ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Nouveau au Luxembourg

La pépite de l’espace encore sous les radars



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Comment améliorer la qualité de la fibre de verre? Outre ses composants, Flawless Photonics, comme deux concurrents américains, veut la fabriquer dans l’espace pour éviter l’effet de la gravitation. (Photo: Shutterstock)

L’accord signé le 5 juin par le Luxembourg avec Flawless Photonics n’a fait l’objet d’aucune communication. L’américaine veut tirer profit d’une découverte de 20... ou 45 ans, selon comment on la regarde.

ZrF4-BaF2-LaF3-AlF3-NaF. Ce n’est pas le mot de passe le plus évolué de la décennie, mais la formule scientifique de la «zblan». Cette matière donne une fibre optique révolutionnaire grâce à laquelle les pertes de signal sont réduites de 10 à 100%... quand elle est produite dans l’espace.

Tout commence en 1975, au laboratoire d’électronique quantique de l’université de Rennes, en France, quand les Poulain, Michel et Marcel, et Jacques Lucas  découvrent les propriétés de ce nouveau matériau par accident .

Très vite, leur découverte intéresse toute la planète. Surtout les Américains et la Nasa. C’est là, en 1998, que le professeur Dennis Tucker se rend compte d’autre chose: ce «verre» ne cristallise pas en l’absence de gravité, et cela permet d’augmenter ses performances. Le produire dans l’espace serait une très bonne idée. Sur le blog scientifique de la Nasa, le chercheur raconte d’ailleurs comment il s’est livré à quelques expériences .

Dixième MoU de l’espace

Il n’en faut pas plus pour que des sociétés voient le jour autour de cette idée. L’«American way of life».

Quel rapport avec le Luxembourg? Une de ces sociétés, Flawless Photonics, a signé le 5 juin un de ces «memoranda of understanding» comme il en existe avec neuf autres sociétés de l’espace depuis décembre 2015.

À partir de la zblan, Flawless entend produire la «SpaceFiber» – c’est son nom protégé –, la fibre de l’espace, le verre le plus pur, promet son site internet .

Dans une réponse parlementaire et dans la loi du 14 septembre 2018, le ministre de l’Économie, Étienne Schneider , rappelle que «les informations relatives à la stratégie entrepreneuriale ainsi que la politique financière et commerciale de ces sociétés reprises dans ces MoU revêtent un caractère confidentiel dont la divulgation sur la place publique pourrait porter un grave préjudice aux entreprises concernées. (...) Il y a lieu de relever que ces MoU n’engagent aucunement de manière directe des fonds publics. Au contraire, ces déclarations d’intention se limitent à indiquer la voie pour le financement de projets de recherche et de développement, détaillés moyennant des instruments de financement existants.»

Les dix MoU portent sur une enveloppe budgétaire de près de 50 millions d’euros, à condition que les projets remplissent les critères d’éligibilité.

Des vétérans du business et un expert

À notre connaissance, Flawless Photonics n’a pas encore établi de société au Luxembourg, à la différence des neuf autres, ce qui explique probablement la discrétion sur ce MoU. Installée à Mountain View, la société est dirigée par Chandra Kant Singla , vétéran de Capgemini, puis de KPMG et dernièrement de Xansa (700 millions de dollars de chiffre d’affaires) et de Net4Site.

À ses côtés figurent quelques bons éléments, que ce soit Robert Loughan, en charge de la stratégie, qui a déjà monté et revendu six start-up, dont Octane Software, revendue pour 3,2 milliards de dollars en 2002 à E.piphany , ou le Russe Dmitry Starodubov et ses 23 brevets et 100 publications scientifiques sur ces sujets-là.