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L’ancien professeur de Xavier Bettel relativise le «plagiat»



Xavier Bettel ne faisait pas partie des meilleurs élèves, selon son ancien professeur, en raison de ses nombreuses activités extrascolaires. Ce que traduit son mémoire. (Photo d’archives: Anthony Dehez)

Xavier Bettel ne faisait pas partie des meilleurs élèves, selon son ancien professeur, en raison de ses nombreuses activités extrascolaires. Ce que traduit son mémoire. (Photo d’archives: Anthony Dehez)

Difficile de juger, aujourd’hui, un travail de fin de DEA universitaire réalisé il y a plus de 20 ans, selon le professeur qui a supervisé celui de Xavier Bettel, pour lequel il est accusé de plagiat. Les règles, la pratique et les outils ont en effet fortement évolué depuis lors.

Il y a deux ou trois ans, en plein rangement de son bureau, Etienne Criqui, professeur en sciences politiques à l’Université de Lorraine, à Nancy, retombe sur le travail d’un ancien élève, rédigé en 1999, et se met à le feuilleter. Il s’agit du travail de fin d’études, aussi appelé mémoire, de Xavier Bettel  (DP), devenu Premier ministre depuis, intitulé «Vers une réforme possible des modes de scrutin aux élections du Parlement européen?». Ce document sanctionnant la fin de son diplôme d’études approfondies (DEA), Xavier Bettel l’a soutenu devant Etienne Criqui et un deuxième membre du jury. Aujourd’hui, les 56 pages se retrouvent sous les feux de l’actualité, depuis que reporter.lu a indiqué que son contenu aurait été plagié, à 96%.

Le mémoire: juste une épreuve parmi d’autres

Loin de son bureau où se trouve le document, en plein congés universitaires, c’est donc en puisant dans ses souvenirs, cette fois, que le professeur a pu remettre le problème en contexte pour Paperjam. «Le mémoire était une des épreuves parmi d’autres pour valider le DEA», précise-t-il. Il rappelle que «le master n’existait pas». On parlait alors de «maîtrise» de droit après quatre ans d’études. Ensuite, ceux qui le souhaitaient pouvaient faire une année supplémentaire via un DEA, plus théorique, ou un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS), professionnel. Le premier diplôme, que le futur Premier ministre a choisi, se terminait bien par un travail de recherche, aussi appelé mémoire. Cependant, le réussir n’était pas obligatoire pour valider le DEA. «C’est une note, avec un coefficient important. Actuellement, cela représente 35% du résultat final, c’était probablement pareil à l’époque. Il y a des élèves, rares, qui n’ont pas obtenu la moyenne, mais ont quand même validé leur année.»

Le mémoire n’était pas non plus une condition suffisante pour poursuivre avec une thèse doctorale. Cela n’était possible que si le travail montrait des aptitudes de recherche. Or, «Xavier Bettel ne souhaitait pas poursuivre dans cette voie, il avait d’autres préoccupations».

Le travail n’était pas inintéressant, mais pas suffisamment approfondi.

Etienne Criqui,  professeur,  Université de Lorraine

Il se souvient d’un élève déjà très engagé dans la politique luxembourgeoise, mais aussi dans la vie étudiante tant au niveau des sorties qu’au niveau syndical en tant que «délégué étudiant au conseil de faculté». Un «garçon intelligent» qui «aurait pu avoir de meilleures notes» sans ses nombreuses activités extrascolaires. «Ce n’était pas le meilleur élève de la classe et il n’a jamais caché avoir redoublé parce qu’il n’avait pas assez travaillé.»

Son mémoire était donc «caractéristique» de cela. Le travail d’une cinquantaine de pages n’était «pas inintéressant, mais pas suffisamment approfondi», résume Etienne Criqui. Lui permettant d’obtenir «une note honorable, mais sans plus.» Située, si ses souvenirs sont corrects, entre 10 et 12 sur 20.

Une pratique fréquente de la compilation à l’époque

«Il avait pioché des informations à droite à gauche», admet le professeur. Qui relativise: «Il ne faut pas juger quelque chose qui a été fait il y a plus de 20 ans». Le but du mémoire était bien d’«apporter une réflexion personnelle. Mais un certain nombre d’élèves avaient tendance à faire de la compilation, ceux qui n’avaient pas les meilleures notes. Ce n’est pas ce qu’on préférait en tant que professeurs, mais c’était fréquent».

Aujourd’hui, «si un étudiant cite un ouvrage, il doit mettre des guillemets, le nom de l’auteur, l’année d’édition et la page en note. Tout cela est plus encadré qu’au siècle dernier. Il n’y avait pas ces règles.» Notons que le degré d’exigence sur la citation des sources pouvait varier aussi d’une université à l’autre, et même d’une faculté à l’autre.

Des logiciels permettent également maintenant de détecter aisément les passages empruntés. «Nous avons des outils, des discours et une prise de conscience sur le fait que le travail doit être original.»

S’il l’avait recopié du début à la fin, je crois qu’on s’en serait aperçu.

Etienne Criqui,  professeur,  Université de Lorraine

Alors peut-on dire que Xavier Bettel a plagié son devoir ou non? «Parfois, même en compilant, on peut apporter quelque chose. Nous étions deux membres du jury, nous avons certainement estimé que son travail apportait quelque chose. S’il l’avait recopié du début à la fin, je crois qu’on s’en serait aperçu.»

«D’après mes souvenirs, j’ai écrit ce travail en toute âme et conscience», a réagi Xavier Bettel. «Du point de vue d’aujourd’hui, je reconnais qu’on aurait pu – oui, peut-être qu’on aurait dû – le faire autrement. Je fais pleinement confiance à l’Université de Nancy pour évaluer si l’œuvre en question répond aux critères de l’époque. Si tel n’est pas le cas, j’accepte naturellement une décision correspondante en ce sens». En fin de journée, mercredi, l’Université de Lorraine a annoncé ouvrir une enquête pour analyser le contenu du mémoire. «Les éventuelles sanctions que l’établissement serait amené à pendre dépendront des conclusions de l’enquête qui va à présent être menée», précise l’établissement.