PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fonds

Fonds d’investissement

Passe d’armes avec Greenpeace



Tant pour le ministère des Finances que pour l’Alfi, le secteur des fonds d’investissement soutient la transition vers une économie neutre sur le plan climatique. (Photo: Shutterstock)

Tant pour le ministère des Finances que pour l’Alfi, le secteur des fonds d’investissement soutient la transition vers une économie neutre sur le plan climatique. (Photo: Shutterstock)

Le ministère des Finances et l’Alfi ont réagi aux attaques de Greenpeace contre l’industrie luxembourgeoise des fonds d’investissement.

L’attaque remonte au 27 janvier: dans son rapport «A climate-related analysis of the 100 largest investment funds in Luxembourg», l’ONG accuse le secteur des fonds d’investissement de financer massivement les activités les plus nocives au climat . «C’est, d’une certaine manière, le sale secret du Luxembourg», estime Greenpeace, pour qui, alors que le Luxembourg se présente comme un centre financier durable, seuls 4% des actifs sous gestion peuvent être considérés comme tels. Une étude présentée alors que le gouvernement travaille sur une «stratégie financière durable» et consulte les parties prenantes. Greenpeace se dit déçue par le l’état actuel du projet et réclame «une stratégie claire avec des objectifs, des mesures et un calendrier précis» et aimerait, en dernière analyse, que l’industrie luxembourgeoise des fonds d’investissement se serve de son poids pour faire pression sur les entreprises afin qu’elles deviennent plus vertueuses et durables.

Une analyse et des demandes que repoussent tant le ministère des Finances que l’Association luxembourgeoise des fonds d’investissement (Alfi).

Exemples d’engagement climatique

«L’affirmation de Greenpeace selon laquelle le Luxembourg ne respecte pas les stipulations de ses engagements internationaux est erronée», commente le ministère. «Greenpeace déforme le rôle que les autorités luxembourgeoises peuvent et doivent jouer pour aider les acteurs privés à atteindre leurs objectifs climatiques. En plus d’illustrer un manque de compréhension de l’industrie mondiale des fonds, de ses chaînes de valeur et du rôle des centres de services d’actifs comme le Luxembourg, les conclusions que Greenpeace tire semblent également ignorer la dimension réglementaire à l’échelle européenne en matière de financement durable, qui répond déjà aux recommandations émises dans le rapport commandé par Greenpeace. Le rapport donne également une image extrêmement limitée de l’industrie des fonds, car il se concentre exclusivement sur les fonds d’actions, et ignore également les engagements ESG, ainsi que l’engagement actif des actionnaires de certains des plus grands gestionnaires d’actifs.»

Le ministère rappelle en outre que «le Luxembourg est pleinement engagé dans l’agenda 2030 des Nations unies, ainsi que dans l’accord de Paris, et soutient plus particulièrement la transition verte du secteur financier en Europe et au-delà. Le gouvernement, en collaboration avec des partenaires du secteur financier, a mis en place plusieurs initiatives ces dernières années pour encourager les investissements du secteur privé dans des projets verts et durables, notamment une plateforme de financement climatique commune avec la Banque européenne d'investissement, ainsi que l’International Climate Finance Accelerator, pour soutenir les gestionnaires de fonds innovants dans ce domaine.»

Et les services du ministre  Pierre Gramegna  (DP) rappellent en outre l’instauration récente d’un taux de taxe d’abonnement réduit pour encourager les fonds d’investissement à investir une part croissante de leurs actifs dans des activités vertes et durables, et la place prééminente du pays dans les obligations vertes.

Un cadre européen en cours d’installation

Même son de cloche du côté de l’Alfi, pour qui l’industrie des fonds «est pleinement engagée et soutient le Green Deal de la Commission européenne qui vise à canaliser les investissements privés dans la transition vers une économie neutre sur le plan climatique, résistante au changement climatique, efficace en termes de ressources et juste, en complément de l’argent public».

Et qui met en avant différents projets et initiatives visant à promouvoir la finance responsable et durable. Comme le label Luxflag, qui labellise 322 produits d’investissement responsables ayant 135 milliards d’euros d’actifs sous gestion. L’Alfi rappelle également que le Luxembourg détient une part de marché de 76% en matière de microfinance. Autant de signes prouvant «l’émergence d’un écosystème au Luxembourg en matière de fonds ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), de finance durable et d’investissement d’impact».

Face à l’empressement de Greenpeace, elle rappelle que «la transition vers une économie climatiquement neutre et résistante au climat est un long voyage, et que nous ne sommes qu’au début de ce processus».

Et la première étape passe par l’application, dès le 10 mars, de la réglementation SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation), selon laquelle «tous les produits financiers offerts aux investisseurs particuliers et institutionnels devront intégrer la durabilité sous une forme ou une autre». La SFDR est l’un des trois règlements-clés sur le financement durable qui seront mis en œuvre au cours des deux prochaines années et qui donnent à l’Europe un cadre cohérent et homogène dans lequel «les investisseurs disposeront des informations nécessaires pour prendre des décisions en connaissance de cause».