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Patrick Muller expose le son au Casino Luxembourg



Patrick Muller, dans les espaces du Casino Luxembourg. (Photo: Casino Luxembourg)

Patrick Muller, dans les espaces du Casino Luxembourg. (Photo: Casino Luxembourg)

L’artiste sonore luxembourgeois Patrick Muller présente au Casino Luxembourg «Sitting for decades», une réinterprétation de l’œuvre majeure d’Alvin Lucier, «I am sitting in a room», conçue il y a 50 ans.

Prolongeant sa politique curatoriale sur l’exploration des liens entre l’art et la musique, le Casino Luxembourg a invité Patrick Muller, artiste sonore luxembourgeois vivant à Berlin, dont on n’a pas encore eu beaucoup l’occasion de découvrir le travail au Luxembourg. Il fait par ailleurs partie des artistes sélectionnés pour participer au programme artistique conçu pour le pavillon luxembourgeois à l’Exposition universelle de Dubai. Son travail est d’une grande finesse et mérite pleinement d’être découvert.

En grand amateur d’œuvres d’art sonores, Patrick Muller connaît très bien le travail d’Alvin Lucier, artiste pionnier et l’un des compositeurs les plus influents dans le domaine de l’art sonore et de la musique expérimentale. À l’occasion de l’anniversaire des 50 ans de la création de l’œuvre majeure d’Alvin Lucier «I am sitting in a room», Patrick Muller a proposé au Casino Luxembourg de réaliser une installation rendant hommage à ce travail.

Alvin Lucier était fasciné par les phénomènes naturels liés au son dans leur forme la plus pure, épousant l’esthétique minimaliste. «Cette exposition crée un cadre qui souligne la poésie de Lucier», explique Patrick Muller. «J’ai conçu cette proposition comme un exercice, une tentative de présentation des phénomènes acoustiques les plus naturels possible, en écartant tout le superflu.»

Une exposition en trois mouvements

Trois installations sont proposées dans l’exposition. La principale, «Sitting for decades», qui a donné son titre à l’exposition, s’inspire directement de l’œuvre «I am sitting in a room». «Le principe est simple: une voix, celle de Lucier, est diffusée dans une salle sur cinq ensembles de haut-parleurs. Cette voix ainsi que tous les sons présents dans la pièce sont réenregistrés par l’intermédiaire de micros. Au total, il y a cinq ensembles haut-parleur/micro, un par décennie. 

Puis ce nouvel enregistrement est de nouveau diffusé dans l’espace, puis réenregistré, puis rediffusé, et ainsi de suite. Au fur et à mesure, la voix disparaît au profit de l’acoustique de la pièce, qui devient de plus en plus audible, tant et si bien qu’à la fin, on ne comprend ni n’entend plus bien la voix», explique Patrick Muller.

Patrick Muller a interviewé Alvin Lucier à New York pour cette exposition. (Photo: Patrick Muller)

Patrick Muller a interviewé Alvin Lucier à New York pour cette exposition. (Photo: Patrick Muller)

La seconde œuvre, «Progression», est une installation audiovisuelle. «Lors de la première de ‘Sitting in a room’, la femme de Lucier, Mary Lucier, a fait une analogie de cette œuvre, mais du côté visuel. Elle a réalisé une série de polaroids qui démarre avec une photo de fauteuil. Cette première photo est rephotographiée, puis la nouvelle photo sert de support pour une nouvelle photo… et ainsi de suite. Le processus est répété plus d’une vingtaine de fois, et à la fin, on ne reconnaît plus l’objet photographié au départ, à savoir le fauteuil. C’est le même principe que celui utilisé dans l’œuvre de Lucier, mais appliqué à la photographie. Ce travail a été projeté sous forme de diapositive à l’occasion de la première représentation de «I am sitting in a room» au Guggenheim de New York en 1970. M’inspirant de ce travail, «Progression» tente d’entrelacer deux processus, le niveau acoustique et le niveau visuel. J’ai ainsi demandé à Olivier Pestiaux, un artiste visuel, et au musicien Guy Frisch de réaliser à tour de rôle une traduction de leur travail, alternant le niveau visuel et le niveau acoustique.» Ainsi, Pestiaux réalisera une traduction visuelle de la musique de Frisch, qui réalisera à son tour une traduction musicale du dessin de Pestiaux. Au total, dix-neuf traductions seront réalisées pendant la durée de l’exposition. «Nous ne savons pas ce que sera le résultat. Je donne juste un cadre de travail pour cette expérience aléatoire, à l’image de ce qu’a pu faire John Cage.»

Enfin, la troisième installation, «Two Balanced Lines of Music», est une recherche sur la musique la plus minimaliste possible. «J’ai essayé de tout réduire pour ne garder que le presque rien», explique Patrick Muller. «J’ai utilisé un phénomène acoustique qui est l’effet Larsen. Il s’agit de mettre entre deux haut-parleurs placés face à face, un micro. Mais l’un des deux haut-parleurs est déphasé, c’est-à-dire que sa membrane fonctionne en sens inverse de l’autre haut-parleur. Ainsi, les ondes émises par les haut-parleurs s’annulent mutuellement, et le micro ne peut enregistrer aucun son audible. Le son ne devient audible que si une personne casse les ondes en passant entre le micro et le haut-parleur.» Une composition qui n’est faite que de sons annulés, une musique qui ne peut s’entendre, sauf par interruption.

Un symposium pour aller plus loin

L’exposition est complétée par  un symposium qui se déroule du 31 janvier au 2 février.  Ces trois jours de rencontres s’articulent autour de l’œuvre de Lucier, mais aussi de manière plus générale autour des pratiques sonores dans les arts. De nombreux invités internationaux viendront s’exprimer, des ateliers sont organisés ainsi que des performances et des concerts, dont des prestations d’Ever Present Orchestra, un orchestre dédié à jouer les œuvres de Lucier, qui donnera une représentation le vendredi 31 janvier à 21h30 et le samedi 1er février à 20h30.

«Sitting for Decades», au Casino Luxembourg du 25 janvier au 9 février; 41, rue Notre-Dame à Luxembourg.

Vernissage le vendredi 24 janvier à 18h.