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Covid-19

Paulette Lenert: «Les mois à venir seront très critiques»



«Même si les vaccins arrivent rapidement, nous n’allons jamais réussir à sécuriser janvier, février et mars», estime la ministre de la Santé, Paulette Lenert (LSAP), pour qui un reconfinement n’est pas une hypothèse à exclure. (Photo: Romain Gamba / Maison Moderne / Archives)

«Même si les vaccins arrivent rapidement, nous n’allons jamais réussir à sécuriser janvier, février et mars», estime la ministre de la Santé, Paulette Lenert (LSAP), pour qui un reconfinement n’est pas une hypothèse à exclure. (Photo: Romain Gamba / Maison Moderne / Archives)

Après le retour du couvre-feu à 23h, la réouverture des commerces non essentiels, mais pas celle de l’horeca, la ministre de la Santé, Paulette Lenert (LSAP), revient sur les raisons de cette décision. Et rappelle que les mois à venir, critiques, ne vont pas permettre de relâchement.

L’allègement des mesures anti-Covid – réouverture des commerces non essentiels, retour du couvre-feu à 23h – a pu surprendre alors que l’épidémie ne parait pas sous contrôle en Europe et que les scientifiques conseillent plutôt de renforcer les mesures. Pourquoi cette décision?

Paulette Lenert . – «Cela m’étonne qu’on nous dise que nous nous relâchons. Nous étions stricts tout le temps, et très stricts pendant les fêtes. Et nous n’avons pas du tout l’intention de lever la garde pendant le mois de janvier. Nous ne pouvons pas être plus strict en termes de visites privées que ce que nous avons en place, le secteur horeca reste fermé comme dans tous les pays voisins, et tout ce qui est autre commerce reste soumis à des restrictions.

Pourquoi avoir renforcé les mesures en particulier pendant et après les fêtes?

«Nous avons été tellement mis en garde pour les fêtes de fin d’année: les experts nous ont dit que les gens n’allaient pas se tenir aux règles et que cela allait exploser. Donc nous avons choisi le sens inverse d’autres pays: nous n’avons pas fait d’exception pour les jours de fête et, au contraire, nous avons resserré la vis.

Avec les enfants à la maison, un maximum de télétravail, la réduction aux commerces essentiels, le couvre-feu à 21h pour éviter les visites et la fête, l’intention était de se retirer tous pendant deux ou trois semaines pour donner un coup de frein.

Donc, avec la dernière loi Covid, il s’agit d’un retour à la normale?

«Oui, l’idée est de revenir à une normalité, tout de même soumise à de grandes restrictions: restaurants fermés, couvre-feu à 23h, un minimum de visites à la maison, et la protection du commerce, avec l’obligation de port du masque, les protocoles sanitaires et l’interdiction de la consommation sur place. Le paquet garde toute sa sévérité d’avant les fêtes.

Pourquoi avoir permis la réouverture des commerces non essentiels, mais pas celle de l’horeca?

«Parce que des études assez récentes confirment que la plus grande dangerosité a lieu lors des rapports non protégés dans les petits groupes. Cela nous incite à rester stricts pour tout ce qui est visite à la maison, horeca et autre, tout en nous permettant de relâcher un peu par rapport aux secteurs où il est possible de se protéger.

On nous demande souvent une prévision à long terme, mais avec cette pandémie, ce n’est pas possible.
Paulette Lenert

Paulette Lenert,  Ministre de la Santé

Ne craignez-vous pas les conséquences des nouveaux variants du virus?

«Si, ils sont inquiétants. On ne peut du tout prévoir. C’est la raison pour laquelle j’ai labellisé le mois de janvier de très critique. Parce que si cela commence à partir dans tous les sens sur le continent, nous le saurons très bientôt.

L’imprévisibilité est vraiment forte?

«On nous demande souvent une prévision à long terme, mais avec cette pandémie, ce n’est pas possible: si quelque chose comme cela arrive, il faut pouvoir réagir très vite, et nous ne connaissons pas l’envergure que cela peut prendre ou si cela peut être stoppé ou non. C’est tout le temps ainsi, avec de nouvelles informations sans cesse.

Par exemple, des études disaient: les enfants sont moins vecteurs. D’autres études disent maintenant qu’ils sont quand même vecteurs. On ne peut que suivre et réagir. Heureusement, au Luxembourg, nous avons la chance d’avoir cet indicateur sur les eaux usées.

Il s’agit de l’étude Coronastep. En quoi celle-ci vous aide-t-elle?

«Il s’agit d’un clignotant. Coronastep correspond tout à fait à l’évolution de la pandémie, et il ne ment pas. Le taux de positivité est bien aussi, mais il s’agit toujours d’un échantillon. Les eaux usées, c’est sur tout le pays. On peut vraiment s’y fier. En automne, c’est passé très vite du jaune à l’orange foncé. Quand il y a un changement brutal de couleur, désormais nous savons que quand nous observons cela, cela signifie que nous sommes dans l’exponentialité.

À voir ce qui se passe au Royaume-Uni et en Irlande actuellement, nous ne pouvons rien exclure.
Paulette Lenert

Paulette Lenert,  Ministre de la Santé

Malgré l’arrivée des vaccins, un reconfinement strict est-il toujours possible?

«Franchement, nous ne pouvons pas l’exclure. C’est pour cela que ce mois est très critique. Même si les vaccins arrivent rapidement, nous n’allons jamais réussir à sécuriser janvier, février et mars. Car il s’agit du minimum dont nous avons besoin pour vacciner ne serait-ce que les gens dans les maisons de retraite. Donc les mois à venir seront, je le répète, très critiques. Et très franchement, à voir ce qui se passe au Royaume-Uni et en Irlande actuellement, nous ne pouvons rien exclure. Je crois que c’est le message qu’il faut que les gens comprennent.

Vous craignez un relâchement de la part des Luxembourgeois et de ceux qui travaillent dans le pays?

«Oui, je le crains vraiment. Nous avons vu cet été du relâchement alors que les chiffres étaient bas et l’état de crise fini… C’est surtout ce qu’il ne faut pas faire maintenant! C’est pour ça que je le répète: c’est vraiment un mois critique. Si nous ne sommes pas extrêmement prudents, avec cette nouvelle souche, le risque est vraiment grand.»