POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Infirmiers et infirmières

Plus qu’une prime, le monde infirmier veut de l’autonomie



Les infirmières et infirmiers réclament une mise à jour de leurs attributions afin de travailler en autonomie sur certaines tâches, ce qui soulagerait également les médecins. (Photo : Christophe Olinger/Archives Maison Moderne)

Les infirmières et infirmiers réclament une mise à jour de leurs attributions afin de travailler en autonomie sur certaines tâches, ce qui soulagerait également les médecins. (Photo : Christophe Olinger/Archives Maison Moderne)

Alors que l’idée d’une prime exceptionnelle pour les infirmières et infirmiers est avancée, les principaux concernés préféreraient que soient revues leurs attributions pour améliorer leur travail au jour le jour.

Faut-il donner une prime aux soignants en signe de reconnaissance pour leur engagement durant la crise sanitaire du Covid-19? La réponse serait oui d’après le CSV et au regard des près de 4.700 signatures d’ores et déjà recueillies par la pétition intitulée «Une prime unique pour tout le personnel des hôpitaux, cliniques, maisons médicales et maisons de soins pour leur engagement exceptionnel dans cette période de crise contre le Covid-19».

Une idée séduisante au vu des semaines intenses vécues par ces professionnels de santé. Mais qui n’emporte pas forcément leur enthousiasme. C’est en tout cas le point de vue des infirmières et infirmiers. «Cela ne résoudrait pas nos problèmes», argumente Anne-Marie Hanff, présidente de l’Association nationale des infirmières et infirmiers du Luxembourg. «Notre but n’est pas d’avoir plus d’argent, mais de pouvoir faire notre travail comme il faut avec les compétences qu’il faut.»

L’infirmier a acquis des compétences sans toutefois avoir le droit de les mettre en œuvre.

Anne-Marie Hanff,  présidente,  Association nationale des infirmières et infirmiers du Luxembourg

Les infirmières et infirmiers ont déjà remporté une bataille en convainquant la ministre de la Santé, Paulette Lenert (LSAP), de créer un poste de chief nursing officer qui serait responsable de la politique de soins dans le pays. «Chacun son expertise, nous avons besoin d’une infirmière pour prendre les décisions en matière de politique de soins et de planification», indique Mme Hanff. Les discussions avaient commencé sous le mandat de Lydia Mutsch (LSAP, 2013-2018). Il y a fort à parier que la crise sanitaire a accéléré la prise de décision de la ministre de la Santé, confrontée à la nécessité de disposer d’un interlocuteur en interne sur les questions liées aux soignants.

Prochaine étape: un dépoussiérage des attributions dont sont légalement chargés les infirmiers, alors que le dernier texte légal remonte à 1992. «Le métier a changé, beaucoup de nouvelles technologies sont apparues, l’infirmier a acquis des compétences sans toutefois avoir le droit de les mettre en œuvre», souligne Mme Hanff. «Il faut que les infirmières et infirmiers puissent travailler avec davantage d’autonomie, ce qui fluidifierait l’organisation avec les autres professionnels de santé aussi. Souvent, une infirmière est bloquée parce qu’elle a besoin de la prescription du médecin et celui-ci est agacé d’être contacté uniquement pour cela. Par exemple, beaucoup d’infirmières et infirmiers ont fait une formation d’expert en soins de plaies, ce sont eux qui conseillent les médecins sur les pansements à prescrire.» Pourquoi alors exiger la prescription du médecin dans ce cas?

Investissements et formation

C’est donc une solution de moyen et long terme que les infirmières et infirmiers attendent au-delà d’une prime unique. «Le Luxembourg se situe en dessous de la moyenne de l’OCDE en termes de financement du secteur longue durée», souligne Mme Hanff, alors que «la crise a démontré à quel point il s’agit d’un secteur essentiel et dans lequel il faut investir pour améliorer la prise en charge des personnes âgées et éviter, par ricochet, des hospitalisations non nécessaires.»

Les infirmières attendent également désespérément une réforme de leur formation, à cheval sur l’enseignement secondaire et supérieur, avec à la clé un niveau BTS qui bloque l’accès à des spécialisations en master. Mais c’est une autre histoire.