ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

Un mois après

Les «petites» arnaques de la tornade



Il faudra trois à six mois pour que Pétange et Käerjeng retrouvent leur visage habituel après le passage d’une tornade le 9 août dernier. Sur place, les professionnels travaillent d’arrache-pied avant que l’automne n’arrive. D’autres ont profité sans état d’âme de la détresse des habitants.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Catastrophe après catastrophe, la maxime populaire ne prend pas une ride.

À Pétange et à Käerjeng, un mois après la tornade , les professionnels continuent de monter des échafaudages. Des impacts sont visibles sur les façades. Des gouttières manquent encore. Les bâches sur les toits ou les fenêtres condamnées par des planches en bois témoignent que la situation est loin d’être revenue à la normale. Surtout que certains en ont profité.

«Si vous saviez le nombre de gens qui se sont fait avoir par des gens du voyage», explique un couvreur local qui craint les représailles. «Dès la tornade passée, ils ont sonné aux portes, ont dit qu’ils avaient des entreprises de toiture, ont demandé 300, 400 ou jusqu’à 2.000 euros pour bâcher le toit avant de revenir. Les gens sont allés au bancomat pour retirer de l’argent et leur donner... et ils ne les ont jamais revus.»

Non seulement ces bâches ne protégeront pas sérieusement de la pluie, mais les habitants ont dû finalement quand même faire appel à des professionnels, souvent débordés par la demande.

Tout le monde débauche tout le monde pour accepter de nouveaux chantiers.

Stephen Antoniotti,  directeur,  Toitures Antoniotti

«Il y a du travail pour tout le monde», continue notre interlocuteur. «Mais il y a vraiment des gens qui en profitent. On sait très bien ce que coûte un toit, une charpente et tout ce qui va avec. Un toit qui vaut 20.000 euros pour lequel une entreprise présente un devis de 45.000 euros, c’est dégueulasse!»

«Moi, je peux aller au Cactus sans avoir à me cacher quand je rencontre mes clients», explique de son côté Stephen Antoniotti. Le jeune homme, qui a repris le business monté par son père Gilbert il y a huit ans, a commencé par accepter d’aller voir un de ses fidèles clients, restaurateur. «Il m’a dit: ‘Je sais où tu habites et si ça n’avance pas assez vite, je viens chez toi!’ Mais moi, je travaille dans la durée. Quand c’est arrivé, ma secrétaire, en vacances, a commencé à gérer les appels et les demandes de nos clients. Franchement, nous prenons en priorité nos clients. Et nous faisons tout ce que nous pouvons pour les autres. Nous avons demandé à nos gars de revenir pour bosser, nous avons recruté deux personnes de plus, soit 13 au total. Ce n’est pas facile parce que tout le monde débauche tout le monde pour accepter de nouveaux chantiers.»

«Moi, j’ai travaillé 42 ans dans le BTP», s’amuse Nelson, un habitant du quartier. «Avec ma femme, nous avons vu le toit d’en face s’envoler comme une seule pièce», montre-t-il de la main. Le toit est passé au-dessus de La Crèche Enchantée, avant d’aller se perdre dans un jardin. Seule une poutre a fini dans la façade du voisin de Nelson. «J’ai directement demandé à une entreprise de venir faire les travaux chez moi. Seul un petit toit du garage avait été touché. Puis j’ai envoyé la facture à l’assureur et je lui ai demandé de faire le nécessaire.» 

Sur sa façade framboise, quelques impacts subsistent comme des cicatrices. L’homme, nuancier de couleurs en main, part acheter de la peinture.

Pour mettre certaines habitations à l’abri, il faudra encore travailler dur. (Photo: Paperjam)

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Les assureurs ont reçu 1.600 demandes d’indemnisation selon le Premier ministre. (Photo: Paperjam)

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Plus de 400.000 euros doivent encore arriver aux victimes, fruits des dons arrivés à Käerjeng. (Photo: Paperjam)

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Sur la route qui mène de Pétange à Käerjeng, cette maison a vu son toit s’envoler complètement. (Photo: Paperjam)

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Un toit complètement éventré. (Photo: Paperjam)

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Parfois, des planches ou des cartons calfeutrent les fenêtres endommagées. (Photo: Paperjam)

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Le toit de cette maison s’est envolé en une seule pièce, passant par-dessus une crèche du village. (Photo: Paperjam)

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Traverser Pétange et Käerjeng, c’est croiser de nombreux échafaudages. (Photo: Paperjam)

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Quelques dizaines de mètres plus bas, un de ses voisins continue de trier ses affaires, dans le garage d’un voisin qui l’héberge depuis la catastrophe. «Je suis les procédures. Je ne peux toujours pas habiter chez moi. Je n’ai nulle part où aller. Alors mon voisin m’héberge. Il suffit de suivre les démarches», explique-t-il, résigné.

«Le bourgmestre [de Pétange, ndlr] est un mec sympa», commente un autre habitant du quartier. «Il fait des conférences publiques, promet plein de choses. C’est bien. Mais la réalité est quand même assez différente: il faut trouver les entreprises pour faire le travail!»

1.600 demandes pour un montant de 100 millions

«La commune nous a facilité la vie», admet Gilbert Antoniotti. «Les autorisations de stationnement portent seulement la mention ‘tornade’ et on peut se garer plus facilement pour monter les échafaudages et travailler. Avec la pluie et peut-être le gel, nous devrons être plus prudents. On ne va pas se tuer pour avancer plus vite!»

Selon le Premier ministre, Xavier Bettel , en marge du point presse organisé vendredi pour évoquer la réorganisation provisoire du gouvernement , les assureurs ont reçu 1.600 demandes d’indemnisation pour un montant qui avoisinerait les 100 millions d’euros.

Sur RTL, ce vendredi matin, le bourgmestre CSV de Käerjeng, Michel Wolter , évoquait le chiffre de 50 personnes qui ont été provisoirement hébergées à l’hôtel, où ne restent que deux familles.

La Commune a récolté plus de 400.000 euros de dons, qui devront arriver jusqu’aux victimes. Des réunions ont déjà eu lieu avec Caritas, la Croix-Rouge et l’office social.

L’ancien ministre de l’Intérieur a salué la solidarité venue de tous les côtés, qui s’est traduite par 11.000 heures au service des habitants touchés par la tornade. Onze bâtiments de la commune ont également été touchés.