ENTREPRISES & STRATÉGIES — Architecture + Real Estate

interview

La parole à Arnaud Demeyer & Nico Steinmetz



 France Clarinval a Interviewé d'Arnaud Demeyer & Nico Steinmetz. (Photo: France Clarinval)

France Clarinval a Interviewé d'Arnaud Demeyer & Nico Steinmetz. (Photo: France Clarinval)

France Clarinval a Interviewé d'Arnaud Demeyer & Nico Steinmetz.

On a appris, il y a quelques semaines que le projet de Luxexpo était, si pas annulé, en tout cas gelé. Quelle a été votre réaction à cette annonce? «Tout d’abord beaucoup d’incrédulité. Nous nous attendions certes à des demandes d’adaptations mais pas à la suspension du projet. D’autant que la raison invoquée, le budget élevé de l’opération, était connue dès le départ puisque nous avons respecté les impératifs budgétaires fixés. Les surcoûts dépendaient d’un contexte de départ sur lequel nous n’avions pas de prise: deux niveaux de parking souterrains imposés par la mise en place d’une gare périphérique et la gestion des nœuds autoroutiers environnants. Après le choc de la nouvelle, il subsiste un sentiment de gâchis et un rêve qui s’éteint. Ce sentiment est partagé par tous les acteurs du projet, concepteurs, exploitants et maîtres de l’ouvrage, car nous avions la fierté commune d’avoir remporté le concours face à de grands bureaux étrangers, ce qui est assez exceptionnel pour un projet de cette envergure au Luxembourg! Ce projet était aussi pour nous une réelle opportunité de développer le bureau et pouvoir ainsi ouvrir des portes pour des projets à l’étranger!

Le bureau STEINMETZDEMEYER avait fourni un travail considérable pour ce projet. Quelles en étaient les grandes lignes? «Absolument. Les attentes du maître de l’ouvrage en terme de qualité, de respect du budget, de timing d’études et de phasage de travaux étaient extrêmement élevées. Il est évident que pour répondre à de telles enjeux nous avons dû, avec nos associés Pohl Architekten (D), prendre les devants pour assurer l’avancement irréprochable de notre travail : compétences, équipe, équipements performants, locaux adaptés... planifiés sur le long terme de ce projet de huit ans. Nous ne cachons pas que la situation actuelle est financièrement lourde de conséquences. Nous avons pu partager et participer à la vision de l’exploitant Luxexpo sur ce que sera son métier dans le futur, pour leur constituer le meilleur outil de travail mais surtout la meilleure vitrine pour l’économie luxembourgeoise et régionale. Au-delà du projet Luxexpo proprement dit, nous avons en tant qu’urbanistes, collaboré avec le Fonds du Kirchberg pour développer de nouvelles réflexions sur ce nouveau quartier de ville, au-delà des attentes du cahier des charges de départ.

Est-ce que ce gâchis aurait pu être évité ou pourrait l’être à l’avenir? «Oui, car il n’y avait à notre connaissance pas de réelles inconnues. Par contre cela ne semble pas être l’avis de nos décideurs. Étaient-ils bien informés au préalable? C’est toujours plus facile à dire a posteriori… De notre point de vue, il eut été préférable de geler le projet directement après le concours, afin de nous éviter des investissements lourds et problématiques aujourd’hui. Une fois qu’il était clair que la gare périphérique ne viendrait pas, les arguments qui justifiaient ce projet se sont détricotés les uns après les autres, jusqu’aux dernières discussions au sujet du tram. Suite à une modification d’une telle importance, des études de faisabilité, de nouvelles stratégies de développement des transports en commun, des besoins en cette partie de la ville, auraient dû être lancées pour redéfinir les tenants et aboutissants de ce projet et souligner les enjeux de développement du quartier et de l’économie nationale. Qu’adviendra-t-il du trafic supplémentaire au Kirchberg une fois que la route du Nord sera terminée? Personne n’a de réponse aujourd’hui… Il n’empêche que les installations actuelles de Luxexpo ont bel et bien besoin d’une nouvelle jeunesse… alors, qui connaît le sort qu’on leur/nous réserve?»

Propos recueillis par France Clarinval