. Ces métiers comptent au nombre des plus créateurs d’emplois d’ici 2030.
En parallèle (et en toute logique), le vieillissement de la population contribuera à la demande de services pour les personnes âgées.
À plusieurs vitesses
Certaines industries connaîtront une accélération rapide. Mais pour d’autres… Les ouvriers agricoles, les chauffeurs-livreurs, les ouvriers du bâtiment, ainsi que les travailleurs des secteurs du soin et de l’éducation, verront leurs postes se multiplier.
Parallèlement, des emplois tels que caissier ou guichetier, mais aussi assistant administratif, secrétaire de direction, ouvrier de l’imprimerie, comptable ou auditeur iront en se raréfiant. Un phénomène dû à l’automatisation et à l’IA.
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Les quinze emplois pour lesquels les chiffres de devraient augmenter ou diminuer le plus d’ici 2030. Forum économique de Davos, «Future of jobs Report 2025».
Le flou économique
L’incertitude économique est l’une des principales préoccupations qui planent sur l’avenir de l’emploi.
Un employeur sur deux affirme ainsi que l’augmentation du coût de la vie touchera directement son organisation d’ici 2030. Toutefois, l’impact de cette incertitude pourrait être atténué par une augmentation soutenue dans d’autres secteurs, alimentée par les tendances technologiques et par les efforts fournis pour réduire les émissions de carbone.
Moralité…
Les différences de compétences entre les emplois en croissance et ceux sur le déclin risquent d’accroître les écarts de compétences entre chacun.
Quelques données pour mesurer les besoins en skills… D’ici 2030, projette le rapport, si la main-d’œuvre mondiale était composée de 100 personnes, 59 d’entre elles auraient besoin d’une formation. Et parmi elles, si on va plus loin, 29 pourraient être formées à leur poste actuel, 19 redéployées ailleurs dans leur entreprise, tandis que 11 ne recevraient (probablement) aucune formation.
Résultat, les lacunes en matière de compétences sont perçues comme le principal frein à la transformation des entreprises. 63% des employeurs identifient ce problème comme «majeur» entre 2025 et 2030.
Pour y remédier, 85% d’entre eux prévoient de placer la mise à niveau des effectifs tout en haut de la pile de leurs priorités. 70% des employeurs prévoient d’embaucher de nouveaux talents avec des compétences prisées, 40% des réductions d’effectif, et 50% de réorienter leurs employés vers des postes en croissance. Vastes chantiers.