ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

À la rencontre des jeunes artisans (3/10)

Photo: changer de modèle avec le même objectif



Lynn Theisen, photographe indépendante et membre de l’association Jonk Handwierk.  (Photo: Véronique Kolber)

Lynn Theisen, photographe indépendante et membre de l’association Jonk Handwierk.  (Photo: Véronique Kolber)

Lynn Theisen est photographe indépendante et membre de l’association Jonk Handwierk. Elle partage son ressenti de la crise sanitaire et des effets induits sur son activité.

Des rues vides, des événements annulés et des commerces forcés de fermer leurs portes: les mesures sanitaires prises pour limiter la propagation du Covid-19 ont porté un coup à l’activité de Lynn Theisen, une jeune photographe basée à Differdange.

Elle qui avait l’habitude de réaliser des portraits pour le compte d’entreprises, d’agences, de marques, mais aussi de musiciens et d’acteurs, s’est tout à coup retrouvée privée de sa matière première, celle qui lui permet de vivre de sa passion.

«J’ai décidé de me concentrer beaucoup plus sur la photographie d’objets, comme par exemple pour des marques, ou la food photographie pour les restaurants», explique la jeune femme de 26 ans.

La fin des voyages, le début du web

Photographe indépendante depuis 2016, Lynn Theisen est spécialisée dans les photos de mode, de beauté, et s’inspire beaucoup de ses voyages dans son travail. Mais avec des avions cloués au sol et une activité économique ralentie, la Luxembourgeoise a été contrainte de revoir ses plans: finis les déplacements professionnels, tandis que son voyage très attendu en Russie pour son exposition «Heading South-East» a été reporté: le coronavirus a tout balayé sur son passage.

La pandémie a toutefois laissé l’occasion à l’artisan d’envisager de tirer parti du réseau internet, qui a continué à carburer pendant cette période. «Peut-être que je vais vendre mes œuvres en ligne et donner des ateliers en ligne», avance-t-elle.

Lynn Theisen a l’habitude de voyager à travers le monde pour y réaliser des photos, notamment de mode, comme celle-ci. (Photo: Lynn Theisen)

Lynn Theisen a l’habitude de voyager à travers le monde pour y réaliser des photos, notamment de mode, comme celle-ci. (Photo: Lynn Theisen)

Lynn Theisen a eu le déclic pour la photographie très tôt, alors qu’elle était enfant. «J’avais toujours mon appareil photo avec moi, notamment pendant mes vacances en famille en Asie», se souvient-elle. D’un appareil photo compact, elle passe ensuite au reflex, et se dirige vers la filière artistique. Une fois son diplôme de secondaires en main, elle file pour la Berliner Technische Kunsthochschule (Berlin Technical Art School), d’où elle sort en 2016.

Si elle a énormément appris ces dernières années de ses études, puis de son entrée dans le monde de l’entrepreneuriat, la jeune femme a également tiré des leçons de la crise sanitaire. «Tout peut changer d’un moment à l’autre, et on doit mieux se préparer aux mauvaises circonstances et aux forces majeures», dit-elle.

L’indépendante a pu bénéficier de l’aide directe allouée aux petites entreprises. «J’étais vraiment dépendante de cette aide», admet Lynn Theisen. Elle n’a par contre pas pu toucher le chômage partiel, réservé aux salariés. «Il est important que le gouvernement élabore des mesures concrètes permettant à l’artisanat de revenir à une économie normale. Toutes les entreprises et les travailleurs indépendants devraient être éligibles à ces mesures de manière égale», souligne la photographe.

Elle estime pour sa part que le plus dur de la crise est derrière elle: «Les choses vont se remettre à bouger.» Reste à croiser les doigts pour que les restrictions budgétaires des gros clients ne pèsent pas trop sur son activité. Car la tentation d’utiliser des photos existantes plutôt que de financer de nouvelles productions est bien présente. «Cela rend l’avenir incertain», glisse Lynn Theisen.

www.lynntheisen.lu