PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Finance durable

La petite révolution verte de Natixis



Karen Degouve: «Notre rôle de banquier consiste aussi à accompagner la transition énergétique de nos clients» (Photo: Shutterstock)

Karen Degouve: «Notre rôle de banquier consiste aussi à accompagner la transition énergétique de nos clients» (Photo: Shutterstock)

La filiale du groupe français BPCE a créé une méthodologie pour prendre ses décisions d’octroi de crédits aux entreprises à l’aune de l’impact environnemental du futur financement.

«J’ai une mauvaise nouvelle pour le Luxembourg. La France prend le lead en matière de finance durable», déclarait Karen Degouve en novembre dernier chez KPMG Luxembourg. La responsable du développement finance durable de Natixis traduisait la volonté de l’institution de prendre de court la concurrence en lançant une initiative marquante en la matière.

Natixis a en effet envoyé un signal fort en créant un mécanisme interne mis en œuvre fin septembre 2019, après deux ans de développement. Le principe de la méthodologie «Green Weighting Factor» est simple: un code couleurs est appliqué à chaque financement octroyé à une entreprise, sur une échelle de sept niveaux, allant du marron (impact négatif) au vert foncé (impact positif). L’attribution de la couleur repose sur une évaluation de l’impact du financement sur le climat.

«Beaucoup de clients souhaitent connaître leur note environnementale, en particulier les clients ‘marron’. Et c’est exactement ce que nous recherchons, à savoir créer le dialogue avec ces clients pour pouvoir les accompagner au mieux dans leur transition», affirme Karen Degouve. Les couleurs sont appliquées à chaque ligne de crédit, pas au client lui-même: Total, important client de Natixis, peut ainsi avoir des dossiers de financement ‘verts’ s’ils concernent des projets d’énergie renouvelable.

«Il est facile d’arrêter totalement de financer certains secteurs ou entreprises au travers de politiques d’exclusion, par exemple dans le secteur des énergies fossiles. Mais notre rôle de banquier consiste aussi à accompagner la transition énergétique de nos clients», estime Karen Degouve.

Coût en capital

À chaque couleur correspond ensuite un «facteur d’ajustement» qui est pris en compte dans le niveau de capital alloué par la banque: «Avec notre système d’analyse, plus vous octroyez de crédits ‘marron’, plus cela coûte cher à la banque en capital analytique. La méthodologie constitue une incitation pour les chargés d’af­faires», explique Karen Degouve.

Dans le détail, un malus s’applique aux financements bruns, qui requièrent jusqu’à 24% de fonds propres supplémentaires pour la banque, tandis qu’un bonus est alloué aux financements verts, dont le capital peut être allégé jusqu’à 50%. «Quand un dossier passe en comité de crédit, le financement peut ne pas se faire pour un dossier ‘marron’. À l’inverse, un dossier ‘vert’, qui aurait pu avoir du mal à passer auparavant, sera davantage valorisé», ajoute Karen Degouve.

Il est possible que nous décidions d’arrêter de financer certains clients qui ne seraient pas volontaires et/ou pas prêts à engager des dé­marches en matière de transition climatique, puisqu’ils ne seraient alors plus en phase avec nos engage­ments.

Karen Degouve,  responsable du développement finance durable,  Natixis

Avant d’ajouter: «Il est possible que nous décidions d’arrêter de financer certains clients qui ne seraient pas volontaires et/ou pas prêts à engager des dé­marches en matière de transition climatique, puisqu’ils ne seraient alors plus en phase avec nos engage­ments», reconnaît Karen Degouve.

La méthodologie est utilisée par tous les services de banque de grande clientèle (corporate and investment banking) de Natixis dans le monde. Son activité luxembourgeoise n’est pas encore concernée, mais des passerelles pour la classification des actifs pourraient être envisagées à l’avenir pour les activités de gestion d’actifs, de banque privée et d’assurance.

«Avant, les problématiques climatiques étaient uniquement débattues lorsqu’elles étaient associées à un risque d’image ou de réputation pour la banque. Aujourd’hui, chaque transaction passe au crible de l’analyse climat. C’est une petite révolution pour la banque!», conclut Karen Degouve.