ENTREPRISES & STRATÉGIES — Commerce

Horeca

Pourquoi les chèques-repas Sodexo ne sont pas digitaux



Sodexo BRS préférerait une augmentation du plafond des tickets-restaurants pour les digitaliser, plutôt que des restrictions dans leur utilisation. (Photo: Paperjam)

Sodexo BRS préférerait une augmentation du plafond des tickets-restaurants pour les digitaliser, plutôt que des restrictions dans leur utilisation. (Photo: Paperjam)

Sodexo BRS n’est pas totalement d’accord avec les propositions de la Fondation Idea pour réformer les tickets-restaurants pour aider l’horeca. Elle préférerait que le gouvernement augmente le plafond journalier utilisable par salarié, afin de pouvoir proposer une solution digitale «digne de ce nom».

Réformer les chèques-repas pour sauver l’horeca , voilà ce que propose la Fondation Idea. Elle suggère de restreindre leur possibilité d’usage aux seuls restaurants et de réduire leur durée de validité pour accélérer leur distribution aux restaurateurs.

Qu’en pense Sodexo Benefits and Rewards Services (BRS), principal acteur du secteur? «Durcir n’est pas la bonne solution. Les bénéficiaires n’ont pas forcément le choix, ils sont dans une situation particulière liée au Covid-19», estime Sylvie Favaut , managing director de Sodexo BRS Luxembourg. Des frontaliers encore en télétravail, par exemple, n’ont pas forcément le temps de se rendre au Grand-Duché sur leur pause du midi pour dépenser leurs tickets-restaurants (même s’ils peuvent, exceptionnellement, en bénéficier le week-end).

Passer de 10,80 à 54 euros par jour

Ce que l’entreprise souhaite avant tout: «une digitalisation du système». Alors que, dans plusieurs pays, le groupe français a mis en place une carte au lieu de tickets papier, ce n’est toujours pas le cas au Luxembourg. «Nous travaillons là-dessus depuis des années. Le cadre légal est très restrictif», justifie Sylvie Favaut. Elle cite une circulaire du 3 juin 1998 selon laquelle «un seul chèque peut être valablement utilisé par journée de travail. Si le coût du repas dépasse la valeur du chèque, le salarié est tenu de payer le solde en espèces.»

L’usage a eu raison de cette règle, et dans les faits, beaucoup acceptent le cumul des tickets-restaurants. Mais selon Sylvie Favaut, avec des chèques digitaux, le client serait bloqué à partir d’une certaine somme. Plus possible de tricher, donc. Non seulement il ne pourra pas manger pour plus de 10,80 euros par jour, mais ce qu’il n’aura pas dépensé risquerait d’être perdu s’il n’a jamais le droit de dépasser son plafond journalier et qu’il ne peut pas l’utiliser sur ses jours de congé. Un produit qui, tel quel, ne serait «pas intéressant pour les clients».

«Nous avons proposé au gouvernement une modernisation du texte avec une augmentation du plafond (pour le faire passer de 10,80 euros à 54 euros) et une modification de la notion de jour ouvrable, car aujourd’hui, beaucoup travaillent aussi le week-end», précise la gérante de Sodexo BRS Luxembourg.

Un business model basé sur les délais de remboursement

Cette règle n’a pourtant pas empêché la start-up LightPay  de se lancer dans ce projet, qui a déjà intéressé plus d’une trentaine de restaurateurs.

Alors, le retard de Sodexo Luxembourg ne viendrait-il pas plutôt de la manne financière que représentent tous les tickets-restaurants perdus? Le business model de l’entreprise consiste dans un premier temps à vendre les carnets de chèques aux entreprises. Puis à prélever une commission lorsqu’elle rembourse les restaurateurs chez qui ils ont été utilisés.

Le montant de la commission reste secret, mais plusieurs restaurateurs nous indiquent qu’elle va de 2,5% pour la formule classique à 3,5 ou 4% pour la formule express. Dans le premier cas, ils disent recevoir l’argent au bout de 15 jours, alors que Sodexo parle de cinq jours ouvrés. Dans le deuxième, ce serait environ 48 heures.

À notre question sur les chèques perdus, Sylvie Favaut répond que ce n’est «pas du tout le cas». «Nous travaillons sur la digitalisation depuis quatre ou cinq ans. Ce que nous voulons, c’est lancer de nouvelles solutions.» Elle ne peut pas dire précisément combien pèsent ces tickets non utilisés, mais estime qu’ils sont peu nombreux.

Plusieurs restaurateurs se plaignent aussi du délai avant d’obtenir leur remboursement, surtout en cette période de crise, où les liquidités manquent. Mais Sodexo BRS se dit, par effet ricochet, «impactée par la crise» et n’a pas les moyens de faire bénéficier aux restaurateurs de l’offre express (remboursement sous 48 heures) à tarif réduit pour les aider à surmonter la période.

Après la fermeture des restaurants pendant le confinement, la poursuite du télétravail empêche un retour à la normale. «Je pense qu’on va retrouver un cadre normal d’activité d’ici septembre», si les mesures fiscales exceptionnelles accordées aux frontaliers s’arrêtent. Dans le même temps, Mme Favaut a «bon espoir» que le gouvernement prenne en compte ses demandes pour pouvoir mener à bien son plan de digitalisation.