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Les Pays-Bas, exemple pour l’e-mobilité au Luxembourg



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L’e-mobilité profite de la traction développée par Tesla dans le secteur automobile. Mais l’infrastructure et le service doivent encore être largement améliorés pour entraîner le consommateur à changer de voiture. (Photo: Shutterstock)

Le Luxembourg veut être «un laboratoire de la mobilité», a dit le ministre des Transports, François Bausch, mercredi, lors de la conférence sur la «smart mobility» organisée avec l’ambassade des Pays-Bas. Objectif premier: diminuer les 40% d’émissions de CO2 des transports.

«Le premier déterminant de la mobilité est le changement climatique: le transport est responsable de 40% des émissions de CO2.» Le ministre des Transports tenait à participer à la conférence sur l’e-mobilité organisée par la Chambre de commerce et l’Ambassade des Pays-Bas au Luxembourg. François Bausch y est venu une dizaine de minutes délivrer quelques messages-clés. «Ensuite, c’est l’organisation même de notre société que nous devons repenser, nous ne pouvons pas continuer comme au siècle dernier.»

1. Planification. «Ce n’est pas seulement une question de mentalité. Mettons une autoroute. Le sujet n’est plus de passer de deux à trois voies pour absorber le trafic. Mais de nous demander combien de personnes sont dans leur voiture respective, et comment faire pour modifier les comportements.»

2. Tunnel. «La voiture a longtemps été un objet qu’il fallait posséder. Aujourd’hui, les jeunes ne sont plus si focalisés qu’il y a 20 ans. Ils préfèrent la mobilité. Ils veulent la mobilité comme un service. La multimodalité est un facteur-clé.»

3. Décarbonisation. «Les enjeux climatiques, comme la pollution de l’air, nous amènent vers l’électrique, qui sera la solution principale, même si d’autres énergies, comme l’hydrogène, vont se développer. Il y aura toujours une part d’électrique en combinaison avec ces nouvelles énergies. C’est dans ce contexte que le Luxembourg veut être un laboratoire de mobilité.»

4. Acteurs. «Pour mettre en place des solutions, il faudra bien sûr que le gouvernement, l’État, prenne ses responsabilités. Mais aussi les autorités régionales ou locales, les communes ou les régions. Mais aussi les individus, qui devront modifier leurs comportements. Et les sociétés, qui devront trouver des solutions pour leurs employés. Le carpooling, par exemple, pourrait permettre d’offrir une place de parking gratuitement à ceux qui voyagent à plusieurs.»

Les Pays-Bas, l’autre pays de la congestion

L’idée d’inviter les entrepreneurs ou institutionnels néerlandais et spécialisés dans la mobilité à évoquer leurs solutions est assez pertinente. Le pays, qui a une des plus fortes densités de population au monde, perd 5 milliards d’euros par an dans les bouchons.

Au point que les autorités ont décidé d’en dépenser un pour améliorer la situation, notamment pour avoir 20% de voitures en moins sur la route, a rappelé le directeur de LuxMobility. Patrick Van Egmond a détaillé la stratégie «Modu 2.0» du Luxembourg: split modal vers davantage de mobilité douce, carpooling, transports scolaires en bus et meilleure offre des trains en termes de ponctualité.

La politique volontaire et incitative des Pays-Bas a un coût encore très élevé, a assuré le responsable de la transition énergétique de Shell, Ewald Breunesse: 2.000 euros la tonne de CO2 en moins... contre 30 euros sur le marché des certificats, a-t-il dit, citant la Cour néerlandaise des comptes.

M. Breunesse a dressé un tour d’horizon des start-up «sponsorisées» par le pétrolier, de  NewMotion (Amsterdam)  pour localiser des stations de recharge au plus près des utilisateurs à  Ionity , réseau de stations de recharge rapide en Europe.

De son côté, le président de Formule E-Team, Bert Klerk, a commencé par évoquer le lancement de la première voiture qui se recharge au soleil, la Lightyear One, pour dresser un tour d’horizon de cette agence publique-privée qui conseille le gouvernement néerlandais sur la politique de mobilité. «Les Pays-Bas ont décidé d’objectifs très ambitieux, -49% d’émissions de CO2 en 2030 et -95% en 2050, avec un zéro émission pour les transports publics en 2030 et des zones à zéro émission dès 2025.»

