ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

Polygone labellisée «Actions Positives»

Pascal Jacquet: «Pour nous, le label n’est pas fini»



Si ses 65 postes administratifs se partagent équitablement entre hommes et femmes, les 165 dédiés à la production ne sont occupés que par des hommes. Polygone espère changer les choses en 2021. (Photo: Polygone)

Si ses 65 postes administratifs se partagent équitablement entre hommes et femmes, les 165 dédiés à la production ne sont occupés que par des hommes. Polygone espère changer les choses en 2021. (Photo: Polygone)

Polygone, spécialisée dans les travaux, va être labellisée Actions Positives pour ses efforts au cours des deux dernières années, notamment dans la conciliation entre vie privée et professionnelle. Prochaine étape: recruter des femmes dans la production, exclusivement masculine aujourd’hui.

Huit entreprises luxembourgeoises se sont «distinguées avec des actions pour l’égalité femmes-hommes au travail». Elles recevront donc, mercredi 9 décembre, le label Actions Positives de la part du ministère de l’Égalité. Polygone en fait partie, pour la première fois. Comment l’entreprise basée à Mersch, spécialisée dans la déconstruction d’ouvrages, les clôtures et portails ou encore la gestion des déchets, promeut-elle l’égalité homme-femmes? Le point avec son directeur général, Pascal Jacquet.

Qu’avez-vous mis en place pour l’égalité entre les sexes, dans un secteur encore largement occupé par des hommes?

Pascal Jacquet. – «Nous parlions depuis un certain temps de promouvoir une réelle égalité hommes-femmes sur différents paramètres: accès aux fonctions, équité salariale… Ce label, c’était vraiment le levier qu’il fallait pour qu’on travaille de manière intensive sur ces points. Nous avons dégagé plusieurs axes. Nous avons mis en place le télétravail reconnu, qui devient un droit dans l’entreprise. Le personnel administratif a le droit de réaliser au minimum huit heures par semaine depuis son domicile. Nous avons favorisé l’horaire mobile. Dans l’objectif de concilier vie familiale et professionnelle. Et la possibilité de travailler à temps partiel, sur demande du collaborateur. Tout comme la prise du congé parental. Dans notre magazine interne, nous avons réalisé un article d’une page complète sur ce sujet et la vue positive qu’on a de sa prise effective.

Autrement, nous voulons vraiment promouvoir les postes à responsabilité pour nos collaboratrices féminines. Nous avons commencé notre action sur ce qui était le plus facile, tout ce qui concerne le personnel lié à l’administration. Nous avons développé une politique dans les différents départements tels que le départements commerciaux, marketing, DRH où on est à plus de 50% de personnel féminin.

Nous avons quatre managers dans l’entreprise, avec une équité parfaite. Les salaires sont catégorisés sous forme de grades, qui donnent accès aux mêmes droits. L’ancienneté fait qu’entre l’un et l’autre, il peut y avoir une disparité.

Les salariés profitent-ils réellement de ces mesures pour favoriser l’équilibre entre vie privée et professionnelle?

«Le congé parental a vraiment explosé, on n’hésite plus à le prendre. L’horaire mobile, il est mobile quasiment pour tout le monde. Le télétravail, c’est une fois par semaine. Il y a une vraie différence. Ce ne sont pas des choses au bon vouloir d’un directeur ou l’autre, mais des droits acquis.

Vous avez beaucoup travaillé sur l’égalité au niveau de vos équipes administratives. Mais elles ne représentent que 65 employés sur 230 environ. Qu’en est-il des 165 autres, qui s’occupent de la production?

«Au niveau administratif, nous sommes à 55% de femmes et 45% d’hommes. Niveau production, nous n’avons que du personnel masculin. C’est vraiment notre axe d’amélioration. Pour nous, le label n’est pas fini. On veut continuer dans cette optique.

Il s’agira de mettre en place les outils nécessaires pour qu’une collaboratrice puisse se retrouver au volant d’un camion pour la récupération des déchets, être affectée dans des équipes de bâtiment modulaire ou encore travailler sur une démolition de chantier. Tout cela passe par une réflexion en amont, sur l’accès à l’outillage. Les outils sont relativement lourds, il faut réfléchir au type d’outillage qu’on pourrait mettre à disposition. Au niveau de l’accès dans notre établissement, il faut mettre des locaux à disposition du personnel féminin, tous les sanitaires doivent être développés. Cela doit être notre levier de travail, on se donne des objectifs pour retrouver en 2021 du personnel féminin sur tous les axes de production de notre entreprise.

Rencontrez-vous des difficultés à attirer des talents féminins?

«Nous ne recevons aucun CV en fait. Nous avons reçu une fois un CV féminin, pour notre département logistique, pour la conduite d’un camion. Nous avions embauché cette dame. Cela s’est terminé plus rapidement que prévu, dû à une problématique contractuelle, et pas au fait que ce soit une femme ou un homme.

Il faut savoir que la démolition de chantiers, la gestion de déchets, la pose de clôtures, ce n’est pas ce qui attire en premier lieu, même au niveau du personnel masculin. Nous n’attirerons pas de personnel féminin si nos offres d’emploi restent telles qu’elles le sont pour l’instant. Il faut travailler au niveau du marketing et de nos réseaux sociaux. Faire passer le message que c’est possible pour les collaboratrices de s’épanouir dans ce type de fonctions. Et pour nous, on peut s’y épanouir si déjà physiquement, ça peut le faire. D’où cette recherche des bonnes conditions.

Quels avantages l’égalité apporte-t-elle à votre entreprise?

«Favoriser l’égalité favorise l’état d’esprit. Quand on se rend au boulot avec un bon état d’esprit, généralement on y fait du super boulot.»