ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Philippe raynaud, à la tête d’EasySolutions

«Encore plus d’aides, je trouverais ça indécent!»



Philippe Raynaud reste serein face à la crise. Un état d’esprit qu’il infuse à tous les échelons de l’entreprise qu’il dirige. (Photo: Easy Solutions)

Philippe Raynaud reste serein face à la crise. Un état d’esprit qu’il infuse à tous les échelons de l’entreprise qu’il dirige. (Photo: Easy Solutions)

Oui pour les aides de l’État, mais certains secteurs doivent être aidés plus que d’autres, estime le CEO d’EasySolutions, Philippe Raynaud. Notamment ceux qui sont à la fois en contact avec la clientèle et fermés par l’État.

«Il n’y a pas photo: le Luxembourg a été le plus rapide à réagir et le meilleur, vraiment, en comparaison avec les deux autres pays! On n’aura pas d’aide en Belgique ni en France! Au Luxembourg, on a touché les aides très vite, c’est incroyable et très clairement, notre entreprise n’est pas du tout en péril», analyse le CEO d’EasySolutions, Philippe Raynaud, à la tête de 27 salariés, dont trois en Belgique et un en France.

La société est active dans les logiciels pour le secteur immobilier, pour les agences, les syndicats d’immeubles ou ceux qui font de la gestion de loyers. 

«Je suis un gestionnaire serein. On a une baisse de chiffre d’affaires de l’ordre de 30%, ce qui est énorme, comme un mois d’août. Ce n’est pas catastrophique, on sait le gérer. Et les aides que nous recevons de l’État compensent, elles nous permettent de ne pas mettre en danger l’entreprise et de maintenir l’emploi. Nous étions préparés à des crises. On est sur plusieurs secteurs et plusieurs pays, ce qui nous permet de répartir notre risque. Et notre clientèle a majoritairement un chiffre d’affaires récurrent», dit-il.

«Un tiers de nos clients sont des agences immobilières, qui, elles, sont terriblement impactées, donc on n’a pas fait de business avec elles en avril. On a même reporté des factures pour les aider! Environ 10.000 euros. Nous devons être aux côtés de nos clients», explique-t-il par téléphone.

«On n’est pas une entreprise qui se plaint. Nos collaborateurs ont principalement demandé le congé pour raisons familiales, parce que beaucoup sont parents. On a organisé cela de façon très saine avec eux pour qu’il n’y ait pas de conflit et ça se passe très bien!»

Coiffeurs, dentistes, garagistes doivent avoir plus d’aides

«Pour moi, il faut dissocier les entreprises qui sont fermées par l’État et qui doivent avoir beaucoup d’aides», propose le chef d’entreprise. «Le coiffeur, par exemple, doit avoir plus d’aides que les remboursements du salaire des employés. Le patron est souvent un indépendant. Il faut les différencier des entreprises comme les nôtres qui sont des entreprises de services en BtoB. Pour moi, les aides qu’on reçoit sont suffisantes! On paie 15% des salaires en congé familial. Ces 15% doivent faire partie de l’effort de guerre auquel nous devons participer. On ne peut pas demander à l’État de nous nourrir complètement. À nous aussi d’assumer la situation. Qu’on perde un peu d’argent ce mois-ci, ça fait partie du jeu. Notre seule dépense, c’est quasiment du salaire. On n’a pas de machine, pas d’emprunt, ce que le Luxembourg a mis en place est très bien! Ce serait indécent de demander plus! Plus on va demander et plus on va devoir le payer dans le futur. Je préfère perdre un peu et garder mon équilibre fiscal que de payer très cher pendant dix ans!»

«Mais je comprends très bien que d’autres secteurs comme les coiffeurs, les artisans, les garages automobiles, les agences immobilières, tous ces métiers un peu techniques qui ont été fermés, doivent avoir des aides. Je ne serais pas choqué que d’autres entreprises aient plus d’aides que moi!», assure M. Raynaud.

«D’abord, soutenons ceux qui doivent accueillir du public! Nous, nous pouvons travailler en mode confiné, que ce soit en télétravail ou avec des règles strictes d’hygiène, on peut s’organiser. Un coiffeur, un garage, un magasin, un médecin, un dentiste ou un kiné, qui se plaignent à juste titre, ont du matériel qui coûte une fortune. La différenciation doit d’abord être faite sur l’accueil, puis sur les conditions de travail inhérentes au secteur d’activité. Nous, avec nos bureaux, on a déjà 1m60 ou 2 mètres de distance, ça nous demande peu d’efforts. Dans l’industrie, dans les livraisons ou dans plein de métiers, c’est plus complexe.»

«Dans les banques ou dans la finance, tout le monde s’est organisé très facilement! Il n’y a pas de raison qu’on touche trop d’argent! Qu’on soit aidés pour la partie familiale, c’est normal. Mais pour le reste, encore plus d’aides, je trouverais ça indécent!», rappelle l’entrepreneur.