Pour y parvenir, le gouvernement néerlandais a non seulement mis en place des incitants fiscaux, mais travaille à une normalisation des standards européens. «Et si vous voulez avoir deux millions de voitures en 2030, il faut dimensionner le réseau pour que tout le monde ne recharge pas en même temps», a-t-il dit, avant d’évoquer le rechargement solaire et bidirectionnel d’Utrecht, qui permet de prendre de l’électricité pour sa voiture, mais aussi d’en remettre sur le réseau, ou le parc Nissan de 280 points de charge à l’Arena Stadium d’Amsterdam.

«Les Pays-Bas comptent aujourd’hui le plus grand nombre de stations de recharge pour 100 kilomètres de route avec 19,3 stations, contre 3,5 pour la Chine, 3,1 pour le Royaume-Uni ou 2,8 pour l’Allemagne», les trois suivants dans le classement de l’Agence internationale de l’énergie. Soit 9% des stations mondiales ou 28% des stations européennes. Bientôt, le pays comptera 209 stations de recharge rapide.

La recharge rapide, un enjeu majeur

«Huit heures, ce n’est pas satisfaisant», a dit le responsable du développement du réseau de Fastned, Patrick Maquoi. «Le marché explose parce que recharger plus vite est possible, parce que les batteries sont moins chères et le nombre de modèles disponibles est plus élevé.»

Depuis le 19 juin, son réseau compte 100 stations de recharge, aux Pays-Bas, mais aussi quelques-unes en Allemagne, au Royaume-Uni, en France, en Suisse, et cet été en Belgique.

Fastned a un plan pour 11 stations au Luxembourg, des stations dont le design a dû être revu: elles peuvent accueillir les utilitaires et les camions, ce qui semblait encore inimaginable au moment où elles avaient été conçues. Ces stations s’intègrent généralement à proximité des grands axes de circulation.

La voiture électrique, un monde qui change

Le business developer de l’ANWB Electric, l’équivalent de l’Automobile Club du Luxembourg aux Pays-Bas, Marco Eenennaam, a insisté sur l’incroyable évolution du secteur de la voiture électrique en 10 ans, poussée par Tesla, qui en est aussi le principal bénéficiaire.

Il existe aujourd’hui près d’une trentaine de modèles à moins de 50.000 euros. Selon une étude réalisée par l’Automobile Club néerlandais, de nombreux freins psychologiques subsistent:

- Le prix. À 50.000 euros (contre 149.000 euros pour la Lightyear One), les constructeurs ont l’impression d’avoir des prix attractifs, mais le prix que le consommateur est prêt à payer tourne autour de 15.000 à 20.000 euros. «Mais si on prend tous les coûts liés à une voiture, la différence entre électrique et classique a encore diminué, pour atteindre 6%, selon nos calculs», a dit M. Eenennaam.

- L’autonomie. Si les Néerlandais peuvent se contenter d’une autonomie de 400 à 500 kilomètres, dans un pays qui fait 300km du nord au sud et 160km d’est en ouest, ils sont aussi de grands voyageurs et veulent pouvoir soit effectuer leur trajet d’une traite quand ils vont dans le sud de l’Europe, soit trouver des solutions de recharge assez présentes et assez rapides.

- L’information dans un seul endroit. Pour l’instant, la question de la mobilité peut avoir jusqu’à une dizaine de fournisseurs par pays, ce qui rend compliquée l’information utile du conducteur. Surtout quand on se déplace à l’étranger et que l’infrastructure est moins développée qu’aux Pays-Bas.

Une plate-forme unique de données éclatées

C’est encore un problème central dans l’évolution de la mobilité douce: le voyageur, ou navetteur, veut avoir accès à une offre de transport dans un seul endroit, qui combine les différents modes de transport et qu’il ne paie qu’une fois. Seulement, comment parvenir à réunir tous les opérateurs ou fournisseurs de services de mobilité?

Pour le directeur de SmartwayZ, Floris Bakermans, il a fallu un «coup de pouce» du gouvernement néerlandais, qui a «invité» tous les acteurs du transport à partager leurs données pertinentes pour fournir ce service. «Le gouvernement a mis en place des standards de données dans le domaine du transport. Les fournisseurs de services doivent mettre cela en place.»

Comme dans TimesUpp . Mercredi après-midi, l’application conçue comme un assistant de transport avait été téléchargée 150.000 fois. Disponible dans 21 pays, elle aurait, selon son site internet, permis de retirer 750.000 voitures des routes, d’économiser 2,7 tonnes de CO2, de parcourir 3,7 millions de kilomètres en moins et de perdre 929.000 heures en moins sur la route (soit 106 ans!).