POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Suspension des paiements à la SNCF

Pas de privatisation en vue pour les TER du sillon lorrain



La Région Grand Est suspend ses paiements à la SNCF jusqu’à ce que ses services soient à la hauteur du contrat. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne/Archives)

La Région Grand Est suspend ses paiements à la SNCF jusqu’à ce que ses services soient à la hauteur du contrat. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne/Archives)

Insatisfaite des services de la SNCF, la Région Grand Est annonce suspendre les paiements à l’entreprise publique française à qui elle verse 500 millions d’euros par an. Cela ne veut pas dire qu’elle ouvre la voie à la concurrence, à court terme, sur la ligne Metz-Luxembourg, précise son président, Jean Rottner.

Il n’y a pas que les usagers du TER qui en ont ras le bol. «L’accumulation des perturbations SNCF est inacceptable», écrivait Jean Rottner (LR), président de la Région Grand Est, vendredi dernier sur son compte Twitter. «Le temps d’un retour à la normale, nous allons arrêter de payer. Nous avons des TER en moins, des dysfonctionnements… Pour moi, le service rendu n’est pas à la hauteur de ce que nos usagers sont en droit d’attendre».

Quelques jours plus tôt, les équipes du TER Grand Est du sillon lorrain distribuaient aux passagers en gare un document leur expliquant «pourquoi nous ne sommes pas, actuellement, en capacité de proposer à nos voyageurs un service normal». Mettant en cause une moindre disponibilité des équipes en raison de la situation sanitaire et un nombre important de chocs (heurts de gibiers et à des passages à niveau) créant une augmentation des réparations en dehors des périodes de révision habituelles. «Sur le sillon lorrain, ce sont donc 10 trains qui ne circulent pas, dont deux en heures de pointe. Ce sont aussi 12 trains qui circulent en composition simple à la place de composition double», concluait-il.

Renégociation de contrat

«Bien sûr, il y a le Covid, les aléas climatiques, des cochons sur les voies, on découvre de l’amiante dans les trains», résume Jean Rottner. «Ce qui fait qu’on est pratiquement à une vingtaine de trains en moins», calcule-t-il pour l’ensemble de la région. «Sans aucune solution apportée, avec des travaux qui apparaissent à des moments inopportuns, desquels nous ne sommes pas au courant et des problématiques constantes». Il qualifie son tweet de «coup de gueule d’un client mécontent» des services que lui propose l’opérateur avec lequel il a un contrat. Un contrat pluriannuel qui coûte 500 millions d’euros par an à la région, précise-t-il. Celui en cours doit justement se finir en 2023. «Nous entrons en renégociation».

La Région a déjà annoncé ouvrir sept lignes frontalières à la concurrence entre la France et l’Allemagne (Metz – Trier, Metz – Saarbrücken, Strasbourg – Saarbrücken, Strasbourg – Wissembourg – Neustadt, Strasbourg – Lauterbourg – Wörth – Karlsruhe, Strasbourg – Offenburg et Mulhouse – Müllheim). En plus de celle qui relie Strasbourg, Saint-Dié-des-Vosges et Épinal, et une autre en réflexion. «Cela ne veut pas dire que la SNCF ne remportera pas ces lots.»

Jean Rottner ouvrira-t-il la voie à une privatisation de la ligne qui relie le Luxembourg à Metz? «Pour l’instant, il n’y a pas d’objectif d’ouverture à la concurrence sur cet axe-là», répond-il. «Parce qu’il est en pleine restructuration. Nous le partageons avec les CFL. Il y a, derrière, des problèmes de fret, de TGV, et nous n’avons pas la main aussi bien que sur une autre ligne plus classique.» La Région a pour objectif de passer à un train toutes les 7min30 entre Thionville et Luxembourg et un train toutes les 10 minutes depuis Metz d’ici 2028. Un nouvel opérateur ne voudrait pas non plus forcément dire un meilleur service.

Après cette restructuration, disons dans cinq ans, pourra-t-on reconsidérer la question de l’ouverture à la concurrence? «Peut-être, oui». Il rappelle que «l’hypothèse d’une troisième voie» entre Thionville et Bettembourg n’est «pas à exclure». «Nous avons aussi prévu avec François Bausch (déi Gréng) de nous réunir une fois par trimestre pour réfléchir de manière plus forte entre le Luxembourg et le Grand Est. Cette réunion devrait avoir lieu encore ce printemps».

Je veux des résultats.

Jean Rottner,  président,  Région Grand Est

Si un tel appel d’offres voyait le jour dans quelques années, les CFL pourraient faire partie des acteurs intéressés. «Nous suivons cette thématique qui nous concerne, à cause des nombreux frontaliers français qui utilisent le sillon lorrain pour venir travailler au Luxembourg. En ce moment, il serait cependant prématuré de se prononcer à ce sujet», a déclaré l’entreprise à Paperjam.

Un coup de pression

En attendant, la suspension de paiement de la Région Grand Est à la SNCF vise plutôt à «mettre la pression» sur l’entreprise ferroviaire publique française. «Nous ne versons plus, mais nous provisionnons l’argent que nous devons à la SNCF. Nous le verserons quand la qualité du service sera au rendez-vous, pas avant.» Cela ne doit donc rien changer au prix des billets ou abonnements pour les usagers. Selon Jean Rottner, ils ne paient que 30% de ce qu’ils coûtent réellement, les 70% restant étant pris en charge par la Région.

La SNCF a déjà réagi à l’appel de Jean Rottner. «Je pense que les rencontres vont avoir lieu cette semaine avec le directeur national du réseau TER et nos correspondants régionaux. Je veux des résultats.» La Région Hauts-de-France avait pris la même décision en fin d’année dernière. Et a repris les paiements en mars, après avoir constaté une amélioration du service.